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SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre L’IMAM AL-HASSAN et de son Traité de Réconciliation avec Mu’âwiyeh, Compilé et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Le Traité de Réconciliation fut signé au mois de Rabi’ al-Awwal, en l’an 41 de l’Héjire. D’aucuns appelèrent improprement cette année-là l’ «Année du consensus» (‘Âm al-Jamâ’ah) alors qu’elle devrait être plus adéquatement appelée «l’Année de la Contrainte», l’ «Année de la fin de l’Etat islamique et de la naissance du royaume temporel» ou encore l’ «Année de la séparation de l’Etat et de la religion».

«Année de la contrainte», plutôt que du consensus, car d’une part, comme nous l’avons vu(1) le «califat» de Mu’âwiyeh était beaucoup moins le résultat du consentement libre des Musulmans que celui de la coercition exercée impitoyablement, machiavélique-ment et sans aucun scrupule par le fils d’Abou Sufiyân pour s’imposer à eux coûte que coûte et bien qu’il fût parfaitement serein de leur refus, déclaré ou intime, de son califat: «… Je sais que vous n’aimez pas mon califat ni ne l’acceptez. Je sais aussi ce que vous pensez de moi à ce propos au fond de vous-mêmes. Mais je me suis imposé à vous en vous combattant avec mon épée que voici.»(2) dit-il aux habitants de Médine lorsqu’il se rendit dans cette ville au début de son «califat».

À lire aussi: Le traité de réconciliation de l’Imam Hassan (A.S) : Renoncer au pouvoir et non à la Khilâfah (Partie 7)

D’autre part, l’Imam al-Hassan fut contraint d’abandonner le pouvoir, «le royaume»(3) à Mu’âwiyeh pour s’efforcer lui-même de préserver la Religion et de l’empêcher d’être empreinte des murs du «royaume» et de se confondre avec la déviation. alors que Mu’âwiyeh fut contraint lui, d’être couronné plutôt «roi» que Calife, et de se comporter en tant que tel pour obtenir et préserver un pouvoir qu’il ne pouvait pas concilier avec les règles et les principes du Califat islamique dans son acception originelle: «Que la paix soit sur toi, Ô Roi!» lui dit Sa’ad Ibn Abi Waqqâç après la prestation du serment d’allégeance.(4) Mu’âwiyeh lui-même dit une fois: «Je suis le premier des rois».(5)

Ainsi, l’acte de Réconciliation constituait en soi et abstraction faite des clauses du Traité, moins un consensus sur la conduite de l’Expérience islamique qu’une consécration de la séparation entre deux lignes: la ligne du Prophète, dirigée par l’Imam al-Hassan et la ligne de la déviation, conduite par Mu’âwiyeh, la première voulant maintenir l’Etat islamique sous les lois de la Chari’a, l’autre tendant à l’orienter vers les règles du royaume temporel. Le seul consensus dont on puisse parler se trouvait en puissance dans les clauses du Traité.

Il y aurait eu consensus seulement si ces clauses, que l’Imam al-Hassan avait imposées par devoir pour tenter de ramener la déviation vers le droit chemin et que Mu’âwiyeh avait fait mine d’accepter pour accéder officiellement au «Califat».

À lire aussi : Le traité de réconciliation de l’Imam Hassan (A.S) : Les clauses du traité de réconciliation entre l’Imam Al-Hassan et Mu’âwiyeh (Partie 6)

Mais comme nous le verrons dans les chapitres suivants, Mu’âwiyeh ne respectera aucune de ces clauses, le fossé séparant les deux lignes précitées sera creusé de plus en plus, tandis que l’Imam al-Hassan et Mu’âwiyeh poursuivront chacun de son côté les objectifs finaux et très opposés qu’ils avaient respectivement fixés.

Le premier respectera scrupuleusement jusqu’à la fin et malgré tous les calvaires qu’il devra subir en conséquence, les règles de la morale islamique afin de montrer la ligne du Prophète dans toute sa droiture, le second ira jusqu’au bout dans la transformation de l’Etat islamique en royaume temporel, tribal et héréditaire qu’il engagera dans un tel virage que bientôt on n’y reconnaîtra de l’Islam que le nom et à peine quelques apparences.

à suivre …

Notes :

1. Voir chapitre précédent.

2. Al-Bidâych Wal-Nihâyeh d’Ibn Kathir, Tom III, p. 132, cité par A. A. al-Mawdoudi, op. cit., p. 100.

3 . Voir Chap. précédent: L’Imam al-Hassan a consenti à abandonner uniquement le pouvoir et non pas le Califat à Mu’âwiyeh.

4. Ibn al-Athir, tom. III, p. 405; cité par A. A. al-Mawdoudi, op. cit., p. 93.

5. Al-Isti’âb, tom. I, p. 254; Al-Bidâych, tom. VIII, p. 135, cité par A. A. al-Mawdoudi, op. cit., p. 94.

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