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SHAFAQNA – Le Point : Un Coran en latin, commandé par le Vatican au XVIIe siècle ! Traduit par le prêtre orientaliste Ludovico Marracci, qui signa aussi une introduction au texte sacré, ce volume de 1698 est l’une des curiosités que l’on peut actuellement admirer à l’Unesco, au sein de l’exposition « Majlis ». Le mot désigne cet espace de vie et de rencontres au cœur de tous les foyers du Golfe Persique, inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2015. Autour d’un majlis, donc, spécialement recréé pour l’événement, où les visiteurs pourront s’asseoir et deviser, les vitrines explorent sur plusieurs siècles les entrelacements inattendus entre cultures. Lampes de mosquée fabriquées à Vienne et dont les motifs abstraits évoquent la calligraphie arabe, coran indien de poche sur un rouleau de 4,5 cm de largeur spécialement conçu pour les voyageurs, bol de mendicité affichant des inscriptions en hébreu et en arabe… Les références musulmanes, juives, chrétiennes ou bouddhistes se conjuguent. Un tapis persan de la première moitié du XIXe siècle inscrit en farsi présente même « les 51 éminences de l’univers », dont Confucius, Moïse, Socrate, Jésus, Alexandre le Grand, Socrate, Christophe Colomb et Napoléon.

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Parmi les plus belles pièces, un plateau de bronze présentant saint Georges terrassant le dragon, accompagné d’un poème arabo-chrétien. Il a été trouvé il y a cinquante ans dans un cloître d’Irak par l’homme derrière cette exposition : le cheikh Fayçal Ben Kassim Al-Thani, soixante-dix ans, cousin de l’émir du Qatar et grand collectionneur. En 1998, il fonde son musée, à une vingtaine de kilomètres de Doha, pour accueillir ses collections, dont sont issus les trésors de ce majlis. Avec ses 17 000 mètres carrés, c’est le plus grand musée privé du Qatar. Éclectique, il est un reflet des goûts de son fondateur, puisque, aux côtés des objets anciens, il compte aussi 300 voitures et une collection consacrée à Lady Di… «  Notre particularité par rapport aux musées publics du Golfe [Persique] – Le Louvre Abou Dhabi, par exemple –, c’est vraiment d’être le reflet d’une personnalité  », raconte la fille du collectionneur, Sheikha Alano ud, vice-présidente du musée.

Céramique perse, XIe siècle.

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Dialogue interculturel

Mais le dialogue interculturel est bien l’un des fers de lance du lieu. De passage à Paris, le cheikh Fayçal Ben Kassim Al-Thani expliquait : « Cette exposition, pour moi, est le fruit de 40 ans d’expérience. Le majilis, c’est le lieu qui permet que les valeurs humaines se rapprochent. Mes valeurs peuvent être celles d’un chrétien, ou d’un bouddhiste. Nous avons tous plus en commun que ce que nous pensons. » « Chaque pièce de la collection a été choisie par moi. Je collectionne depuis l’enfance, grâce à mon père qui aimait m’emmener sur des sites archéologiques ou dans des musées.  » Loin des fanatiques dont « l’absence de culture » a causé les destructions de sites archéologiques en Syrie, en Afghanistan ou au Mali, entend-il rappeler, il prend à cœur son rôle de conservation et de passation.

Attendu ? Au Qatar, pas nécessairement, insiste le conservateur du musée, Kees Wieringa. « Nous sommes l’un des rares musées du monde arabe où vous trouverez des objets appartenant à toutes les religions, affirme-t-il.  » Il cite en exemple ce tapis présenté dans l’exposition, où l’on voit Alexandre le Grand aux côtés de son épouse, tandis que des danseurs et des musiciens les divertissent. « Cette représentation d’un couple se retrouvant en public est la marque d’une époque moins conservatrice qu’aujourd’hui !  » Visible à l’Unesco jusqu’au 14 décembre, l’exposition rejoindra ensuite l’Institut du monde arabe (IMA) jusqu’à la mi-mars.

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