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© Marko Djurica Source: Reuters Un drapeau syrien dans les environs d'Homs, en septembre 2018 (Image d'illustration).

SHAFAQNA – RT | PAR Alexandre Keller : Geir Pedersen réussira-t-il là où son prédécesseur Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations unies (ONU), a, en grande partie, échoué ? Le haut diplomate norvégien a été nommé le 31 octobre nouvel émissaire pour la Syrie, devenant le quatrième négociateur onusien chargé de trouver une solution au conflit qui ravage le pays depuis plus de sept ans.

Avant Staffan de Mistura, l’Algérien Lakhdar Brahimi et le Ghanéen Kofi Annan avaient déjà jeté l’éponge. Ce dernier, bien qu’auréolé du prestige lié à son statut d’ancien secrétaire général de l’ONU, avait ensuite décrit sa fonction comme une «mission impossible». «Monsieur Pedersen va soutenir les parties syriennes en facilitant une solution politique complète et crédible, en mesure de satisfaire les aspirations du peuple syrien», a écrit le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres dans une lettre que l’AFP a pu consulter.

Actuellement ambassadeur de Norvège en Chine, Geir Pedersen avait auparavant représenté son pays auprès de l’ONU (2012-2017). Diplomate chevronné, il a participé, au sein d’une équipe norvégienne, aux négociations secrètes qui aboutirent en 1993 à l’accord israélo-palestinien d’Oslo. Taillé pour le poste d’émissaire en Syrie, Geir Pedersen avait déjà remplacé une première fois Staffan de Mistura en 2005 au Liban comme représentant personnel du secrétaire général de l’ONU dans le sud du pays, fief du Hezbollah chiite, avant de devenir coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban jusqu’en 2008.

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Entre Occidentaux imprévisibles et puissances régionales du Moyen-Orient

«Mission impossible» en Syrie, peut-être, périlleuse sans aucun doute. Au cours du mandat de Staffan de Mistura, le processus de négociations dit de «Genève» parrainé par l’ONU, handicapé par les contradictions occidentales, a été largement éclipsé par les initiatives diplomatiques de Moscou et de Téhéran dans le cadre d’un autre format multilatéral, celui dit d’Astana. Dans la capitale kazakhe, malgré l’attachement déclaré de Moscou à l’ONU en tant qu’enceinte privilégiée de règlement des conflits internationaux, l’Iran, la Russie et la Turquie signaient en mai 2017 un premier accord établissant alors des zones de désescalade, premier pas fragile, mais concret, vers une résolution du conflit.

Si Moscou a toujours pris soin de placer le processus d’Astana sous l’égide des Nations unies, les Etats-Unis et leurs alliés l’ont considéré, et le considèrent encore, comme concurrent. En septembre 2017, parmi de nombreuses déclarations contradictoires, Emmanuel Macron s’inquiétait ainsi à la tribune des Nations unies de la perte de vitesse du processus de Genève, contribuant à l’opposer à celui d’Astana. «Ça n’est donc pas une grande réussite pour le monde occidental, que ce soit pour l’Union européenne ou les Etats-Unis», avait alors déploré le président français, plaidant pour la création d’un «groupe de contact», dont il n’a plus jamais été question par la suite.

Convergence des processus de paix d’Astana et de Genève ? 

Pourtant, malgré l’hostilité des Occidentaux, Staffan de Mistura s’est employé, avec un style policé qui lui a valu d’être parfois accusé de dilettantisme, à contrer cette narration.

Tout au long de son mandat, le diplomate n’a eu de cesse de faire en sorte que le dialogue soit privilégié à la force, quitte à froisser certaines susceptibilités. Soutenant les différentes tentatives d’établir un cessez-le-feu en Syrie au cours de l’année 2016, notamment pour permettre d’apporter de l’aide humanitaire aux civils, il n’a jamais hésité à pointer du doigt la responsabilité des rebelles dans les épisodes de flambées de violences quand, là encore, la diplomatie occidentale n’hésitait pas à tenir l’armée syrienne pour seule coupable.

Ménageant la chèvre et le chou, Staffan de Mistura s’est attaché à promouvoir le format de Genève, y menant pas moins de neuf cycles de négociations, tous infructueux. Mais, dans le même temps, l’endurant émissaire italo-suédois s’est efforcé de préserver le lien, officialisé par l’ONU, entre Genève et Astana. Geir Pedersen, qui doit prendre son poste à la fin du mois de novembre 2018, devra faire face aux mêmes défis que son prédécesseur : articuler les deux processus.

Néanmoins, le nouvel émissaire de l’ONU, Geir Pedersen, ne pourra réussir là où Staffan de Mistura a échoué que si les Occidentaux clarifient leur position à l’égard de la Syrie. Le 28 octobre dernier, la chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont joints à leurs homologues russe et turc à Istanbul, manière de s’inscrire dans le format d’Astana. «Avec la participation de la France et de l’Allemagne, nous avons pu voir que nous pouvons porter beaucoup plus loin la synergie qui s’est créée à Astana. Plus nous permettons à d’autres pays partenaires de participer à cette coopération, plus rapidement nous aboutirons à une solution durable», s’est félicité, à l’issue du sommet, le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Dans une tentative de synthèse, les quatre dirigeants avaient alors rappelé que Genève serait le lieu des pourparlers visant à établir une nouvelle constitution syrienne.

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Menaces américaines

De fait, la «synergie», saluée par le président turc, reste fragile. Si, au nom des Européens, Emmanuel Macron et Angela Merkel se montrent ouverts au multilatéralisme, les Etats-Unis continuent de souffler le chaud et le froid. Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a de nouveau durci la position des Etats-Unis à l’encontre du processus d’Astana. «Les grands efforts déployés par la Russie pour contourner le processus de Genève avec celui d’Astana ou de Sotchi n’ont rien produit d’intéressant», a-t-il asséné le 1er novembre, martelant que Bachar el-Assad devait être «évincé du pouvoir».

Geir Pedersen devra également s’attendre à travailler sous la menace d’une dégradation de la situation. Début septembre, les tensions s’étaient de nouveau exacerbées entre les différents belligérants, cette fois dans le nord de la Syrie, dans le gouvernorat d’Idleb. Comme ils l’avaient fait en amont des frappes du 14 avril 2018, les Occidentaux avaient clairement évoqué de possibles frappes contre l’armée syrienne. L’annonce conjointe d’une zone démilitarisée par la Russie et la Turquie avait toutefois permis de désamorcer une situation explosive, grâce aux concessions de Damas et d’Ankara.

Même du côté de l’opposition syrienne, on pointe les incertitudes qui pèsent sur les pourparlers. Porte-parole du Comité des négociations syriennes (CNS), qui représente les principaux groupes d’opposition à Damas, Yahya al-Aridi a estimé que le changement d’émissaire n’aurait guère d’impact sur le sort de son pays s’il n’y avait pas de volonté internationale et de consensus sur une feuille de route politique. «Cet homme a de l’expérience, allant de l’Irak au Liban et aux Nations unies», a-t-il déclaré, cité par l’AFP le 31 octobre. «Mais quel que soit le nom de l’émissaire, il est nécessaire qu’il y ait une volonté et une détermination de la communauté internationale pour parvenir à une solution politique», a-t-il encore insisté, résumant d’une phrase la situation en Syrie.

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