Législatives : une candidate voilée victime d’un déchaînement de haine sur Twitter

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SHAFAQNA – Sous son voile doré aux reflets soyeux, Sandra Fourastier, 21 ans, est le nouveau visage féminin de l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF). Elle porte fièrement les couleurs éclatantes de son parti « laïc et non religieux » et néanmoins riche de son « éthique musulmane », symbolisant un éveil des consciences dont elle est tout à la fois l’incarnation et l’activiste engagée sur le terrain, à l’approche du premier tour des élections législatives, le 11 juin.

Formant un binôme en « or », complémentaire et volontaire, avec Abdelmajid Aodella, président de l’association « l’Union Gennevilloise » et figure locale de la première circonscription des Hauts-de-Seine, cette jeune française convertie à l’islam prend très au sérieux son rôle de suppléante, consciente de l’enjeu crucial que représente le scrutin local qui se profile à l’horizon.

En lutte contre les extrêmes et le racisme sous toutes ses formes, Sandra Fourastier n’entend pas être reléguée au rang de citoyenne de seconde zone mais veut au contraire « affirmer sa place au sein de la République », et à travers sa candidature, réhabiliter l’image déshumanisée des femmes musulmanes voilées qui sont, de surcroît, les proies de prédilection de l’islamophobie violente.

Cruelle ironie du sort, alors qu’elle a fait sien le slogan de l’UDMF « Agir pour ne plus subir », elle subit, depuis une semaine, des attaques calomnieuses infâmes sur Twitter, allant jusqu’à menacer de porter atteinte à son intégrité physique, pour être apparue voilée sur l’affiche officielle de campagne.

Sandra Fourastier, plus combative que jamais, a accepté de répondre à nos questions et de retracer sa trajectoire personnelle unique.

Vous êtes une jeune française convertie à l’islam et voilée. Avez-vous été élevée dans la tradition catholique et quel a été votre cheminement spirituel ?

J’ai grandi dans un environnement très ouvert, même si mes parents, à l’époque du moins, ne croyaient pas vraiment en Dieu. Ma mère, catholique de naissance, était devenue athée avec le temps, tandis que mon père évoluait doucement vers le protestantisme. Mes soeurs étaient attirées par le bouddhisme, quant à moi, je savais qu’un DIEU existait mais je ne savais pas le nommer. J’ai toujours ressenti un besoin de spiritualité. Très jeune, je me posais déjà des questions sur la création, sur mon existence, je pouvais en discuter des heures avec mon grand-père.

A l’âge de 8 ans, je me suis rapprochée de la seule personne réellement pratiquante de mon entourage : mon oncle protestant. Je lui ai demandé de me faire découvrir sa religion et j’allais donc souvent, le dimanche, à l’église pour enfants qu’on appelait “l’école du dimanche”. J’y ai appris la religion protestante et j’étais souvent celle qui récitait les louanges.

Vers l’âge de 13 ans, toujours en quête de sens, j’ai tapé un jour CORAN sur Internet et j’ai commencé à me documenter sur l’islam avec un intérêt accru. Mes parents étaient au courant mais pensaient que c’était “une mode” passagère. Cependant, au fil des années, j’éprouvais une attirance irrésistible pour la religion musulmane au point de vouloir me convertir, mais sans savoir comment m’y prendre.

Un matin, en me rendant au marché avec ma mère, j’ai aperçu au loin un homme qui tenait un stand de livres sur la religion musulmane. J’avais très envie d’acheter un exemplaire du Coran, mais je n’ai pas osé devant ma mère. Or, à ma grande surprise, c’est elle qui a fait le premier pas en demandant au vendeur : « J’aimerais un Coran pour ma fille ». Celui-ci m’a regardé et m’a aussitôt posé la question : « Es-tu musulmane? ». Je lui ai dit « non », ce à quoi il m’a répondu en me tendant un Coran : « Tiens, alors je te l’offre ».

J’avais 17 ans quand j’ai décidé de me convertir, alors que j’étais chez une amie en train de converser avec sa famille. Lorsqu’un de ses parents me demanda si je voulais devenir musulmane,  j’ai dit “oui” en m’exclamant, comme une libération intérieure. Ce soir-là, c’était clair dans ma tête : j’allais prononcer la Shahada.

J’ai immédiatement fait part de ma décision à mes parents qui en furent très heureux pour moi. Ma mère, qui était très curieuse, me posait beaucoup de questions, me regardait prier. Finalement, un beau jour, elle m’a annoncé quelque chose d’incroyable : « Ma fille, j’ai pris rendez-vous à la mosquée pour me convertir ». Rien qu’en songeant à ce moment, je suis encore profondément émue. Aujourd’hui, ce qu’il y a de merveilleux, c’est que nous sommes toutes les deux parfaitement épanouies dans notre croyance.

