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Affiche du film Sofia, de la Marocaine Meryem Benm’ Barek, dont la sélection au festival du film de Haïfa avec deux autres films marocains a suscité des appels au boycott

SHAFAQNA – Middle East Eye | par Safa Bannani et Margaux Mazellier : « Non à l’artwashing apartheid » : c’est dans ce tweet dénonçant les tentatives israéliennes de normalisation par l’art que l’antenne marocaine du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) a révélé, le 13 septembre dernier, la programmation de trois films marocains au festival israélien de Haïfa, qui se déroulera du 22 septembre au 1er octobre en Israël.

La programmation de Razzia de Nabil Ayouch les 25 et 27 septembre, Apatride (Stateless) de Narjiss Nejjar les 28 et 30 septembre et Sofia de Meryem Benm’ Barek les 23 et le 28 septembre a suscité la polémique au Maroc.

Contacté par MEE, Sion Assidon, l’un des fondateurs de l’antenne BDS Maroc, a indiqué que celle-ci avait « appelé les réalisateurs au boycott du festival de Haïfa » car « cela entre parfaitement dans le champ d’action du BDS ».

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Après l’annonce de cette participation de films marocains au festival de Haïfa, « les trois réalisateurs ont immédiatement affirmé qu’ils n’étaient pas au courant et qu’ils n’avaient pas été invités au festival », a-t-il précisé. « En effet, ils ne sont plus propriétaires du bien culturel. C’est un bien commercial qui appartient maintenant aux diffuseurs internationaux. »

Les cinéastes ont exprimé leur indignation suite à cette sélection au festival israélien. Dans un communiqué parvenu à MEE, Meryem Benm’ Barek, a déclaré : « J’ai appris la sélection de mon film Sofia au festival de Haïfa. J’en ai demandé le retrait. Ce sont des vendeurs internationaux qui se chargent de l’envoi des films aux festivals, sans que le réalisateur ne soit impliqué dans ce choix ».

La réalisatrice a précisé que son film « Sofia est la voix de ceux qui n’ont plus de voix. Il dénonce l’oppression et la domination du faible par le fort dans une société qui divise jusqu’au sein d’une même famille ».

Dans un communiqué de presse consulté par MEE, Nabil Ayouch explique qu’il n’a « aucune responsabilité » dans la projection de son film en Israël, insistant sur le fait qu’il « est et reste toujours contre toute normalisation des relations avec Israël ».

Toutefois, le réalisateur marocain affirme qu’il « ne peut pas interdire la projection en Israël d’un film » dont il a « cédé les droits internationaux ». Il précise qu’il a en revanche « le droit de refuser de partir en Israël ».

La réalisatrice Najriss Nejjar, qui est aussi la directrice de la cinémathèque de Rabbat, a quant à elle exprimé son indignation au média H24Info : « J’ai demandé expressément à ce que mon film soit retiré de la sélection. Je suis une humaniste éprise de paix, je ne cède jamais devant l’ignominie ».

Son film Apatride participera au festival Palestine Cinema Days à Ramallah en octobre. Narjiss Nejjar s’y rendra « en solidarité », a-t-elle ajouté.

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Malgré l’appel des trois réalisateurs marocains au retrait de leurs films du festival, « ce n’est officiellement pas le cas pour l’instant », a regretté le porte-parole du BDS Maroc.

Le boycott d’Israël contre « la propagande sioniste »

L’appel au boycott culturel d’Israël (PACBI) prend de plus en plus de l’ampleur. Ainsi, environ 140 artistes ont récemment appelé au boycott du concours de chant de l’Eurovision, qui devrait avoir lieu l’année prochaine en Israël, dans une lettre publié par The Guardian. Le musicien Roger Waters, le réalisateur Ken Loach et l’écrivain Yann Martel figurent parmi les signataires, qui dénoncent les « graves violations des droits des Palestiniens depuis des décennies ».

La comédienne hollandaise Sanne Wallis de Vries dénonce l’occupation israélienne dans une parodie de la chanson qui a permis à Israël de remporter l’Eurovision (capture d’écran)

Dernièrement, la célèbre chanteuse américaine Lana Del Rey a annulé un concert prévu en Israël pour n’avoir pas pu « organiser, dans le même temps, un concert en Palestine ».

Pour Sion Assidon, « la façon dont les réalisateurs se défendent montre bien que les artistes ne veulent surtout pas être impliqués avec n’importe quelle manifestation en lien avec Israël ».

L’indignation des trois réalisateurs marocains a été saluée, mais pour Sion Assidon, ces derniers devraient « se battre encore et avec fermeté s’ils souhaitent obtenir le retrait de leur film ».

« L’énergie investie pour retirer ces films devrait peut-être être encore plus poussée afin d’être sûrs d’éviter la présence du Maroc », estime l’activiste.

Selon lui, « la responsabilité morale de la propriété, au-delà de la propriété purement commerciale, reste celle de l’artiste. L’histoire montre que ceux qui veulent retirer leurs films, dans ce genre de cas, le peuvent et l’ont déjà fait en faisant jouer la clause de conscience ».

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Sion Assidon prévient d’ailleurs que « si le festival israélien de Haïfa venait à accorder un prix à l’un de ces films, cela alimenterait l’actuelle propagande sioniste selon laquelle les relations entre le Maroc et Israël seraient au beau fixe » et que « l’intelligentsia marocaine n’aurait aucun problème avec les crimes qui se commettent en Palestine » ce qui, du point de vue de l’activiste, est complètement faux.

Le 18 septembre, le BDS Maroc a officiellement lancé une campagne intitulée MACBI (Campagne marocaine pour le boycott académique et culturel d’Israel). Celle-ci « a déjà récolté plus d’une centaine de signatures d’artistes et d’académiciens marocains », a précisé Assidon à MEE.

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