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SHAFAQNA – Iqna : Les manifestations soudanaises contre le gouvernement d’Omar al-Bashir le 19 décembre 2018, avaient commencé avec l’augmentation du prix des produits de base, mais sont rapidement devenues des manifestations politiques pour le renversement d’Al-Bashir. Un Conseil militaire de transition a été installé le 11 avril, par l’ancien ministre de la défense, qui est dirigé par Abdoul al Fatah al Borhan, le chef d’état-major.

Malgré le limogeage d’Omar al-Bashir, les manifestations continuent devant le siège de l’armée et les manifestants exigent le transfert du pouvoir du conseil militaire à un gouvernement civil.
Il est probable que le régime militaire se maintienne grâce aux soutiens financiers extérieurs car les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ne souhaitent pas voir émerger un front populaire.
Le Soudan fait partie des pays africains aux prises avec des développements politiques déstabilisateurs. Les nombreux coups d’Etat et l’apparition de régimes autoritaires et militaires opposés aux partis politiques, sont les caractéristiques de ce pays. Les trois partis d’opposition, le Parti Amal dirigé par Sadegh al-Mahdi, le Parti du Congrès populaire dirigé par Hassan Al-Tarbi et l’Alliance démocratique dirigée par Mohammad Osman Mirghoni, ont toujours été les concurrents d’Omar al Bashir qui a dirigé le Soudan jusqu’au 20 avril de cette année, suite à un coup d’État avec un parti unique. Les guerres civiles, les rébellions de l’armée, le séparatisme dans le sud du Soudan en 2011, le renversement du régime et l’hésitation entre la démocratie et le pouvoir militaire, sont des crises auxquelles le pays continue de faire face.
Les positions contradictoires des groupes politiques sur les relations avec Israël, les séparatistes du sud et les mouvements d’éveil islamique, ont exacerbé les divergences politiques sous le gouvernement d’Omar al-Bashr, jusqu’à ce qu’il rejoigne la coalition saoudienne contre Le Yémen, attiré par les soutiens matériels de l’Arabie saoudite et des Emirats.
Riyad et Abou Dhabi opposés aux courants populaires dans les pays arabes, et aux activités menées en Tunisie, en Libye, à Bahreïn, au Yémen et récemment, au Soudan, par leur soutien financier continu aux forces militaires soudanaises, ont poussé les dirigeants de l’armée soudanaise à manifester sans répit, leur réticence à transmettre le pouvoir à un gouvernement civil, un mois après le retrait d’Omar Bashir.
L’Arabie saoudite et les Émirats ont annoncé une contribution de 500 millions de dollars à la Banque centrale du Soudan afin de pallier au manque de réserves en devises et des dons de 2,5 milliards de dollars en produits alimentaires, médicaments et produits pétrochimiques. Ils avaient fait la même chose en Égypte au lendemain du coup d’Etat de Sissi, et en Tunisie. Le général Abdul Fattah Burhan, président du Conseil militaire soudanais, et Abdul Rahman, ont joué un rôle majeur dans les négociations menant au déploiement des troupes soudanaises dans la guerre contre le Yémen en 2015.
Abdul Fattah Borhan, qui a passé la majeure partie de sa vie entre le gouvernement yéménite et les Émirats arabes unis, a des liens très étroits avec l’Arabie saoudite qui découragée par Omar al-Bashir, devait lui chercher un remplaçant, avec le soutien d’Abdoul Fattah et de l’armée soudanaise, pour accentuer ses attaques contre le Yémen. En fait, le retrait des forces soudanaises de la guerre au Yémen, a poussé les deux chefs saoudiens et émiratis à œuvrer de différentes manières pour instaurer l’insécurité dans le pays et renverser le gouvernement d’Al Bashir.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne veulent voir s’effriter leur alliance militaire tant que la guerre au Yémen n’a pas atteint ses objectifs. Dans ces conditions économiques désastreuses, face aux séparatistes du Sud, le Soudan a besoin de l’assistance économique de ces pays. Par ailleurs, l’Égypte tient également au régime militaire et au soutien des Saoudiens et des Émirats arabes unis au Soudan, en particulier sur la question des eaux du Nil. Par conséquent, il existe une volonté de poursuivre cette dictature qui pourrait à court terme, atténuer les effets de la crise économique.
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Selon les informations fournies par le journal Guardian, le régime saoudien a peur des mouvements populaires soudanais qui représentent un grave danger pour le gouvernement saoudien.
De nombreux experts soulignent un manque de convergences des intérêts régionaux et internationaux au Soudan, affirmant que cette question pourrait enflammer la situation, et parlent de la volonté de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite de freiner le plan visant à changer le système gouvernemental et à mettre en place un système démocratique après une révolution.
Azmi Bashara, penseur et homme politique palestino-chrétien, estime que l’axe anti démocratique arabe, dominé l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, cherche à contrôler la côte de la mer Rouge. La meilleure solution pour cela est le coup d’Etat militaire soudanais qui peut donner une impulsion à cet axe en cas de conflits régionaux.
Cet axe ne s’oppose pas seulement à la démocratie mais tente également, d’empêcher la montée des islamistes sur la scène politique soudanaise, et est également très préoccupé par l’influence du Qatar et de la Turquie au Soudan, après la signature d’accords majeurs entre le président déchu et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, et craint que le Soudan retire ses forces militaires du Yémen, forces qui constituent le seul lien avec le Caire, Abou Dhabi et Riyad.
Bien que le Conseil militaire soudanais ait récemment approuvé la création d’un gouvernement de transition et le projet soumis par les forces de « liberté et de changement », coalition de groupes d’opposition et de partis politiques, il a souligné que la législation et les traditions islamiques devaient être la principale source de législation au Soudan.
Malgré cela, les opposants soudanais estiment que les pourparlers avec le Conseil militaire ont été interrompus et le porte-parole de l’ONU, Farhan Hagh, a incité toutes les parties soudanaises à œuvrer pour une transition pacifique du pouvoir pour répondre aux revendications de démocratie et de développement de la nation.

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