Quelles sont les raisons qui vous ont incitée à vous voiler dans une société française qui est particulièrement hostile au port du hijab ?

J’ai longtemps hésité à revêtir le voile. A l’époque, je travaillais encore en apprentissage pour une grande marque et ce n’était pas une démarche facile. Cela ne s’est pas imposé à moi comme une évidence au départ. Suite à une réflexion longuement mûrie, j’ai décidé de le porter deux ans après ma conversion et je dois avouer que ce fut pour moi un immense soulagement intérieur.

Au travail, les choses se sont compliquées, mes relations sont devenues plus tendues avec mon responsable et, pourtant, je veillais à retirer mon hijab avant d’entrer dans l’établissement.

Vous êtes étudiante dans quelle discipline ? Rêvez-vous d’un métier ou d’une filière professionnelle en particulier ?

Après avoir choisi de porter le voile et face à la situation conflictuelle que mon islamité visible a générée sur mon lieu de travail, j’ai décidé de quitter mon poste et je me suis consacrée à mon association caritative pendant un an. J’ai ensuite décidé d’obtenir des diplômes dans le social afin d’être plus efficace sur le terrain. Je suis devenue médiatrice et, en parallèle, j’ai repris des études universitaires cette année. Pour le moment, je ne poursuis pas un but de carrière précis, ce que je veux surtout, c’est connaître parfaitement les lois afin d’aider quiconque à ne plus subir d’injustices ou de discriminations en raison de sa couleur de peau, de sa religion, de ses origines.

Comment est né votre désir de vous engager en politique et pourquoi avoir choisi de rejoindre les rangs de l’UDMF, il y a dix-huit mois de cela ?

L’horreur des attentats a fait que j’ai vu le monde changer autour de moi. Les regards ne sont plus forcément les mêmes, les discriminations sont légitimées derrière “l’islamophobie” et déjà bien avant tout cela, les lois liberticides avaient fleuri dans notre pays, et ce, dès le 15 mars 2004.

Mon attachement à l’intérêt général m’a menée tout naturellement vers l’UDMF en 2015, avec l’espoir de parvenir à stopper le phénomène de la bouc-émissarisation des Français musulmans par la sphère politico-médiatique, de défendre nos droits et de faire entendre nos voix et notre message dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Sandra Fourastier entourée de Abdelmajid Aodella (avec lunettes), de Nagib Azergui et Eric Berlingen, président et porte-parole de l’UDMF

Vous êtes suppléante de l’UDMF dans la première circonscription des Hauts-de-Seine, aux côtés de Abdelmajid Aodella, et vous vous investissez sur le terrain depuis le mois février. Quel est l’accueil que vous réserve la population locale ?

Je suis effectivement candidate aux côtés de Monsieur Abdelmajid Aodella. Nous avons tracté à la cadence d’un jour sur deux pendant un mois dans chaque ville de notre circonscription. Les échanges avec la population locale sont en général très riches, le nom du parti Union des Démocrates Musulmans Français interpelle les gens que nous rencontrons, et les réactions sont de tous types. La plupart du temps, nous sommes agréablement surpris par leur caractère positif. C’est un formidable encouragement à continuer et à redoubler de pédagogie auprès des administrés dans la diversité de leurs composantes. Beaucoup de personnes nous ont même félicités, en nous disant « Enfin, il était temps ».

Nous insistons sur le fait que nous ne sommes pas un parti religieux mais laïc, avec une éthique musulmane, et que le mot « Musulmans » figure dans notre appellation uniquement pour frapper les esprits, étant donné qu’il revient systématiquement dans les discours des médias et des politiques depuis une décennie. Nous expliquons vouloir dé-islamiser les débats en nous recentrant sur les véritables préoccupations des Français, à savoir l’emploi, la santé, l’environnement et tout ce qui nous touche au quotidien. Ce qu’il y a de très réconfortant et stimulant, c’est qu’il y a beaucoup de personnes non musulmanes qui nous soutiennent et acceptent de venir à nos réunions publiques.

Que répondez-vous à ceux de vos concitoyens qui, au nom de la laïcité, vous dénient la liberté de porter le voile et a fortiori le droit de vous présenter à une élection locale ?

