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SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre L’IMAM AL-HASSAN et de son Traité de Réconciliation avec Mu’âwiyeh, Compilé et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

La préférence des soldats de l’Imam al-Hassan pour la réconciliation avec Mu’âwiyeh faisait vivre au petit-fils du Prophète des moments dramatiques ou plutôt un drame à double cause: la répugnance de l’Imam à traiter avec la déviation d’une part, l’impossibilité – dans laquelle il se trouvait – de mobiliser les Musulmans en vue d’enrayer le danger qui guettait leur religion d’autre part.

Si la première cause est tout à fait compréhensible et légitime, la seconde pourrait prêter à interrogation: pourquoi l’Imam al-Hassan ne parvenait-il pas à mobiliser les masses musulmanes pour la défense de sa cause, celle de son père et son grand-père?

Rien dans la personnalité prestigieuse de l’Imam al-Hassan ne laissait présager cette situation paradoxale!

Le petit-fils du Prophète, le fils de Fâtimah al-Zahrâ’, le disciple de l’Imam ‘Alî avait une ascendance évocatrice, une éducation islamique exemplaire, un passé riche d’expérience en la matière.

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N’était-il pas l’homme de toutes les campagnes de l’Imam ‘Alî: à Basrah, à Nahrawân, à Çiffine?

N’avait-il pas joué un rôle décisif dans tous ces combats victorieux?

N’était-ce pas, en outre, à lui que l’Imam ‘Alî faisait appel pour mobiliser les Musulmans au combat?

Orateur infatigable et homme d’argument incontestable, son père en faisait, comme nous l’avons vu, son ambassadeur et son porte-parole tantôt pour exalter l’ardeur des Musulmans et galvaniser les combattants tantôt pour désarmer par son argumentation des contradicteurs malintentionnés.

Ce n’était donc pas la personne ou la personnalité d’al-Hassan qui était en cause.

L’Imam savait qu’il n’avait rien à se reprocher et que personne n’avait rien à redire sur ses capacités dans le domaine, sur son intégrité, et sur ses efforts méritoires.

Mais là, une autre question se pose: pourquoi, contrairement à lui Mu’âwiyeh que tout le monde savait déviationniste, qui incarnait les séquelles de la jâhiliyyeh, dont les agissements présents ne valaient guère mieux le passé et l’ascendance détestables – réussissait-il non seulement à entraîner derrière lui des dizaines de milliers de Musulmans, mais aussi à attirer à son armée de nombreux soldats de l’Imam al-Hassan?

Celui-ci eut justement le mérite de déceler et de diagnostiquer à temps ce qui n’allait pas dans la situation dramatique qu’il était en train de vivre, lui et tous les Musulmans pieux.

Il comprit que l’Expérience islamique se trouvait à un tournant et qu’on assistait à un changement d’époque et d’état d’esprit, à une rupture entre ce que lui-même incarnait (les exigences du Message) et la disposition présente de la Ummah.

«Hier vous nous suiviez en faisant passer votre religion avant votre vie, et aujourd’hui vous mettez celle-ci devant celle-là», disait l’Imam al-Hassan, amer, à ses soldats qui lui faisaient souffrir le martyre par leurs atermoiements et leurs attitudes changeantes.

Le message avait amené les gens à concevoir que la vie d’ici-bas n’avait de sens que si elle était considérée comme un tremplin vers la vie éternelle, mais l’Imam al-Hassan constata que ce critère n’était plus de mise et que ce que la situation exigeait de lui ne correspondait guère aux enseignements et aux principes islamiques que lui avaient inculqués le Prophète et l’Imam ‘Alî.

Lorsque quelques compagnons de l’Imam al-Hassan, consternés par l’effritement de l’armée et son rétrécissement lui conseillèrent de faire ce que Mu’âwiyeh faisait, c’est-à-dire d’appâter les chefs de tribus et les hommes influents moyennant avantages pécuniaires et promesses de postes importants, l’Imam al-Hassan rejeta catégoriquement leur conseil:

«Comment! Vous voulez que j’obtienne la victoire par l’injustice! Par Dieu, je ne le ferai jamais!».(1)

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C’était pourtant, logiquement le seul remède efficace et le seul moyen adéquat d’arrêter le rouleau compresseur que Mu’âwiyeh avait lâché sur ses troupes.

Mais si combattre la corruption par une corruption équivalente était devenu le seul moyen valable de s’opposer à un agent corrupteur, en l’occurrence, Mu’âwiyeh, c’est que le mal ou la corruption avait atteint le corps même de la Ummah et qu’il était parvenu à un tel stade d’avancement et de ramification qu’il était vain d’essayer de le déraciner dans son stade actuel et qu’il fallait le laisser terminer son cycle et sécréter ses poisons pour que le corps qui le portait s’aperçoive de ses effets nocifs et y réagisse; ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent puisque la Ummah paraissait si intoxiquée par le mal qui la rongeait qu’elle s’en accommodait sans grande peine.

Pour comprendre donc la parfaite pertinence de l’attitude que l’Imam al-Hassan finit par adopter face à la pression de Mu’âwiyeh, il convient d’étudier la nature de ce mal pernicieux et de revoir les stades de son développement.

L’Imam al-Hassan accéda au Califat à un moment où l’Expérience islamique traversait un tournant: le passage du Califat-Bien-Dirigé (où l’Etat et ses dirigeants sont soumis à l’Ordre divin) au royaume temporel (où l’intérêt de l’Etat passait avant les préceptes du Message) selon le terme de ‘Aboul A’lâ al-Mawdoudi(2), du Califat religieux qu’incarnait l’Imam ‘Alî, à l’Etat temporel, représenté par Mu’âwiyeh, selon l’expression de ‘Abbas Mahmoud al-‘Aqqâd(3); ou en d’autres termes, le Califat de l’Imam al-Hassan coïncidait avec la fin de l’Expérience islamique telle qu’elle avait été pratiquée par le Prophète et poursuivie après lui pendant une courte période qui prit fin avec l’assassinat de l’Imam ‘Alî.

Mais notons tout de suite que ce changement dans l’Expérience islamique n’était guère comme d’aucuns auraient tendance à le croire une évolution normale ou un progrès – mais bien au contraire, un recul, un retour aux traditions jâhilites, revêtues bien entendu d’un habit islamique, car l’Islam était un fait irréversible. Comment cette seine Expérience a-t-elle pu être atteinte par ce mal devenu irréductible?

à suivre …

Notes :

1. Âdil al-Adib, Al-A’immah al-Ithnâ ‘Achar, pp. 95 – 96.

2. Al-Khilâfah wal Mulk, op. cit., p. 99.

3. Al-‘Abqariyyât al-lslâmiyyeh, op. cit., p. 67.

 

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