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SHAFAQNA -Le texte suivant du livre ” Population et territoires de France en 2030 ; Le scénario d’un futur choisi ” sous la direction de Gérard-François Dumont et sélectionné par SHAFAQNA.

Sur certains territoires, on observe un dépeuplement freiné ou inversé par l’arrivée de retraités, notamment dans des zones rurales : on parle alors de « l’économie résidentielle » et de ses bienfaits.

Aujourd’hui, des acteurs locaux perçoivent l’arrivée de retraités (nouvelles générations de retraités issues du renouveau démographique des « vingt glorieuses ») sur leur territoire comme une véritable opportunité de revitalisation. Par exemple, des retraités mobiles n’hésitant pas à s’installer dans des territoires éloignés des grands centres urbains, tout en conservant des habitudes de consommation urbaines, concourent à des activités sur leurs territoires d’installation. Dans certains territoires, l’accueil de ces nouvelles populations contribue largement à la lutte contre les effets de seuils au dessous desquels le maintien de certaines activités économique devient très difficile.

Pour des territoires, l’essor de l’économie résidentielle est un facteur positif apportant des revenus largement exogènes. Les retraites, les transferts sociaux qui vont dans des territoires ayant peu d’activités productives constituent pour eux un revenu basique et essentiel. Ce dernier permet de maintenir, voire de créer des emplois. La déformation de l’emploi vers les services à ces personnes, par l’économie résidentielle, semble un grand moteur de dispersion de la population sur le territoire français.

En fait, dès son commencement, cette économie résidentielle crée déjà localement des effets d’éviction s’exerçant sur les jeunes, par exemple en augmentant les prix du foncier et de l’immobilier. En revanche, les nouveaux et jeunes retraités arrivants n’ont pas d’importants besoins en services publics et ne posent guère de problèmes de dépendance. Mais qu’en sera-t-il dans les années 2025-2030 ? Il n’est en effet pas sûr que l’on puisse faire de l’économie résidentielle un projet de développement territorial pour le futur, notamment lorsque les arrivants sont essentiellement des personnes âgées retraitées.

Autrement dit, des retraités viennent s’installer dès 60/65 ans sur certains territoires, qui en tirent profit au début, avec du pouvoir d’achat supplémentaire et des retraités en bonne santé susceptibles de contribuer à la vie associative et sociale. Mais, 20 ans après, la demande sociale de ces personnes en matière d’aide à domicile ou de santé devient différente et beaucoup plus importante, ce qui poserait, en l’état actuel des modes de financement, des problèmes à ces mêmes territoires : manque de places dans les structures d’hébergement ; problèmes de recrutement de personnel qualifié ; problèmes de financement des politiques publiques… En outre, d’une manière plus générale, le pouvoir d’achat relatif des retraites ne devrait pas augmenter d’ici à 2030, limitant les ressources territoriales dues à l’économie résidentielle des retraités.

Dans ce contexte, il deviendrait difficile de satisfaire les besoins des personnes âgées par une offre adaptée, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, et cela pour différentes raisons : déficit en personnel médical, notamment libéral (pénurie de médecins, d’infirmières, de kinésithérapeutes) ; difficultés à recruter sur place du personnel qualifié ou à pourvoir des postes pourtant créés ; image souvent dégradée des métiers sociaux. La « rente » de territoires ayant vécu quasi exclusivement de l’économie résidentielle sans l’utiliser comme levier pour en faire émerger de nouvelles dynamiques ou sans déployer d’autres projets de développement local se retournerait.

La mise en évidence de risques majeurs est un premier levier permettant de réfléchir à des recommandations. Anticiper de tels futurs négatifs invite en effet à définir les moyens permettant de les écarter. Un second levier, nécessaire pour ouvrir la voix à des recommandations, consiste à élaborer des scénarios prospectifs.


le texte ci-dessus n’est pas nécessairement l’approche et l’opinion éditoriales de SHAFAQNA.

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