Beaucoup d’entre eux ont été contaminés par les discours identitaires totalement contraires à l’esprit républicain et en totale contradiction avec la laïcité. La loi de 1905 n’est pas un rempart contre le religieux et encore moins contre l’islam. Ceux qui affirment cela ne connaissent rien au code électoral et ne font que répéter ce qu’ils ont entendu de la bouche de certains politiques populistes en quête de voix. Rien n’interdit à une citoyenne qui n’est pas un agent de la fonction publique de porter le voile, de se porter candidate et de siéger voilée au sein de l’Assemblée Nationale.

Que dites-vous à vos coreligionnaires qui redoutent de voir le voile interdit à l’université et qui se heurtent au double ostracisme de la société et du monde du travail ?

Je veux dire à toutes ces étudiantes dont les droits les plus élémentaires sont aujourd’hui menacés et qui sont obligées de se déguiser en portant un bonnet, parfois juste pour ne pas être agressées, de se battre pour défendre leurs droits envers et contre tout. Il est temps d’AGIR politiquement pour ne plus avoir à SUBIR cette islamophobie institutionnalisée. Tel est le sens de mon combat.

Dans ce même ordre d’idées, que pensez-vous de la décision rendue par la Cour de justice européenne qui autorise désormais les employeurs à proscrire les signes religieux au sein de l’entreprise ? Un arbitrage rendu à partir de deux affaires de licenciement de femmes voilées, l’une française, l’autre belge.

Cela illustre parfaitement la banalisation, totalement assumée, de la négation des droits fondamentaux des musulmans, non seulement en France, mais aussi dans le reste de l’Europe. Il s’agit là d’une réelle régression de nos acquis. Les femmes ont lutté durant des siècles pour avoir le droit de s’habiller et de s’exprimer librement dans notre pays. La lutte doit donc être poursuivie sans relâche dans ce sens, car l’Histoire est notre témoin et c’est le combat que doivent incarner les féministes du monde entier.

Pourquoi pensez-vous que la candidature de Abdelmajid Aodella et la vôtre pourraient faire la différence dans votre circonscription ?

C’est d’abord un signal fort que nous voulons envoyer à la Nation. Celui, en 2017, d’affirmer pleinement notre place au sein de la République en tant que citoyens à part entière. Nous ne voulons plus nous cacher, nous terrer et nous taire. Cela n’a malheureusement jamais contribué à améliorer les choses.

J’espère que tous les Français, sans distinction aucune, comprendront la nécessité de se mobiliser dans ce combat, car c’est l’essentiel de notre programme. Celui de l’ouverture, du rassemblement pour faire barrage aux idées de l’extrême droite.

Depuis votre apparition sur l’affiche de campagne, il y a environ une semaine, vous êtes victime d’un déchaînement de haine sur Twitter. Que ressentez-vous face à cette violence verbale qui s’extériorise en toute impunité ? Pourriez-vous envisager de porter plainte ?

Je suis évidemment très choquée par les propos orduriers et les menaces qui me visent. Hélas, c’était très prévisible dans le climat ambiant. Si cela va trop loin, j’envisage effectivement de porter plainte. Fort heureusement, cela n’a pas entamé ni mon énergie, ni mon enthousiasme, et c’est avec une motivation décuplée que je sillonne, avec Abdelamajid Aodella, la première circonscription des Hauts-de-Seine dans la perspective de conquérir les suffrages, dimanche 11 juin.

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma.

Un florilège de tweets orduriers contre la candidature de Sandra Fourastier 

Il est à noter que l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF), dont nous avons également contacté le président Nagib Azergui, a investi des binômes pour les législatives 2017 dans les départements suivants :

en Seine-et-Marne
– en Essonne face au député sortant Manuel Valls 
– dans les Hauts-de-Seine
– dans le Loiret 
– dans la 9 ème circonscription des Français de l’étranger
– et en Outre-mer dans la première circonscription de Mayotte.

Forte de sa percée en Île-de-France lors des régionales et après avoir été représentée à la présidentielle par Kamel Messaoudi, le premier candidat issu de l’immigration dont la candidature a été validée par le Conseil constitutionnel – « Un symbole fort et la voix oubliée des citoyens d’Outre-mer » souligne Nagib Azergui » –, l’UDMF se devait d’être au rendez-vous du scrutin législatif en Essonne, à travers son candidat et porte-parole Eric Berlingen, pour affronter dans son fief le député sortant : le désormais sans étiquette Manuel Valls.

L’ancien Premier ministre, farouchement anti-voile, qui clamait au temps de sa splendeur sous les ors de la République, comme le rappelle le président de l’UDMF : « Le voile qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont doit être pour la République un combat essentiel », sans oublier cette variante : « Le voile, c’est un asservissement de la femme ».

Source : oumma.com

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