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SHAFAQNA – arte | par Mélanie Chenouard: C’était attendu, les élections municipales aux Pays-Bas ont été marquées par un revers pour le parti travailliste (PvdA) et les progressistes (D66), tandis que le parti de droite libérale du Premier ministre sort plutôt gagnant. Le député d’extrême droite Geert Wilders n’a pas réellement étendu son influence au niveau local, mais son parti se maintient avec 76 sièges au sein des conseils municipaux à travers le pays. Les écologistes de Groenlinks sont le premier parti à Amsterdam et Utrecht. Mais la nouveauté, c’est surtout la présence de partis communautaires au sein des conseils municipaux.

Réponse aux discours anti-islam

Ces dernières années aux Pays-Bas, des partis musulmans ont émergé. Ils se positionnent contre les discours anti-islam de la droite et de l’extrême droite gouvernementale. “Nida” est l’un d’entre eux.

Fondé fin 2013 à Rotterdam, la deuxième ville du pays où l’électorat musulman représente environ 20% de la population, “Nida” se décrit comme un parti “d’inspiration islamique”. Il met l’accent sur la lutte contre les discriminations envers les musulmans, le respect de la foi et la diversité.

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La liste présentée par “Nida” à Rotterdam pour les élections municipales propose par exemple le déploiement d’agents de sécurité “communautaires” dans les quartiers ou encore la mise en place d’un conseil composé de représentants religieux, scientifiques et artistiques ayant un rôle consultatif dans la politique de la ville.

Plus de place pour la foi dans la société

“Nida” défend l’idée que la séparation entre l’Église et l’État est “trop souvent utilisée à mauvais escient pour limiter et rejeter la place de la foi dans la société“. Au terme du scrutin du 21 mars, Nida a obtenu 2 sièges au conseil municipal de Rotterdam.

Il ne sera pas le seul parti communautaire à y siéger : “Denk”, qui signifie “Pense” en néerlandais et “Égalité” en turc, obtient trois sièges.

Le parti d’extrême droite “Leefbar”, qui sort largement vainqueur du scrutin à Rotterdam, devra donc composer avec ces deux mouvements communautaires : une collaboration qui s’annonce tendue.

“Acceptation” versus “intégration”

Le parti “Denk” s’est donné pour objectif de défendre les intérêts de la communauté turque, qui est la plus importante minorité ethnique aux Pays-Bas avec plus de 400 000 citoyens (chiffres de 2017). Le parti promeut “l’acceptation” mutuelle des différentes communautés plutôt que “l’intégration” des citoyens issus de l’immigration.

“Denk” a été fondé en 2015 par Tunahan Kuzu et Selçuk Öztürk, expulsés du Parti travailliste pour avoir critiqué la politique du gouvernement à l’égard d’organisations turques. Interrogé par Marianne, André Krouwel, politologue à l’université libre d’Amsterdam et auteur d’une étude sur le vote ethnique, explique que “Denk est connu pour être sponsorisé et financé par la Turquie d’Erdogan“.

Au terme des élections municipales du 21 mars, “Denk” a remporté 24 sièges au total dans 13 villes néerlandaises. À Amsterdam et Rotterdam, trois de ses membres siègeront désormais au conseil municipal.

Une particularité néerlandaise

L’ancrage d’un parti communautaire comme “Denk” dans des grande villes est une particularité néerlandaise. Ailleurs en Europe, il y a seulement eu des tentatives. En France par exemple, l’Union des démocrates musulmans français (UDMF), avait fait grand bruit en 2015 en présentant des candidats aux élections départementales, puis aux régionales.

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Malgré les procès en communautarisme et les accusations de non-respect de la laïcité soulevées par ce parti, sur le plan légal, rien n’empêche la création de partis politiques liés à des convictions religieuses dans l’Hexagone. Il existe d’ailleurs depuis 2009 un “Parti chrétien démocrate”.

Outre-Rhin, la tradition chrétienne est très fortement ancrée dans le paysage politique depuis longtemps. Les chrétiens démocrates de la CDU/CSU, parti de gouvernement, sont d’ailleurs au pouvoir depuis 2005.

“Lobby pro-Erdogan”

En Allemagne, il existe également depuis 2010 une formation politique musulmane, “l’Alliance pour l’innovation et la justice” (BIG), mais les scores de ses candidats aux élections communales ou régionales sont très faibles – autour de 0,5%, avec un nombre de voix qui se compte seulement en milliers. Tout comme aux Pays-Bas, ce parti musulman est critiqué pour sa proximité avec le gouvernement turc : en 2011, le Spiegel décrivait le BIG comme un “lobby pro-Erdogan“.

Si la présence de partis musulmans est anecdotique dans la plupart des pays d’Europe, difficile de balayer d’un revers de la main ceux du Pays-Bas. Leur influence dans la politique de grandes villes comme Amsterdam et Rotterdam sera fortement limitée par la droite et l’extrême droite, mais leur présence est déjà significative. Et le leader de “Denk”, Tunahan Kuzu, de se féliciter : “Cela veut dire que le paysage politique est en train de changer et que les communautés réclament leur place”.

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