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SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre L’Imam Al-Hussayn et le Jour de ‘Achourâ’ , Compilé et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

«Je ne me rendrai jamais à vous comme un soumis, ni ne me résignerai jamais comme un esclave».

L’écho de ce cri de refus et de défi qu’a lancé l’Imam al-Hussayn, à la face de la puissance déviationniste omayyade avant de tomber en martyr, retentit encore dans la vallée de Tûfûf(1), comme il a toujours retenti dans les oreilles de toutes les générations qui se sont succédé depuis son assassinat. Il n’a cessé d’agiter toutes les phases de l’histoire, comme un tourbillon qui moissonne les tyrans, ou un volcan qui fait trembler les trônes des injustes, en réveillant toutes les consciences libres et en galvanisant l’esprit révolutionnaire et de jihad missionnaire chaque fois que la déviation et les forces du mal poussent à l’excès leur arrogance.

Depuis son martyre, des millions et des millions de Musulmans se sont rendus à sa tombe pour se rappeler que la sauvegarde du Message et de la Sunna (la Tradition du Prophète) exige parfois le sacrifice de soi, même si l’on a toutes les possibilités de l’éviter.

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Aujourd’hui, cette tombe, transformée au fil des siècles en un site imposant de merveilles, dressant ses dômes et ses minarets dorés au centre de Karbalâ’ (ville située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bagdad) témoigne par sa splendeur de l’attachement profond et inébranlable des générations successives de Musulmans à cette personnalité islamique hors du commun, par le sens qu’il a su donner à son combat pour préserver l’Islam d’une déviation imminente.

Au fil des siècles des écoles littéraires spécifiques se sont créées pour dépeindre les tableaux épiques du martyre d’al-Hussayn, et des milliers de littérateurs et des poètes ont consacré leurs plumes et leurs talents à l’évocation et à la description de sa tragédie, de son héroïsme et des moindres détails de sa noble vie.

Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de révoltes, de soulèvements et de révolutions qui ont éclaté en ayant pour moteur et agent galvanisateur, la mémoire de la Révolution d’al-Hussayn, l’exemple de son sacrifice, de sa foi, et de ses principes.

Quel est donc ce personnage qui a tant marqué l’histoire et les coeurs des musulmans, en général, et des adeptes des “Ahl-ul-Bayt(2) en particulier? Pourquoi, des Musulmans légitimistes qui se disent avant tout attachés au Coran et à la Sunna du Prophète prennent-ils pour symbole de cet attachement, la personnalité et l’action de cette figure de proue de la légitimité en Islam, al-Hussayn, petit-fils du Prophète?

1- Son appartenance familiale

Al-Hussayn est le fils de l’Imam ‘Ali Ibn Abi Tâlib, cousin et gendre du Prophète, et de la Dame Fatima al-Zahrâ, fille chérie du Prophète Muhammad et de la Dame Khadîjah al-Kubrâ. Il est le troisième Imam des Musulmans légitimistes (les Chiites imamites), après son père, l’Imam ‘Ali Ibn Abi Tâlib (le lère Imam, et 4ème successeur officiel du Prophète), et son frère l’Imam al-Hassan (2ème Imam).

Al-Hussayn est né à Médine, le 25 Cha’bân de l’an 4 de l’Hégire(3). La famille du Prophète l’a accueilli à sa naissance avec amour et tendresse, et c’est le Messager de Dieu, lui-même, qui lui donna le nom d’al-Hussayn(4).

Al-Hussayn fut élevé et grandi dans le giron du Prophète, de l’Imam ‘Ali et de Fâtimah al-Zahrâ.

Il fut donc nourri de la morale prophétique et élevé selon les principes du Message islamique, les principes du Bon Droit, de la justice et de la dignité.

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2- Sa position auprès du Prophète et sa place dans la Sunna

Fait significatif – lorsqu’on sait que la Sunna ou la Tradition consiste en les paroles, les gestes et le comportement du Prophète – le Messager de Dieu le couvrait publiquement de son amour et de sa tendresse, et le portait ainsi que son frère aîné, al-Hassan, contre sa poitrine en exprimant à haute voix, devant ses Compagnons, cet amour paternel généreux:

«Ô mon Dieu! Je les aime et j’aime ceux qui les aiment».(5)

La métaphore suivante en dit long sur l’amour que le Prophète éprouvait et exprimait pour ses deux petits-fils:

«Mes deux fils(6) que voici sont mes deux basilics de ce bas-monde ». (7)

Et les propos suivants ne laissent plus de doute sur la portée et la profondeur de cet amour:

«Al-Hussayn fait partie de moi, et je fais partie d’al-Hussayn. Dieu aimera celui qui aura aimé al-Hussayn».(8)

«Celui qui aime al-Hassan et al-Hussayn m’aura aimé, et celui qui les déteste, m’aura détesté».(9)

Propos réitérés et confirmés à maintes autres occasions. Par exemple, lorsqu’un jour, le Prophète qui accomplissait sa prière, que al-Hassan et al-Hussayn se bousculaient sur son dos, en ces moments de recueillement, et que des gens vinrent les éloigner, dit:

«Laissez-les… Par mon père et ma mère, celui qui m’aime, doit les aimer aussi».(10)

Ou encore cette autre métaphore révélatrice et on ne peut plus claire, utilisée par le Prophète pour mettre en évidence la position prédestinée d’al-Hussayn auprès de Dieu:

«Celui qui se réjouirait de voir un homme destiné au Paradis,(11) qu’il regarde al-Hussayn».(12)

Ainsi, le Prophète a donc pris soin de faire connaître aux Musulmans le sort de martyr qui attendait al-Hussayn, dés son enfance et de désigner sa position privilégiée dans la Umma, pour que celle-ci ne pardonne jamais à quiconque aurait le malheur de devenir parmi les assassins de son bien-aimé.

