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SHAFAQNA- Ce qui suit fait partie du livre L’Education de l’Âme, Compilé, édité et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Le Péché intérieur (1)

Au Nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux

«Abandonnez le péché extérieur et intérieur» (Sourate 6, verset 120)

«… Eloignez-vous des péchés abominables, apparents ou cachés» (Sourate 6, verset 151)

Ces deux versets indiquent clairement que le péché est de deux sortes: extérieur et intérieur.

On sait ce qu’est le péché extérieur, mais qu’en est-il du péché intérieur?

La conduite humaine est extérieure et intérieure

La vie de l’homme a deux aspects, extérieur et intérieur. Le premier consiste en la conduite visible et apparente, à savoir les mouvements de l’homme, ses relations et ses activités visibles. Le second aspect, consiste en sa conduite psychologique, c’est-à-dire ses sentiments d’amour et de haine, sa résolution, son intention de faire ou de ne pas faire quelque chose, sa satisfaction, sa rancune etc.

La mission de la religion dans la vie de l’homme est de régir les deux aspects de la conduite de ce dernier par une série de prescriptions positives et négatives (les ordres ou les obligations et les interdictions)

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La conduite intérieure de l’homme occupe une large superficie de sa conduite générale. Aussi l’Islam lui accorde-t-il une attention particulière. En effet, les obligations et les interdictions de la Chari’ah ne se limitent pas au domaine de la conduite extérieure, mais embrassent également la conduite intérieure.

Ainsi parmi les obligations propres à l’aspect extérieur de la vie de l’homme figurent la prière, le jeûne, le Hajj (le Pèlerinage), le Jihâd, ainsi que celles relatives à son état civil, tel que le mariage, le divorce, l’héritage, la pension etc., tandis que les obligations qui régissent l’aspect intérieur de la vie humaine sont la sincérité, la certitude, la gratitude, la crainte révérencielle (d’Allah), le penchant pour Allah, aimer et détester pour Allah, al-walâ’, al-barâ’ah, ect.

Les interdictions relatives à l’aspect extérieur de la conduite humaine sont la distraction, l’enivrement, la turpitude, la médisance, le mensonge, le faux témoignage, l’agression, le vol, la trahison.

Quant aux interdictions ayant trait à l’aspect intérieur, elles sont: la jalousie, la convoitise, l’avidité, la mesquinerie, la détestation du croyant, le scepticisme et le soupçon, l’hypocrisie, la mécréance, l’orgueil, la vanité, l’amour de la vie etc.

C’est cette dernière catégorie de traits humains qui constitue le péché intérieur qui nous occupe ici.

La Relation entre la conduite extérieure et la conduite intérieure

Entre la conduite extérieure et la conduite intérieure une corrélation: la seconde est la base de la première, et la valeur de celle-ci découle de celle-là. Ainsi, la Prière (qui fait partie de la conduite extérieure) perd toute sa valeur spirituelle et se réduit à un simple acquittement de devoir, si on ne l’accomplit pas avec appétence d’Allah et la présence du coeur, et l’homme n’aura pour lui de sa prière que la part accomplie avec un coeur concentré sur Allah. De même, il ne peut espérer une récompense pour toutes ses autres obligations: son jeûne, son pèlerinage, son jihâd, son immigration que s’il s’en acquitte en formant l’intention sincère de le faire uniquement pour l’amour d’Allah et pour s’approcher d’Allah. Sans une telle intention, Allah n’accorde aucune valeur à ses actes de piété, qui pourraient nous impressionner, nous les humains, qui jugeons de l’extérieur, sans pouvoir sonder l’intérieur. Seul Allah l’Omniscient et l’Omniprésent sais si nos actes sont accomplis dans l’intention sincère de Le satisfaire et non pour un désir ou un intérêt personnel. Lorsque quelqu’un émigre pour s’enrichir, mener une vie plus agréable et plus confortable, il aura émigré pour des raisons personnelles et pour un intérêt personnel, et obtiendra peut-être satisfaction, mais une telle émigration ne compte pas pour Allah.

