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SHAFAQNA- Ce qui suit fait partie du livre L’Education de l’Âme, Compilé, édité et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Un coeur malade est à l’origine de tout péché intérieur, tout comme le bon coeur est la source de la bonne action et de la bonne intention.

Entre le coeur et ses émanations ou exportations, il y a un lien organique: plus le coeur est malade plus ses émanations sont perverses et plus il est sain plus elles le sont aussi. Un coeur sain ne produit que la bonté et un coeur malade n’engendre que le péché.

Dès lors, il est normal que le coeur sain conduira au Paradis: «Le Jour où ni les richesses, ni les enfants ne seront utiles, sauf pour ceux qui iront à Dieu avec un coeur pur» (Sourate 26, versets 88-89), et le coeur pervers en Enfer, si rien n’était fait pour l’assainir: «Leur coeur malade: Dieu aggrave cette maladie…». (Sourate 2, verset 10)

Ainsi lorsqu’on a un coeur malsain et que l’on ne déploie pas les efforts nécessaires pour le purifier, Allah empire la perversité de son coeur, en guise de punition, et l’aggravation de sa maladie le conduira en Enfer.

Allah dit:

«Quand les hypocrites et ceux dont les coeurs sont malades disaient: “Dieu et Son Prophète ne nous ont fait des promesses que pour nous tromper”» (Sourate 33, verset 12).

Telle est la triste fin de ceux qui ont le coeur malade: ils traitaient de mensonges les paroles d’Allah et du Prophète, et ils diront aux gens en fin de compte: «Dieu et Son Prophète ne nous ont fait des promesses que pour nous tromper».

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Le péché intérieur est une maladie

Si le péché intérieur n’émane que d’un coeur malade, il est en soi, une sorte de maladie de coeur. De nombreux textes de la Chari’ah l’affirment et considèrent que la jalousie, l’avidité, l’amour de la vie sont des maladies.

Ainsi l’Imâm ‘Alî (p) dit:

«Il n’y a pas de douleur plus douloureuse que le péché».(1)

«L’envie est une maladie incurable, elle ne disparaît qu’avec la mort de l’envieux ou de l’envié».(2)

«La rancune est un mal grave et une maladie contagieuse».(3)

«Les passions sont des maladies mortelles; le meilleur remède contre elles est de ne pas y succomber».(4)

Et parlant des ascètes, l’Imâm ‘Alî (p) dit:

«Ils voient les gens attachés à la vie d’ici-bas s’affliger de la mort de leurs corps, alors qu’eux, ils s’affligent encore plus de la mort des coeurs des vivants».(5)

Dès lors qu’on sait que le péché intérieur est une sorte de maladie, il est possible de déployer les efforts nécessaires pour le traiter, l’affronter et l’éradiquer individuellement et collectivement.

Comment traiter avec les gens au coeur malade?

Il faut tout d’abord savoir que la perversité de coeur est une maladie contagieuse. Bien plus, si les maladies du corps sont parfois contagieuses parfois non, les maladies des coeurs sont toutes contagieuses. Par conséquent, quiconque n’est pas certain d’avoir la résistance nécessaire à la déviation et la capacité de se remettre ou de remettre les personnes déviées sur le droit chemin, il vaudrait mieux pour lui, autant que faire se peut, éviter de les fréquenter.

En effet selon l’Imâm al-Sâdiq (p), l’Imâm ‘Alî (p) dit:

«Le Musulman ne doit pas fraterniser avec le libertin, car celui-ci lui donne une image embellie de sa mauvaise action et aimerait qu’il devienne comme lui».(6)

L’Imâm ‘Alî (p) dit aussi:

«Ne fréquente pas le méchant, car ton caractère dérobe de son caractère la méchanceté sans que tu t’en aperçoives».(7)

L’Imâm al-Jawâd (p) dit:

«Gare à toi de fréquenter le méchant, car il est pareil à une épée dégainée: c’est beau à voir mais son effet est détestable».(8)

La deuxième attitude à adopter vis-à-vis des gens aux coeurs malades est de ne pas clouer au pilori les pécheurs qui dissimulent leurs péchés, afin qu’ils ne s’enfoncent pas dans leurs péchés, estimant qu’ils n’auront plus rien à craindre. En matière d’application du principe «de commanderie du bien et de l’interdiction du mal» (al-amar bi-l-ma’rûf wa-l-nahy ‘an al-monkar), il faut y aller doucement et ne pas être brusque, afin que leur amour propre ne les pousse pas à s’obstiner dans le mal.