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Les assassins d’al-Hussayn ne pourraient jamais prétexter l’oubli ou l’ignorance de ces paroles du Prophète pour qu’on puisse leur pardonner un jour, car le Prophète s’était attaché à les mettre suffisamment en évidence pour que de grandes figures de l’Islam, tels que Abou Bakr al-Çiddiq et Ibn ‘Omar, trouvent toujours l’occasion de les répéter à l’intention des Musulmans. En effet c’est Abou Bakr qui a dit un jour:

«J’ai entendu le Messager de Dieu dire: “Al-Hassan et al-Hussayn sont les deux Maîtres de la jeunesse du Paradis”».(13)

Quant à Ibn ‘Omar, c’est bien après l’assassina d’al-Hussayn qu’il rappela à des Irakiens venus lui poser un question canonique sur les moustiques, ce que le Prophète avait dit à propos de la position privilégiée qu’occupaient auprès de lui ses deux petits-fils: «Les Irakiens, dit-il, amer, m’interrogent sur les moustiques, alors qu’ils ont tué le fils de la fille du Messager de Dieu, lequel Messager avait dit “ce sont (al-Hassan et al-Hussayn) mes deux basilics(14) dans ce bas monde”».(15)

Conscients de cette place de choix qu’al-Hussayn occupai dans le coeur et la pensée du Prophète et dans sa famille, les Musulmans ne pourront pas ne pas sentir qu’à travers son assassinat, c’était le sang du Prophète qui fut répandu si injustement et si tragiquement dans la terre de Karbalâ’, comme nous le verrons plus loin. Ils ne cesseront jamais de penser à ce crime impardonnable perpétré contre la famille du Prophète ne pourra se réparer que par le rétablissement des principes l’Islam pour lesquels l’Imam al-Hussayn s’était soulevé, et p une révolte permanente contre ceux qui persistaient à dévier ces principes. De là les révolutions successives, dont ce d’al-Tawwâbine(16), contre le régime ommayyade, auteur ce crime. Le sang d’al-Hussayn sera ainsi le volcan qui ébranlera les piliers de l’Etat Omayyade et détruira son entité.

Malgré toutes les tentatives perfides des Omayyades de justifier l’assassinat d’al-Hussayn et de déformer la noble cause pour laquelle il se battait, l’attachement des Musulmans au petit-fils du Prophète alla grandissant après son martyre. Car, comment auraient-ils pu se détacher de lui, s’ils voulaient rester attachés au Message de leur religion, alors qu’ils savaient que ce martyr faisait partie des Ahl-ul-Bayt (la famille du Prophète) que le Coran leur ordonne d’aimer:

«Dis: ” Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n’est votre affection envers les proches”.(17) A celui qui accomplit une telle action, nous répondrons par quelque chose de plus beau encore». (Coran, XLII, 23);

et dont il souligne la purification:

«Ô vous, les gens de la Maison! Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement». (Coran, XXXIII, 33);

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et qu’il associe au Prophète:

«Si quelqu’un te contredit après ce que tu as vécu en fait de science, dit: “Venez! Appelons nos fils(18) et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous ferons alors une exécration réciproque en appelant une malédiction de Dieu sur les menteurs”». (Coran, III, 61)

 

Notes:

(1) Un surnom de la ville de Karbalâ’, qui était à l’origine le lieu du martyre d’al-Hussayn, et actuellement la ville de son sépulcre et de ceux de ses compagnons. Elle est située à 170 Km au sud-ouest de Bagdad.

(2) La famille du Prophète

(3) Al-Cheikh al-Mufid, “Al-Irchâd”, p. 198

(4) Selon certaines sources historiques, Fâtimah al-Zahrâ mit al-Hussayn au monde après six mois de grossesse seulement. Voir à cet égard: Muhib al-Dîn al-Tabari (mort en 694 H.), “Thakhâ’ir al-‘Oqbâ”, p. 118.

(5) M. D. al-Tabari, p. 124, et Ibn Kathîr: “Istich-hâd al-Hussayn” (le Martyre d’al-Hssayn), p. 138

(6) Le Prophète avait coutume d’appeler, par affection, ses deux petits-fils: “mes fils”.

(7) Id. Ibid.

(8) Al-Tarmathî, cité par Ibn Kathîr dans “Istich-hâd al-Hussayn”, op. cit. p. 139

(9) M. D. al-Tabari, op. cit. p. 124

(10) Id. Ibid., op. cit., p. 229. Ce Hadith est cité par Abou Hâtam.

(11) Le Prophète savait de par sa mission prophétique divine qu’al-Hussayn serait martyr. Or tout martyr en Islam est destiné au Paradis.

(12) Id. Ibid., p. 229

(13) Id. Ibid., p. 129

(14) C’est-à-dire, le parfum, l’aromate, le plaisir…

(15) Id. Ibid., p. 124

(16) De l’arabe “tawbah” (repentir). La révolution d’al-Tawwâbîn déclenchée contre les Omayyades, à Kûfa. Il avait pour motif principal d’exprimer le regret et le repentir de ceux qui avaient fait défection lot soulèvement d’al-Hussayn. Ceux qui l’ont déclenchée (Sulayman al-Khaz’i et al-Mucib Ibn Najbah al-Fazari) voulaient venger le sang d’al-Hussayn et ses compagnons, répandu par les Omayyades.

(17) Les proches du Prophète et plus précisément les Ahl- ul-Bayt, dont fait partie al-Hussayn.

(18) Il s’agit de l’Imam al-Hassan et de son frère l’Imam al-Hussayn.

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