Manal Rostom, une athlète voilée, défend les musulmanes voilées

by Pey Bahman Z
Manal Rostom, musulmanes voilées, hijab

SHAFAQNA – Mediapart: “J’ai eu l’impression que mon identité m’était dictée par la société”
James O’Hagan :

“Pourquoi était-il contre cette idée ?”

Manal Rostom :

“Il disait : “Comment est-ce que tu vas faire du sport, aller courir ?” À cette époque, à l’âge de 21 ans, il n’y avait personne qui me ressemblait qui faisait des choses extraordinaires et que j’aurais pu prendre en exemple.

J’ai atteint un point de rupture en 2014, j’ai voulu arrêter de porter le voile. Il y a eu tous ces incidents quand on a dit : “Les burkinis ne sont pas autorisés dans cette piscine ou “Le voile est interdit ici” ou encore quand on veut aller voir un match de foot avec des amis… À ce moment-là, je me suis dit que je ne voulais plus le porter. J’ai eu l’impression que mon identité m’était finalement dictée par la société parce qu’elle me bannissait ici ou là tout comme les autres femmes voilées.

Mais j’ai réalisé que je ne voulais pas suivre le mouvement. J’ai eu soudain l’idée de créer une communauté, une plateforme sur Facebook, un groupe que j’ai appelé “Surviving Hijab”. J’ai inscrit 80 jeunes femmes une par une, j’ai créé un groupe privé et j’y ai ouvert mon cœur. D’ailleurs, le texte de présentation est toujours sur la page. Il y a écrit : “Salut les filles, c’est la pression de la société qui nous fait enlever notre voile aujourd’hui.” Et c’est vraiment quelque chose qui existe.”

“Soutenir les femmes qui veulent vivre leur foi comme elles le souhaitent”
James O’Hagan :

“Qu’en est-il de celles qui ont décidé, sans pression de la société, de ne plus le porter. Quel message voulez-vous leur faire passer ?”

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Manal Rostom :

“Enlever le hijab, cela peut signifier un changement profond. Il se peut que vous vous disiez que le voile ne fait plus partie de votre identité. Une fille qui ne veut pas le porter et qui fait de bonnes actions peut être considérée par Dieu comme une meilleure musulmane que moi. Donc ce n’est pas à moi de juger. Mais le message que je veux transmettre à ces femmes, c’est : “Venez nous rejoindre au sein de “Surviving Hijab” et regardez le genre de choses qu’on fait. Vous n’êtes pas obligée d’être musulmane ou de porter le voile pour nous rejoindre. Vous devez seulement avoir envie de soutenir les femmes qui veulent vivre leur foi comme elles le souhaitent, et ce même si vous nous rejoignez juste pour vous informer. Il y a des filles qui me contactent via “Surviving Hijab” et qui me posent cette question cruciale : elles me disent : “J’ai 17 ou 19 ans, je suis championne de basket, on est en finale, mais ils ne me laissent pas jouer parce que j’ai un voile. Est-ce que je dois l’enlever ou arrêter le sport ?”

James O’Hagan :

“Que leur répondez-vous ?”

Manal Rostom :

“Ce que je leur dis, c’est qu’il faut que vous continuiez à vous battre pour obtenir le droit de jouer en portant votre voile. Donc je ne dirais pas à cette jeune fille d’arrêter le sport et je ne lui dirais pas non plus d’enlever son voile parce qu’aucune de ces options n’est la bonne. J’essaie juste de changer la perception des gens sur qui sont les femmes voilées.”

“Je suis devenue la première athlète portant un hijab à apparaître dans une campagne de cette marque au Moyen-Orient
James O’Hagan :

“Et donc cela passe en grande partie par votre collaboration avec cette grande marque de sport.”

Manal Rostom :

“Exactement.”

James O’Hagan :

“Comment cela a-t-il démarré ?”

Manal Rostom :

“J’ai envoyé un mail à un coach personnel qui représente la marque au Moyen-Orient : il s’appelle Tom Woolfe. Dans mon message, je lui ai mis le lien vers notre groupe. Et je lui ai écrit : “Il n’y a pas de représentation musulmane de cette grande marque, ne serait-il pas temps de répondre à nos besoins à nous, les femmes ?” Le lendemain, je recevais une réponse du Coach Tom, il me disait que c’était une super idée et me demandait quand on pouvait se rencontrer. Pour moi, à ce moment-là, c’est comme si on m’avait donné un immense espoir.

En l’espace de quelques semaines, je suis devenue la première athlète portant un hijab à apparaître dans une campagne de cette marque au Moyen-Orient. Et ils avaient effectivement fabriqué un voile respirable et qui sèche vite. J’ai donné mon visage à ce produit dans le monde entier, pas uniquement au Moyen-Orient.”

 

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