PARTAGER

SHAFAQNA – La provence | par Sophie Manelli : L’habit ne fait pas le moine, néanmoins la femme voilée caractérisait le Rassemblement annuel des musulmans du sud (Rams) organisé la semaine dernière au Parc Chanot de Marseille. Du simple foulard, au hijab, jusqu’au long voile islamique couvrant jusqu’au bout des doigts, la plupart des visiteuses, y compris quelques fillettes, arboraient ce signe religieux, symbole de la séparation entre la femme et l’homme, que certains utilisent (ou dénoncent) comme un marqueur identitaire. Ce signe vestimentaire rappelait que cette journée, organisée tous les ans à Marseille (et à Lille pour les musulmans du Nord) est la déclinaison régionale du rassemblement du Bourget : trois événements phares de “Musulmans de France”, la nouvelle appellation de l’UOIF (Union des organisations islamistes de France), branche française des Frères musulmans, courant de l’islam réformiste prônant la fusion entre religion et politique dont Tariq Ramadan est l’un des chefs de file.

Au Parc Chanot, les visiteurs ont pu déambuler entre les stands humanitaires (beaucoup d’appels aux dons pour les blessés civils en Syrie), les librairies coraniques, les vendeurs de vêtements “pudiques”. Une mosquée démontable avait même été aménagée pour ceux qui ne voulaient pas manquer l’heure de la prière.

À lire aussi : L’islamophobie est un “crime de haine”

Mais l’événement du jour était la conférence de Marwan Muhammad, directeur du Comité de lutte contre l’islamophobie en France (CCIF), l’une des têtes d’affiche de cette 12e édition du Rams. En mode “one-man show” sur la scène du Palais des Congrès, cette personnalité controversée, que certains soupçonnent de militer pour un islam politique a présenté son dernier livre “Nous aussi sommes la Nation“. Une démonstration brillante, au cours de laquelle l’orateur a évoqué la situation des musulmans aujourd’hui en France. Pour en revenir au voile, “ce bout de tissu sur la tête”, ou aux “3 centimètres de barbe”que portent certains musulmans : “ces particularités sont stigmatisées pour nous faire regarder comme des barbares”, a déclaré Marwan Muhammad, qui dénonce les “représentations” sur les musulmans et met en garde contre “les discours qui essaient de nous monter les uns contre les autres, en distinguant les musulmans modérés, radicaux, comme s’il existait une échelle de la musulmanité”. Appelant à “l’unité des musulmans”, le conférencier a ensuite souligné combien “les policiers musulmans, les juges musulmans, les médecins musulmans, les ouvriers musulmans” font la France. “Aujourd’hui, il y a des musulmans de gauche, de droite. Et même d’extrême droite, qui disent qu’il a trop d’Arabes !” Répondant à Éric Zemmour sur le choix de prénoms “français” : “On n’a pas demandé leur prénom à nos grands-parents pour aller se faire tuer à la guerre”.

En dépit d’une fin d’intervention axée sur la notion discutable d”‘islamophobie” (qui s’est conclue par un appel aux dons pour le CCIF), le discours fut séduisant et globalement rassembleur. Il occulte toutefois les questions brûlantes qui se posent au sein même de l’islam, sur la radicalisation de certains courants, sur leur compatibilité avec la République, sur le statut des femmes dans les pays où s’applique la loi coranique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here