Un commentateur de Nahj al-Balagha : “La philosophie du Ghadir se résume dans la réalisation des cinq axes principaux de l’Islam, à savoir la liberté, la moralité, l’État de droit, la loi et la justice”

by Pey Bahman Z
Nahj al-Balagha, Ghadir, Imam Ali (as)

SHAFAQNA: Lors d’une interview accordée à Shafaqna, un interprète de Nahj al-Balagha a affirmé: “Si on imagine l’Islam comme une étoile à cinq branches, Ghadir se positionne au centre de cette étoile et ces cinq branches qui sont la liberté, la moralité, l’État de droit, la loi et la justice se trouvent autour du Ghadir. Si nous souhaitons comprendre l’événement du Ghadir et vivre avec, nous devons cautionner la réalisation de ces cinq axes dans notre vie.”

La philosophie de la présentation de l’Imam Ali (AS) comme successeur du Prophète (P)

Dr. Mustafa Delshad Tehrani, chercheur de la Sîra de l’Imam Ali et commentateur de Nahj al-Balagha, dans une interview accordée à Shafaqna sur la philosophie de la présentation de l’Imam Ali (AS) comme successeur du Prophète de l’Islam (P) a affirmé: “Si nous décortiquons le sermon qui fait référence à l’événement du Ghadir, cité dans presque toutes les sources chiites et dans certaines sources sunnites, ainsi que les versets 3 et 67 de la sourate Al-Ma’idah, nous pourrons dévoiler une réalité que, me semble-t-il, les musulmans ont négligé”.

Il a poursuivi : “Dieu dit au verset 67 de la sourate Al-Ma’idah : “Ô Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n’aurais pas communiqué son message. Et Dieu te protégera des gens […].” Dans ce verset, Dieu révéla à son Prophète un message de très haute importance, sans lequel rien ne serait abouti. Les chiites ont alors évoqué la question de l’Imamat, alors que les sunnites le voyaient autrement. Nous pouvons lire dans le verset 3 de la même sourate: “[…] Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous […]”.

Si nous admettons que ce verset fasse référence à l’événement du Ghadir, chose que nous ne pouvons pas facilement rejeter, force est de constater que le Ghadir est un événement qui doit être correctement compris pour que l’Islam se concrétise comme Dieu le veut.

Une compréhension correcte de Ghadir signifie le vrai modèle de vie musulmane

En réponse à la question: pourquoi la négation de Ghadir est-elle considérée comme une négation de l’Islam ? il a répondu: “Il faut vivre avec Ghadir; Ghadir et sa compréhension correcte signifient le vrai modèle de la vie musulmane. En effet, il y a eu différentes approches vis-à-vis de l’événement de Ghadir. La première est une approche de déni, celle, en guise d’exemple, du cheikh Abdullah al-Alayli. Elle consiste à nier complètement ou partiellement cet événement. La deuxième approche est historique, c’est-à-dire considérer cet événement comme une réalité historique. La troisième approche voit dans Ghadir un incident qui exprime les vertus d’Ali Ibn Abi Talib. La quatrième approche serait émotionnelle, dans le sens où nous nous intéressons émotionnellement à Imam Ali (AS). Enfin, la dernière approche pourrait être qualifiée de rituelle, ce qui signifie que Ghadir peut être réduit à une cérémonie rituelle que nous célébrons annuellement. Aucune de ces approches n’aboutit à l’Islam que serait en mesure de satisfaire Dieu”.

Ghadir est un événement grandissime pour toute l’humanité et le début d’une immense transformation   

Déclarant que les leçons du Ghadir sont loin d’être appliquées dans le monde d’aujourd’hui, le commentateur de Nahj al-Balaghah poursuit : “Donc, I’Islam et notre vie seront granvement incomplets tant que ces principes ne sont pas appliqués. L’Imam Ali (AS) a écrit une autobiographie couvrant la période depuis l’avènement de l’Islam jusqu’à la fin de son règne, dont la majeure partie est, heureusement, préservée. Dans les sources sunnites, le livre “Al-Imamah wa Al-Siyasah”, attribué à Ibn Qutayba  Dinawari, contient la quasi-totalité de cette autobiographie. Et dans les sources chiites, les livres “Al-Gharat” d’Ibrahim b. Muhammad al-Thaqafi al-Kufi, mort en 283 H, le livre “Al-Mustarashad Fi Imama Ali Ibn Abi Talib (AS)” de Muhammad b. Jarîr b. Rustam at-Tabarî, l’un des érudits du quatrième siècle, et le livre “Kashf al-Mahajja li-thamrat al-muhja” de Seyed Ibn Tawus, décédé en 664 H, ont cité cette autobiographie. Dans cette autobiographie, il y a une phrase du Prophète (P) qu’a rapportée Seyed Ibn Tawus. Le Prophète a dit : “La wilayah, la tutelle et le leadership appartiennent à celui qui libère”. Cela signifie que la position du leader du peuple exige que ce dernier puisse libérer son peuple des faux dieux, du péché, de l’humiliation et du malheur. On peut lire dans la suite du hadith: “Le Prophète est venu pour libérer les gens du feu”. “Et il a libéré les gens de l’esclavage. Ainsi, la wilayah de cette Ummah appartient à ce Prophète”. “Et après le Prophète, je peux libérer le peuple de l’esclavage, de la servitude à autre que Dieu, du feu et de la malheur”. Par conséquent, le joyau de la wilayah et de la religion n’est que la liberté, et celle-ci est l’un des cinq axes principaux de l’étoile de l’Islam.