Ainsi, selon l’Imâm ‘Alî Ibn al-Hussain (p):

«La dernière recommandation du Prophète al-Khidhr au Prophète Mûsâ Ibn ‘Imrân était: Ne déshonore personne pour son péché».(9)

Quant à l’Imâm al-Sâdiq (p), il dit à ce propos:

«Si une brouille venait à se produire entre toi et ton frère (en Islam), n’exploite pas contre lui un péché qu’il aurait commis pour le déshonorer».(10)

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Mais si ces gens se mettaient à pécher publiquement et à commettre leurs péchés ouvertement, la situation est différente, et l’attitude à adopter à leur encontre doit être ferme: il faut les empêcher, le cas échéant, de force, les dénoncer publiquement, mettre les croyants en garde contre eux et essayer de les isoler afin qu’ils ne sèment pas la corruption dans la société, car la Charia nous commande dans un tel cas de figure de les regarder et de les confronter avec un visage sévère et morose.

En effet, selon l’Imâm ‘Alî (p):

«Le Messager d’Allah (P) nous a ordonné d’accueillir les pécheurs avec un visage renfrogné».(11)

L’Imâm ‘Alî nous enseigne aussi:

«La moindre des choses à faire contre les pécheurs, c’est de leur montrer un visage renfrogné».(12)

La Tradition prête à ‘Îsâ Ibn Maryam (Jésus fils de Marie) les propos suivants:

«Faites-vous aimer d’Allah en détestant les pécheurs endurcis, rapprochez-vous de Lui en vous éloignant d’eux, et recherchez la satisfaction d’Allah par votre mécontentement d’eux».(13)

Quelques exemples du péché intérieur

1- La volonté de pécher: vouloir commettre un péché constitue en soi un acte harâm (illégal), si cette volonté est suivie d’effet, car en fait la volonté de péché équivaut à un outrage à Allah, et l’outrage à Allah est harâm. Ceci est confirmé par l’unanimité des théologiens. En effet, al-Cheikh al-‘Âmelî affirme dans ses “Madârik”: «Personne ne conteste l’illicité de la volonté de péché», et selon al-Cheikh al-Bahâ’î il y a consensus unanime sur cette illégalité.

2- L’acceptation du péché: Dans le verset coranique suivant, Allah a reproché aux Juifs contemporains de notre Prophète (P) les crimes de leurs prédécesseurs: l’assassinat injuste de Prophètes, le défi qu’ils leur avaient lancé, les démentis qu’ils avaient opposés à leurs messages, malgré les preuves évidentes qu’ils apportaient:

«Ces gens-là ont dit: “Dieu a conclu une alliance avec nous, nous ordonnant de ne pas croire en un prophète tant qu’il ne nous aura pas montré un sacrifice que le feu consume”. Dis: “Avant moi, des Prophètes sont venus avec des preuves décisives, et avec ce dont vous parlez. Pourquoi les avez-vous tués, si vous êtes véridiques”». (Sourate 3, verset 183)

Ainsi, bien que les Juifs de l’époque du Prophète (P) n’aient commis aucun des faits reprochés, Allah les leur reproche, parce qu’ils approuvaient les péchés commis par leurs prédécesseurs.

Selon l’Imâm al-Redhâ (p):

«Celui qui approuve un péché est pareil à celui qui l’aurait commis; et si un homme est tué en orient et qu’un homme en occident approuverait son assassinat, celui-ci sera considéré par Allah comme complice de l’assassin».

L’Imâm ‘Alî (p) dit dans Nahj-ul-Balâghah(14):

«O gens! L’approbation générale (d’un péché) appelle une sanction générale. Un seul homme avait coupé les jarrets de la chamelle de Thamûd, mais Allah a généralisé la torture à tous les siens pour avoir généralisé leur approbation de son méfait …».

