PARTAGER

SHAFAQNA – Le Muslim Post : Ils représentent 30 % de la population locale. Dans l’Assam, à l’extrême est de l’Inde, les musulmans sont au cœur des tensions. Une pétition, signée par près de 250 000 personnes, prévient que, « dans quelques jours, l’Inde pourrait effacer jusqu’à 7 millions de Musulmans de son registre de citoyens dans l’Etat d’Assam, parce qu’ils ne parlent pas la ‘bonne’ langue et ne prient pas le ‘bon’ dieu. » L’équipe d’Avaaz assure que « maris, épouses et enfants pourraient être séparés et enfermés dans des camps. »

Les initiateurs de la pétition affirment leur crainte d’un génocide. « C’est comme ça qu’a débuté le cauchemar des Rohingyas », écrivent-ils. Il faut dire que la situation ressemble étrangement à ce qui se déroule en Birmanie. De nombreux musulmans sont arrivés dans l’Assam en 1971 en direction du Bangladesh. Depuis, les tensions sont à leur comble entre hindous et musulmans. Il y a peu, Amnesty International racontait les cas d’Abu Hanifa et Riazuddin Ali, lynchés par une foule dans l’état de l’Assam, soupçonnés d’avoir volé une vache.

À lire aussi: Inde: le viol d’une fillette musulmane ravive les tensions entre communautés

Le nationalisme hindou à son paroxysme

Au-delà des affrontement parfois meurtriers — à l’été 2012, soixante-dix personnes ont trouvé la mort à Dhubri, Kokrajhar et Bongaigaon —, c’est une véritable politique anti-musulmans qui se met en place en Inde. « La situation des musulmans est très inquiétante, surtout depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, qui appartient au (Bharatiya Janata Party BJP), une frange dure du nationalisme hindou. Il prône une Inde débarrassée de ses minorités chrétiennes et musulmanes. Les musulmans ont peur du régime en place », nous indiquait Charlotte Thomas, spécialiste de l’Inde.

Des musulmans déplacés dans l’Etat de l’Assam en 2012 © DIPTENDU DUTTA / AFP

Alors, que se passe-t-il dans l’Assam ? Les initiateurs de la pétition indiquent que « le gouvernement prétend prendre des mesures contre l’immigration illégale venue du Bangladesh. Mais en réalité, la grande majorité des personnes visées sont des citoyens musulmans, pauvres, analphabètes et dépourvus de ‘véritables’ documents d’identité. » Il s’agit en effet pour les musulmans de prouver qu’ils vivaient en Inde avant 1971. Ceux qui ne peuvent prouver leur nationalité seront expulsés vers le Bangladesh, avec le risque de devenir apatrides. En mars dernier, 5 millions de musulmans de l’Assam n’avaient pas fourni les documents nécessaires, selon Al Jazeera.

À lire aussi: Rohingyas: Amnesty accuse l’armée birmane de crimes contre l’humanité

Un registre impossible à mettre à jour

« Tous ceux dont les noms ne figurent pas au Registre national des citoyens devront être expulsés », a indiqué il y a quelques mois Himanta Biswa Sarma, ministre des Finances et de la Santé de l’Assam. Sans toutefois préciser où les personnes concernées seraient envoyées. Concernant les sans-papiers, seuls les hindous d’origine bangladaise seront autorisés à rester en Inde, comme les y autorise la loi. En 1985, une loi a été décidée, elle déclare tous les Bangladais arrivés après le 24 mars 1971 comme étant des étrangers. L’Assam a eu jusqu’au 30 juin dernier pour mettre à jour son Registre national des citoyens, après que la Cour suprême a refusé d’accorder un délai supplémentaire aux autorités.

La mise à jour du registre est problématique : le coordinateur de l’Assam indique que le processus est « difficile, car tous les membres d’une même famille ne vivent pas forcément au même endroit » et qu’il faut « veiller à ce que toutes les personnes concernées reçoivent des avis », tout en leur laissant le temps de fournir les documents demandés. Plusieurs musulmans, dont les familles vivent dans l’Assam depuis plusieurs décennies, ont appris qu’ils ne figuraient pas sur le registre. Ils seront bientôt apatrides.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here