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SHAFAQNA : La théorie de la justice des compagnons du Prophète (s) est une des croyances de base parmi la majorité des sunnites. D’après cette théorie, tous les compagnons du Prophète (s) furent exempts des péchés majeurs, ils seront parmi les gens du Paradis et personne n’a le droit de les critiquer.

Les chiites infirment cette théorie et croient que les compagnons du Prophète (s) furent, par rapport à leur foi, comme les autres musulmans.

Sauf une minorité, tous les sunnites croient à la justice des compagnons du Prophète (s)[1]; c’est à dire qu’ils ne font pas de péchés majeurs. Toutefois il y a certains savants sunnites qui n’adhérent pas cette idée.[2] Par exemple Ibn Abi Al-Hadîd a dit :

« Tous les gens qui combattirent l’Imam Ali (a) dans la bataille de Jamal seront en Enfer sauf Aïcha, Talha et Zubayr qui se sont repentis ».
Aussi, il a dit à propos de la bataille de Siffîn:

« Les partisans de Mu’âwiya seront en Enfer. Ils insistaient à faire l’injustice jusqu’à la fin de leur vie ».

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Il a dit également à propos des Khawarij:

« Ils combattirent l’Imam de leur temps et seront certainement en Enfer ».[3]
Il est rapporté de Shafi’î qu’il croyait que le témoignage de quatre personnes n’est pas valide. Ils sont pMu’âwiya, ‘Amr b. ‘Âs, Mughayra et Ziyâd.[4]
Certaines d’autres ont accepté la théorie de la justice, mais pas pour tous les compagnons du Prophète (s).
Al-Mâzarî a dit:

« Quand on dit que les compagnons du Prophète (s) furent Justes, on ne parle pas des gens qui le rencontrèrent ou l’accompagnèrent pendant peu de temps. On parle plutôt des gens qui accompagnèrent le Prophète (s) durant toute leur vie et qui le secoururent et qui l’honorèrent ».[5]

Ils profitent de certains versets coraniques pour prouver cette théorie.

Premier verset ;

« Allah a été satisfait des Premiers, parmi les émigrés et des Auxiliaires ».[6]

Mais ce verset ne parle pas de tous les compagnons du Prophète (s). Car Allah a critiqué, dans quelques versets, certains compagnons qui furent des hypocrites, d’autres abandonnèrent le Prophète (s) et finalement certains sortirent de l’islam. En plus, l’agrément d’Allah est à condition que si ils continuent à faire des bienfaits et s’abstiennent de faire des mauvaises actions.

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Deuxième verset ;

« Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes ».[7]

Ce verset aussi ne prouvent pas la justice de tous les compagnons, car pour être la meilleure communauté, il suffit que certains de son peuple soient justes.

La source et le but de cette théorie

Ibn ‘Arafa (un grand savant et narrateur du hadith sunnite) a dit :

« La majorité des hadiths rapportés sur les mérites des compagnons du Prophète (s), sont inventés à l’époque des Omeyyades afin d’illustrer les compagnons et humilier la famille du Prophète (s) ».[8]

On peut citer les buts ci-dessous pour lesquels Mu’âwiya fonda cette théorie :[9]

Justifier son faux califat :

Mu’âwiya faisait partie des Tulaqâ’ (les mécréants le Prophète avait libérés après la conquête de la Mecque). Son père et lui géraient les mouvements contre l’islam jusqu’à la conquête de la Mecque. Quand même, malgré la présence des compagnons très connus du Prophète (s), Mu’âwiya devint calife. La meilleure solution pour justifier son état, fut le fondement de la théorie de la justice des compagnons. D’après cette théorie, tous les compagnons furent de vrais croyants et seront parmi les gens du Paradis et il n’y a aucune différence parmi eux.

Justifier les crimes de son gouvernement :

Mu’âwiya et ses partisans firent beaucoup de crimes. Par exemple, Basr b. Artâh et Muslim b. ‘Aqaba tuèrent tous les gens qui étaient avec le Prophète (s) pendant la bataille de Badr Ils assassinèrent 700 personnes de Quraysh et 10 000 personnes des musulmans arabes et non-arabes. Ils empoisonnèrent l’Imam Hasan (a), Malik Al-Ashtar et beaucoup des proches des Ahl Al-Bayt (a). Avec tous ces crimes, le meilleur moyen pour convaincre les gens de ne pas se révolter contre son gouvernement, fut la théorie de la justice de tous les compagnons du Prophète (s).

Se mettre à l’abri des critiques et des reproches :

En se basant sur cette théorie, celui qui critique Mu’âwiya est considéré comme mécréant et sera en Enfer et personne n’avait le droit de participer à ses funérailles.

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La division de la communauté musulmane

En répandant cette théorie, certains commenceraient à la défendre et d’autres tenteraient de la rejeter. Donc, cela causerait une divergence grave dans la communauté musulmane.

L’opinion des chiites

D’après les chiites, le fait d’être un compagnon du Prophète (s) ne prouve pas qu’il est exempt des péchés majeurs et qu’il sera au Paradis.[10] C’est impossible que tous ceux qui rencontrent le Prophète (s) même un instant, arrivent à un point où ils ne commettront plus de péchés majeurs. De plus, certains qui se convertirent à l’islam, furent des hypocrites et d’autres ne se convertirent pas volontairement.

Les chiites posent aussi cette question que si le fait d’être un compagnon du Prophète (s) cause d’être parmi les gens du Paradis, pourquoi alors certains compagnons du Prophète (s), comme Abd Allah b. Jahsh, ‘Ubayd Allah b. Khutal, Rabi’at b. Umayya et Ash’âth b. Qays sortirent de l’islam ?[11]

En plus de cela, les comportements de certains compagnons n’étaient pas conformes aux enseignements islamiques. Assassiner les musulmans, combattre la famille du Prophète (s), combattre l’Imam Ali (a) pendant son califat, violer les femmes musulmanes, insulter l’Imam Ali (a), … sont les comportements de certains compagnons du Prophète (s).[12]

Certains savants sunnites justifient ce genre de comportements en disant :

« Ils étaient Mujtahid (experts dans l’islam), ils pensaient qu’ils avaient raison, mais ils se trompaient ».

Mais les chiites n’acceptent pas cette justification. Car dans ce cas, tout le monde peut faire des crimes en se justifiant d’une telle manière. Le fait d’insulter l’Imam Ali (a) pendant des années dans les mosquées, inventer des hadiths, rompre le traité de paix avec l’Imam Hasan (a) et beaucoup de péchés comme cela, ne peuvent pas être justifiés de la façon ci-dessus.[13]


Références :

  1. Al-Isâba, Ibn Hajar, v 1 p 162
  2. A’yân Al-Shîa, ‘Amîn, v 1 p 113
  3. Sharh Ibn Abi Al-Hadîd, v 1 p 9
  4. Shaykh Al-Madîra Abû Hurayra, p 219
  5. Al-isâba, Ibn Hajar, v 1 p 163
  6. Sourate At-Tawba, v 100; Traduction de Blachère
  7. Sourate Âl-Imrân, v 110; Traduction de Blachère
  8. Sharh Ibn Abi Al-Hadîd, v 11 p 46
  9. Nazarîyya ‘idâlat-e Sahâba, p 154-157
  10. Ar-Ri’âya fî ‘ilm Ad-Dirâya, Shahîd Ath-Thânî, p 343
  11. A’yân Al-Shîa, Amîn, v 1 p 114
  12. A’yân Al-Shîa, Amîn, v 1 p 114
  13. A’yân Al-Shîa, Amîn, v 1 p 114

 

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