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Selon Cheikh Mohammad Hassan al-Najafî, dans son “Encyclopédie jurisprudentielle”, chapitre de “Al-Amr bi-l-ma’rûf wa-l-nahy ‘an al-monkar” (La commanderie du bien et l’interdiction du mal): «L’approbation de l’interdit est un interdit. Il faut détester l’interdit et y répugner».

3- Penser à ce qui est interdit: est interdit, lorsque le fait d’y penser risquerait de conduire à commettre l’interdit, dans les autres cas ce fait de penser à l’interdit est très détestable, corrompt le coeur et lui ôte sa pureté.

4- L’amour de ce monde dans le sens de l’attachement excessif et exclusif à la vie d’ici-bas.

En effet le Messager d’Allah (P) dit:

«L’amour de la vie d’ici-bas est à l’origine de tous les actes de désobéissance et le début de tous les péchés».

L’Imâm ‘Alî (p) dit sur le même sujet:

«L’amour de la vie d’ici-bas est la tête des troubles et l’origine des épreuves».

Selon L’Imâm al-Sadiq (p):

«L’amour de ce bas-monde est la mère de toutes les fautes».

En un mot «l’attachement à la vie d’ici-bas» est l’un des traits caractéristiques des mécréants auxquels Allah promet une torture sévère:

«…Malheurs aux mécréants! Ils subiront un dur châtiment. Ceux qui préfèrent la vie de ce monde à la vie dernière détournent les hommes de la voie de Dieu et ils voudraient la rendre tortueuse: voilà ceux qui se trouvent dans un profond égarement». (Sourate Ibrâhîm, 14: 2-3)

L’amour de ce monde n’est pas seulement l’une des causes de la mécréance, mais pourrait aussi conduire à ce qui est plus préjudiciable que la mécréance, en l’occurrence, l’ouverture du coeur à la mécréance:

«… mais ceux qui, délibérément, ouvrent leurs coeurs à la mécréance, ceux-là ont sur eux la colère d’Allah et un terrible châtiment les atteindra. IL en est ainsi, parce qu’ils ont préféré la vie de ce monde à la vie future. Allah ne dirige pas les mécréants» (Sourate al-Nahl, 16: 106-107).

5- La haine et la rancune contre un croyant sont deux maladies de coeur

Le Coran nous suggère cette prière de demande (Do’â’):

«Ne mets pas dans nos coeurs de rancune envers les croyants. Notre Seigneur! Tu es, en vérité, Bon et Miséricordieux!». (Sourate al-Hachr; 59: 10)

Et Allah ôte la rancune des coeurs des croyants, au Paradis en récompense de leur effort en vue de chasser la rancune de leurs coeurs dans le bas-monde:

«Nous avons arraché de leurs coeurs la haine qui se trouvait encore. Les ruisseaux couleront à leurs pieds. Ils diront: Louange à Allah qui nous a conduits ici. Nous n’aurions pas été dirigés, si Allah ne nous avait pas dirigés…». (Sourate al-A’râf; 7: 43)

Et

«Certes les pieux seront dans des jardins avec des sources. “Entrez-y en paix et en sécurité”. Et Nous aurons arraché toute rancune de leurs poitrines: et ils se sentiront frères, faisant face les uns aux autres sur des lits. Nulle fatigue ne les y touchera. Et on ne les en fera pas sortir». (Sourate al-Hijr; 15: 45-48)

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Notons que beaucoup de Hadiths soulignent l’illicité de la haine et de la rancune contre les croyants, ainsi que de la rupture avec eux.

En effet le Messager d’Allah (P) dit:

«Pas de rupture au-delà de trois jours. Il est illégal pour un Musulman de rompre avec son frère plus de trois jours».

L’Imâm al-Sâdiq (p) dit:

«Iblis (Satan) demeure joyeux tant que deux Musulmans restent en rupture. Et dès qu’ils se réconcilient, ses deux genoux se serrent et ses jointures se déchirent, et il s’écrie “Malheur à moi!”»

