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SHAFAQNA – Agora Vox / Philippe Nadin : Bas les masques, la dernière pantalonnade de Trump vient de rebattre les cartes sur l”échiquier complexe du Proche orient et a au moins le mérite de clarifier la situation.

Ses motivations secrètes qui lui sont dictées par des impératifs de politique intérieure visant à rassembler son noyau dur d’électeurs vont naturellement dans le sens univoque des intérêts du seul Israël, ce que chacun aura compris. Pour autant on pourrait se passer de tels amis, tant le président américain se positionne sur une ligne politique l’amenant à défendre « en même temps » les suprématistes néo nazis américains du « white power »et les tenants du grand Israël. Pour la secte puritaine et protestante des évangélistes américains formant une partie importante du socle électoral du parti républicain, la reconstitution de l’ancien royaume de David autour de Jérusalem est la condition préalable au retour du Christ et au jugement final de ce monde, en vertu d’absurdes prophéties, fabriquées de toutes pièces. La preuve est ainsi faite que l’on peut être à la fois en Amérique, anti sémite et sioniste, en toute bonne foi. Ce qui fédère ce socle aux pieds d’argile c’est surtout une haine viscérale des musulmans, exacerbée jusqu’au délire depuis le 11 septembre.

Derrière la dernière provocation de Trump se profile la volonté de créer du chaos pour produire un ordre nouveau, axiome qui était déjà celui de la diplomatie de Bush fils en Irak en une parfaite continuité. L’option guerrière loin d’être écartée sagement semble au contraire apparaître comme l’unique solution en vue de débloquer une situation qui paraît irrémédiablement figée, scenario qui semble désormais privilégié par Israël qui manipule habilement la marionnette Trump. Ce qui n’est pas en soi bien difficile, compte tenu du personnage, dont l’intelligence ne saurait sans imprudence être surévaluée.

Israël n’a en effet nulle intention de favoriser une solution à deux états dans la région. Cependant, ce pays ne veut pas annexer purement et simplement les territoires qu’il occupe, car outre le fait que ce passage en force serait sanctionné par l’ensemble de la communauté internationale, cela impliquerait pour l’état juif de donner aux Palestiniens les mêmes droits civiques et sociaux qu’aux Israéliens. Israël mise sur le long terme et considère qu’avec le temps la force primant le droit, la conquête des territoires occupées sera entérinée comme un état de fait consacré par l’usage et enfin reconnue de tous. Cela impliquerait néanmoins d’accueillir cisjordaniens et ressortissants de Gaza comme autant de nouveaux citoyens arabes israéliens, ce qui romprait l’équilibre démographique en leur faveur et donc serait à court terme une menace à la survie de l’état hébreu.

Reste donc la seule solution : la guerre permettant comme en 1967 la déportation massive des Palestiniens dans leur vrai pays du point de vue sioniste, la Jordanie, ou encore ailleurs, soit n’importe où, sauf en Palestine. Guerre évidemment avec l’Iran, menace nucléaire potentielle, par un jeu de provocations répétées et avec la Syrie son allié, au risque fou d’ouvrir un nouveau conflit mondial avec la Russie qui s’en est fait la protectrice. Sorte de préparation générale à la nouvelle solution finale, l’élimination totale des arabes du sol de la Palestine, redevenue enfin le grand Israël.

L’enjeu de la récente déclaration de Trump est clair, il vise a reconnaître un fait accompli l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza dont le sort est en suspens depuis 1967. La résolution 242 de l’ONU votée après la guerre des six jours condamne pourtant formellement toute occupation de territoires par la force, ou même simple droit de conquête, quel que soit le bien fondé de la cause du vainqueur. Ce qui parait logique, car nous sommes censés vivre dans une époque civilisée depuis 1945. Israël est donc peut être lui aussi un état terroriste, en totale illégalité par rapport à l’ordre international, mais ce qui est plus grave contrevenant à la loi morale, par ses violations répétées du droit humain des peuples à disposer d’eux mêmes, bafouant les aspirations de l’immense majorité du peuple palestinien. Il est vrai que sa survie est en jeu.

La seule solution viable, compte tenu de l’effacement des hommes de paix de chaque camp ne semble plus passer aujourd’hui par deux états distincts, ce qui paraît un scénario devenu caduc. Sur ce territoire exigu, mais cohérent que les parties se refusent à partager l’avenir passe peut être par l’option d’une confédération de deux peuples distincts et souverains, mais réunis pour une même terre dans le cadre d’institutions communes. Perspective aujourd’hui chimérique tant les bruits de guerre recouvrent tout bon sens.

Reste la caution ou l’alibi qui permettra au scenario idéal des bellicistes de prendre forme. Il faut bien sûr pour cela l’appui d’une puissance arabe. Ce rôle est dévolu pour des intérêts économiques évidents à l’Arabie saoudite. En jouant sur les divisions du monde arabe, une alliance se dessine déjà séculaire entre les USA et Israël, mais aujourd’hui avec un nouveau partenaire inattendu : la monarchie des Saoud. Oubliant le fait que ce pays est l’inspirateur direct de la révolution islamiste radicale au Proche orient et de sa diffusion en Europe avec ses financements suspects et ses répercussions meurtrières dans le terrorisme aveugle. Protectrice des lieux saints, l’Arabie saoudite obnubilée dans sa lutte contre l’Iran chiite en pleine expansion sera volontiers prête a sacrifier la cause palestinienne dans le cadre d’un accord au rabais éminemment favorable à son nouvel allié l’état hébreu et visant sous son égide respectable à régler la question. De telles alliances arabo-sionistes sont dans la logique géopolitique, il est même surprenant qu’elles aient mis tant de temps à voir le jour dans cette région. C’est la menace non seulement militaire, mais aussi idéologique que représente l’Iran chiite qui du point de vue saoudien en rend désormais la perspective incontournable. L’enjeu est en effet immense, car le pays arabe qui sous sa houlette en se faisant le champion de la cause palestinienne, qu’il soit chiite ou sunnite, pourrait en cas de victoire même partielle sur Israël, récupérer à son profit le rêve pan-arabique et reconstituer derrière lui l’unité du monde arabe, comme jadis ce fut le cas avec Saladin vainqueur des croisés Francs.

Contre ce scenario que l’incurie de l’administration américaine a précipité en ruinant l’Irak de Saddam Hussein qui servait jusque là de contrepoids aux velléités hégémoniques iraniennes, une véritable alliance contre nature se met en place, unissant des acteurs aux intérêts convergents, mais dont les fondamentaux idéologiques sont remarquablement éloignés. Quoi de commun en effet entre les suprémacistes blancs américains, premiers soutiens de Trump, l’extrême droite israélienne des religieux au pouvoir rêvant d’un nouvel exode définitif du peuple Palestinien et le régime saoudien, premier stipendiaire des attentats islamistes depuis le 11 septembre, au nom d’une idéologie rétrograde et criminogène ?

Quoi de commun, si ce n’est la reconstitution, cette fois ci qui n’est plus théorique d’un véritable axe du mal ? Décidé à jouer la carte de la politique du pire.

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