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L’Islam est sauveur, guérisseur, porteur de la justice et de l’éthique, orienté vers la loi et libérateur; c’est l’islam du grand Prophète (PSL) et de l’Imam Ali (AS) qui se concrétise à Ghadir.

Il faut relire l’événement de Ghadir sous cet angle et ensuite chercher à l’assimiler, et à réaliser ses cinq axes dans notre vie. Pour le faire, il faut d’abord établir une feuille de route selon le Coran et la sunnah pour ensuite la mettre en œuvre. C’est à ce moment-là que nous pouvons réellement célébrer Ghadir.

En réponse à la question à savoir si l’Imam Ali faisait une différence entre l’Imamah et le Califat, M. Delshad Tehrani a répondu: “Dans la pensée et la pratique d’Amir al-Mu’minin Ali (AS), l’Imamat est comme la Prophétie; elle est une position spirituelle que le peuple ne peut ni accorder ni reprendre, c’est-à-dire qu’elle n’est pas entre les mains du peuple. En effet, une fois qu’un homme atteint cette position, Dieu lui accorde l’Imamah. Si le peuple nie l’Imamat, elle reste toujours légitime, contrairement au gouvernement qui est une affaire du peuple et qui se forme par le peuple. Si le peuple ne donne pas son vote de confiance à quelqu’un pour gouverner, ce dernier ne pourra pas former un gouvernement. Imam Ali (AS) nous enseigne également beaucoup sur le gouvernement. Dans l’autobiographie citée plus haut, il dit: “Le Prophète (P) m’a dit: Ô fils d’Abu Talib, le leadership politique et la gestion sociale reviennent à toi et sont ton droit, parce que tu es le plus digne. Si le peuple t’élit à ce poste et qu’il arrive à un compromis sur toi, prends alors le relais et gouverne sur eux. Et s’ils ne sont pas d’accord et te rejettent, laisse-les élire celui ou celle qu’ils veulent. Dieu te montrera une ouverture.” Par conséquent, Amir al-Mu’minin Ali (AS) est persuadé que si le peuple lui tourne le dos et qu’il ne veut pas de lui, il ne doit pas insister.

Après le Grand Prophète, l’Imam Ali (AS) opta pour une stratégie à quatre volets que tous les Imams adoptèrent également après lui: premièrement, préserver la base de la religion et de l’Islam, deuxièmement, préserver la communauté religieuse et la nation islamique, troisièmement, l’explication de l’islam et la distinction de deux islams, c’est-à-dire l’Islam présenté par le Prophète et celui formé ailleurs que dans l’école de Muhammad (P), et quatrièmement, l’éducation de l’individu et de la société.

Si le peuple se tournait vers l’Imam Ali, et que celui-ci prenait le pouvoir, les conditions étaient réunies pour la mise en place de cette stratégie. Mais si la communauté musulmane lui tournait le dos et que ces quatre axes étaient en danger, l’Imam se retrouverait obligé de faire en sorte pour sauver l’Islam. Voyons un exemple: après le décès du Prophète, l’Imam Ali n’a pas prêté allégeance aux califes pendant un certain temps. Mais au bout d’un moment, il sentit le danger et vit que la société était menacée et que l’irréligion se répandait. Il dit: “Je me suis levé et je l’ai aidée”. Il dit dans la lettre 62 de Nahj al-Balagha: “Après le décès du Prophète (P), je me suis abstenu à prêter le serment d’allégeance, mais j’ai vu le peuple tourner le dos à l’Islam, on l’exhortait même à anéantir sa religion. Alors, je me suis levé et je l’ai aidé”.

Cela signifie que pour l’Imam, le plus important est, avant tout, de préserver la base de la religion, la société religieuse, la Oummah islamique, et d’expliciter la religion. En d’autres termes, le gouvernement est un bon outil, mais ce n’est pas le principe.

En réponse à la question “pourquoi nous n’avons pas encore connu le sens vrai de Ghadir comme nous le devrions?”, M. Delshad Tehrani, a dit: “Il existe deux formes d’erreurs: premièrement, le malentendu, la mauvaise compréhension, et deuxièmement, l’approche mauvaise et erronée. Nous devons corriger les compréhensions et les approches autant que possible. l’Imam Ali (AS) est l’incarnation de la bonne moralité, de la justice, du respect des droits, de la réalisation de la liberté et de la loi; qui peut ne pas vouloir réaliser ces principes dans le monde? Ali (AS) est persuadé que tout individu doit avoir des lignes rouges dans sa vie qu’il ne doit jamais franchir. Et la ligne rouge la plus importante pour lui n’est que la moralité. “Ne violez jamais la moralité”, dit-il. L’Imam Ali croit que si l’individu est censé prendre une position ferme sur une question, cette question devrait être  la noblesse des caractères. “Dans le cas où vous ne pouvez pas éviter la vanité, votre vanité devrait être pour les bonnes qualités, les actes louables et les choses admirables. […]”. (Sermon 192) Si nous arrivons à expliciter correctement la pensée et la sîra de l’Imam Ali (AS), elles seront facilement assimilables pour tout le monde. Les seuls moyens de sauver la communauté musulmane sont le Coran et Nahj al-Balaghah. Le principal problème est que nous n’avons pas présenté Ali et son Islam comme nous le devrions. En effet, nous devrions tous lancer un grand mouvement d’explication de la sîra de l’Imam Ali (AS) et de Nahj al-Balaghah.

 

 

Source: Shafaqna Persan 

www.shafaqna.com

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