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SHAFAQNA – Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a condamné la confirmation par la Cour suprême de Manama de la peine à perpétuité requise contre le cheikh Ali Salmane et deux autres leaders de l’opposition modérée bahreïnie.

« L’émission de ce verdict injuste sur la base d’accusations sans fondement montre que le gouvernement bahreïni suit un projet de suppression de la moindre voix d’opposition pacifique, avec l’appui de quelques pays étrangers », a affirmé Bahram Qassemi.

« Au lieu d’adhérer à des coalitions perdantes et de chercher leur sécurité auprès des étrangers, les autorités bahreïnies feraient mieux d’abandonner leur approche répressive et sécuritaire et d’opter pour un dialogue authentique et sérieux avec les opposants pour résoudre la crise qu’elles ont d’ailleurs elles-mêmes créée dans le pays. Mieux vaudrait en effet qu’elles répondent aux revendications légitimes du peuple, en mettant fin à leurs mesures de répression, y compris les peines injustes contre les protestataires. »

Plus tôt lundi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait évoqué devant les journalistes, lors de son point de presse hebdomadaire, le verdict émis par la cour bahreïnie contre le cheikh Ali Salmane :

« Cette mesure est à condamner. Nous ne nous sommes jamais ingérés dans les affaires intérieures de Bahreïn et ne le ferons jamais. Pourtant, nous avons toujours recommandé au gouvernement bahreïni, pour assurer sa sécurité et ses intérêts, de reconnaître les droits civiques de tout le peuple de Bahreïn, d’éviter les démarches contradictoires et de se détourner des critères ambivalents et illégaux », avait-il précisé.

Qassemi avait également émis l’espoir que Bahreïn serait capable de mieux digérer la réalité sur la scène interne et éviter de tels actes de provocation qui risque d’attiser l’instabilité et l’insécurité dans la région.

A la tête du mouvement Al-Wefaq, cheikh Salmane, 53 ans, avait été condamné le 4 novembre pour “intelligence avec le Qatar (…) dans le but de renverser l’ordre constitutionnel du pays” et “actes d’hostilité envers le royaume de Bahreïn”.

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Une manifestation en soutien à Ali Salmane / © Hamad I Mohammed Source: Reuters

Ce jugement avait aussitôt été dénoncé comme politique par des organisations de défense des droits humains, Amnesty le qualifiant de “parodie de justice”.

Un groupe d’opposition, The Bahrain Institute for Rights and Democracy (Bird), a fermement condamné le verdict de lundi, aboutissement d’un processus “biaisé” selon lui.

“C’est une vengeance politique et une insulte à la justice”, a affirmé son directeur Sayed Ahmed Alwadaei dans un communiqué, ajoutant que cette décision faisait “honte aux dirigeants de Bahreïn et à leurs alliés, les Etats-Unis et le Royaume-Uni”.

La réaction des Etats-Unis a été prudente. Le verdict “rétrécit l’espace pour la libre expression et l’activité politique, qui est historiquement protégé dans le système constitutionnel de Bahrein”, a déclaré sur Twitter Robert Palladino, porte-parole adjoint du département d’Etat américain.

“Le verdict prononcé aujourd’hui marque un nouveau pas contre les voix dissidentes”, a déploré l’Union européenne dans un communiqué. Bruxelles a rappelé avoir à plusieurs reprises exprimé “son inquiétude concernant la limitation croissante de la liberté d’expression à Bahreïn”.

Le petit royaume du Bahreïn a été secoué par des troubles à partir de 2011, lorsque les forces de sécurité ont réprimé un grand mouvement de protestation de la majorité chiite qui réclamait des réformes démocratiques.

Depuis 2011, les procès d’opposants se sont multipliés à Bahreïn. Des centaines de dissidents sont actuellement emprisonnés, jugés ou déchus de leur nationalité.

Le royaume a également approuvé en 2017 un amendement constitutionnel donnant à la justice militaire la possibilité de juger des civils accusés de “terrorisme”.

Pour Amnesty, le verdict définitif prononcé lundi contre cheikh Salmane, “à l’issue d’un procès inéquitable, souligne la détermination des autorités à faire taire toute voix critique”.

“Les autorités doivent annuler la condamnation et libérer immédiatement et sans condition cheikh Salmane. Elles doivent aussi annuler la décision de dissoudre les deux groupes d’opposition, al-Wefaq et Waad”, a ajouté l’ONG.

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