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fr.shafaqna - Pas facile de trouver un cimetière pour musulmans au N.-B.
Le cimetière Evergreen Memorial Park à Sussex au Nouveau-Brunswick est situé aux abords de l'autoroute transcanadienne. Photo : Radio-Canada

SHAFAQNA – Radio-Canada : Le seul cimetière musulman du Nouveau-Brunswick se trouve à Sussex, une petite ville de 4000 âmes. Pourtant, la majorité de la communauté musulmane se retrouve à Moncton, Fredericton ou Saint-Jean, ce qui pose problème quand vient le temps de dire adieu à un de ses membres.
Dans les années 1990, on comptait seulement une quinzaine de familles musulmanes au Nouveau-Brunswick.

La communauté a peu changé au fil des années jusqu’à 2015, quand un peu moins de 2000 des 25 000 réfugiés syriens arrivés au Canada se sont établis au Nouveau-Brunswick.

La plupart d’entre eux demeurent dans la région de Fredericton, où on en compte un peu plus de 1000.

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Ainsi, l’accessibilité à un cimetière musulmane n’a pas été un enjeu majeur dans la communauté jusqu’à tout récemment.

Un enterrement qui soulève des inquiétudes

Le besoin s’est fait ressentir il y a quelques mois, lorsqu’un père de famille syrien de 49 ans, Hasan Alsalh, arrivé à Fredericton en 2015, est mort des suites d’une maladie.

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Mohammad Bakhash montre une photo de son ami, Hasan Alsalh. Photo : Radio-Canada

Outre la paperasse administrative qui entoure un décès, notamment celui d’un immigrant, c’est surtout l’organisation des funérailles qui a posé problème à la famille et aux proches d’Hasan Alsalh.

Les musulmans ont différents rituels lors de la mort d’un des leurs, mais une pratique est commune à tous, celle de laver le mort et de l’envelopper dans des bandelettes de tissus. Habituellement, un cimetière musulman comporte une petite bâtisse où il y a de l’eau courante pour préparer le corps du défunt à la mise en terre.

Comme l’unique cimetière qui permet cette pratique dans la province est à Sussex, au Evergreen Memorial Park, les proches de M. Alsalh ont fait un trajet d’environ 120 kilomètres pour s’y rendre.

Le corps du défunt était transporté dans la voiture de Mohammad Bakhash, un ami de M. Alsalh, qui n’avait pas d’air conditionné dans son véhicule.

« C’était très difficile. »

– Mohammad Bakhash

«C’était dangereux, car nous étions 20 voitures sur l’autoroute à se suivre et on a dû s’arrêter souvent pour attendre tout le monde » , explique M. Bakhash.

Arrivé au cimetière, le corps d’Hasan Alsalh a été lavé puis enveloppé dans des bandelettes, comme le veut la tradition. Puis, il a été déposé dans un modeste cercueil en carton et mis sous terre.

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Les funérailles de son ami ont inquiété M. Bakhash : Et si c’était moi le prochain? « Est-ce qu’il faudrait attendre à l’été pour m’enterrer, afin de pouvoir se rendre en toute sécurité au cimetière? »

«Je crois qu’avoir une place où enterrer ses morts est un droit fondamental et il devrait aussi pouvoir être facile de s’y rendre afin de les visiter.»

–  Mohammad Bakhash

Le choix de Sussex

Il y a 20 ans, si un musulman décédait au Nouveau-Brunswick, il devait être enterré à Truro en Nouvelle-Écosse. À l’époque, c’était l’unique cimetière musulman dans les Maritimes.

Mohamed El-Bayoumi, de l’Association islamique de Fredericton, est l’un de ceux qui ont recommandé l’établissement d’un cimetière musulman dans la petite ville de Sussex. Le cimetière est situé dans l’enceinte du Evergreen Memorial Park.

« On est bien servi » , dit-il, en expliquant que le choix de Sussex s’est fait en raison des coûts, mais aussi de l’emplacement. « On voulait avoir quelque chose de central, qui ne favorisait pas nécessairement une grande ville au profit de l’autre » ,  ajoute M. El-Bayoumi, qui agit aussi à titre d’imam.

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Mohamed El-Bayoumi, de l’Association islamique de Fredericton. Photo : Radio-Canada

Il dit toutefois que le temps est venu de trouver un autre cimetière puisque la population musulmane a augmenté dans les dernières années.

Plusieurs fidèles lui font part de leurs inquiétudes à ce sujet, indique-t-il, car la tradition musulmane veut que les proches des défunts visitent le cimetière où ils sont enterrés au moins deux fois par année :« Dans notre culture, il faut se rendre au cimetière de temps à autre pour se rappeler de la finalité de la vie. C’est un rappel que nous allons tous partir un jour ou l’autre. »

Un nouveau cimetière à Fredericton? 

L’Association islamique de Fredericton a acheté un terrain en 2014 pour y installer un cimetière, mais il était finalement trop humide et instable.

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Après d’intenses recherches, un autre terrain a été trouvé l’été dernier. Il s’agit d’un lot adjacent au cimetière catholique de St. Francis of Assisi, à Lincoln, près de Fredericton.

Pour acheter le terrain, l’Association islamique de Fredericton a dû demander la permission au diocèse catholique. Plusieurs semaines ont passé sans que l’association ne reçoive de réponse. Le diocèse a finalement sollicité une rencontre après que CBC ait tenté de les rejoindre.

Pour le moment, la vente n’est toujours pas conclue, mais les discussions vont bon train, assure Mohamed El-Bayoumi.

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