Mufadh-dhal Ibn ‘Omar rapporte: Un jour j’ai entendu l’Imâm al-Sâdiq dire: «Chaque fois que deux hommes en viennent à la rupture, l’un d’eux et peut-être tous les deux méritent la désapprobation et la malédiction». Mut’ib lui demanda alors: «Qu’Allah me sacrifie pour toi! L’un des deux est injuste, d’accord, mais pourquoi l’autre, lequel est victime d’injustice?» L’Imam répondit: «Parce qu’il n’invite pas son frère à la réconciliation et n’oublie pas son offense».

D’autre part les Imâms d’Ahl-ul-Bayt (p) insistent sur la nécessité de l’entente et de la cordialité entre les croyants. Ainsi, l’Imâm al-Bâqir (p) dit:

«Satan incite les croyants à se brouiller entre eux. Et lorsqu’il parvient à les conduire à la rupture, il jubile: “J’ai réussi!”. Qu’Allah entoure donc de Sa Miséricorde quiconque réconcilie deux de nos adeptes (en rupture)! O Croyants! Sympathisez les uns avec les autres et réconciliez-vous!»

De même les Imâms d’Ahl-ul-Bayt (p) insistent sur la nécessité d’accepter l’excuse du croyant lorsqu’il se rend compte de sa faute envers son frère musulman et lui demande pardon.

Ainsi, l’Imâm Zayn al-‘Âbidine (p) dit:

«Si un homme qui se trouve à ta droite venait à t’injurier, et qu’il se déplace à ta gauche par la suite pour te demander pardon, pardonne-le».

6- Tromper un Croyant: est un acte interdit. Beaucoup de Hadiths le confirment.

Le Prophète (P) dit à ce propos:

«Quiconque passe la nuit en ayant dans son coeur l’intention de tromper son frère musulman, il aura passé la nuit en s’attirant le mécontentement d’Allah, lequel mécontentement continue lorsqu’il se réveillera et jusqu’à ce qu’il se repente et se défasse de sa mauvaise intention».

L’Imâm al-Sâdiq (p) dit à ce même propos:

«Allah n’acceptera aucune (bonne) action tant qu’il garde dans son coeur une mauvaise intention à l’encontre de son frère croyant».

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Conclusion

Il ressort de ce qui précède que:

1- Le Coran est la première référence de la zone intérieure de la personnalité de l’homme et c’est là qu’on voit évoquer le péché intérieur et la turpitude intérieure.

2- Le Coran considère l’homme comme étant responsable aussi bien de sa conduite extérieure que de sa conduite intérieure. Son coeur et son for intérieur assument leur responsabilité tout comme ses membres et ses sens:

«L’ouïe, la vue et le coeur: sur tout cela, en vérité, on sera interrogé». (Sourate 17, verset 36)

3- Le coran déclare comme interdits les péchés et les turpitudes qu’ils soient intérieurs ou extérieurs:

«Abandonnez le péché extérieur et intérieur». (Sourate 6, verset 120)

«… Eloignez-vous des péchés abominables, apparents ou cachés». (Sourate 6, verset 151)

4- Il y a une corrélation évidente entre l’intérieur et l’extérieur du péché. Le péché intérieur est la base du péché extérieur, de même que l’intention est le fondement de toute bonne action, et que pour Allah celle-ci n’a aucune valeur sans celle-là.

5- Le péché intérieur est une sorte de maladie de coeur. De même que le péché intérieur n’émane que d’un coeur malade, de même la bonne intention n’émane que d’un bon coeur.

Cette corrélation entre le coeur et l’action est soulignée dans la culture islamique.

7- Le coeur malade conduira en Enfer et le bon coeur au Paradis.

 

Notes:

(1) “Bihâr al-Anwâr”, 73-342
(2) “Ghurar al-Hikam” d’al-Âmidî.
(3) Id. Ibid.
(4) Id. Ibid.
(5) Id. Ibid
(6) “Nahj-ul-Balâghah”, prône No. 230.
(7) “Wasâ’il al-Chî’ah”, 2/269.
(8) “Bihâr al-Anwâr”, 74/198.
(9) “Bihâr al-Anwâr”, 13/294.
(10) “Wasâ’il al-Chî’ah”, 2/105.
(11) “Al-Kâfî”, 5/58.
(12) “Al-Tah-thîb”, 6/176.
(13) “Jâmi’ al-Sa’âdât”, 3/178.
(14) Prône No. 201.

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