Ceci, pour l’aspect positif des enseignements islamiques, les obligations. Il en va de même pour l’aspect négatif, les interdictions. Ainsi, selon un hadith: «L’attachement à la vie d’ici-bas est la tête de tous les péchés»; or cet amour de la vie terrestre fait partie du «péché intérieur» et il est à l’origine de tous les péchés, aussi bien intérieurs qu’extérieurs. Cela montre claire-ment donc que le péché intérieur est le fondement du péché extérieur.

Le Coran traite du péché intérieur:

Le Coran accorde une importance particulière à cette grande superficie de la conduite humaine, celle du péché intérieur. En effet, nous avons déjà cité les deux principaux versets coraniques qui évoquent explicitement le péché intérieur:

«Abandonnez le péché extérieur et intérieur». (Sourate 6, verset 120)

«… Eloignez-vous des péchés abominables, apparents ou cachés». (Sourate 6, verset 151)

De ces versets il ressort que l’abomination ou l’immoralité a un intérieur et un extérieur; l’intérieur en est la conduite psychologique immorale de l’homme, et l’extérieur en est sa conduite immorale extérieure.

Le Coran dit aussi:

«… Dieu vous punira pour ce que vos coeurs ont accompli». (Sourate 2, verset 225)

Donc Allah nous demandera des comptes non seulement des actes de nos sens, mais aussi de ce que nos coeurs auraient commis.

Allah dit également dans le Coran:

«Ne cachez pas le témoignage, celui qui le cache a certes un coeur pécheur. Allah sait tout ce que vous faites». (Sourate 2, verset 283)

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Donc le coeur pèche tout comme les sens, et le péché n’est pas le domaine réservé de ceux-ci.

Allah nous prévient d’ailleurs:

«Si vous dévoilez ce qui est en vous, ou si vous le cachez, Dieu vous en demandera compte». (Sourate 2, verset 284)

Donc Allah nous tient rigueur de ce que nous concevons ou ressentons au fond de nous-mêmes, peu importe que nous dissimulions ou que nous extériorisions ce sentiment. Ainsi, si un croyant déteste son frère croyant, Allah lui en demandera compte, même s’il ne traduit pas en geste, parole ou acte sa haine.

Allah nous prévient encore:

«L’ouïe, la vue et le coeur: sur tout cela, en vérité, on sera interrogé». (Sourate 17, verset 36)

Remarquons que dans ce verset la responsabilité de l’ouïe et de la vue – lesquelles font partie des sens – sont engagées autant que celle du coeur, lequel engendre les penchants.

Toujours dans le même domaine, Allah nous met en garde:

«Ceux qui aiment que la turpitude se répande parmi les croyants subiront un châtiment douloureux en ce monde et dans la vie future». (Sourate 24, verset 19)

Il faut bien préciser ici que ce châtiment douloureux n’est pas la punition de «la propagation de la turpitude», laquelle constitue un péché autrement plus grave, car un péché majeur, mais la punition du désir de la propagation de la turpitude, et ce désir pervers est un péché intérieur, un sentiment et non un acte.

Le choix sous la contrainte peut découler d’un choix libre

D’aucuns croiraient que ce genre de péché intérieur ne saurait tomber sous le coup des obligations et des interdictions de la Chari’ah, lesquelles ne s’appliquent que dans la mesure où le croyant a la capacité et le libre choix de ses actes, et que par conséquent le comportement psychologique, en l’occurrence l’amour, la haine, la jalousie, la répulsion etc. sortent du cadre de la volonté du croyant assujetti aux stipulations de la Loi islamique; car en effet l’homme n’est pas en mesure de décider de détester ou de ne pas détester quelque chose, d’envier ou de ne pas envier quelqu’un.

Il peut seulement contrôler les actes que ses sentiments ou ses penchants suggèrent à ses sens. C’est pourquoi ceux qui soutiennent cette thèse interprètent de tels textes du Coran et de la Sunna (manifestement relatifs aux comportements intérieurs) comme regardant uniquement les actes commis par les sens et qui entrent dans le cadre de la capacité et de la responsabilité de l’homme.

Mais quiconque lit attentivement les Versets coraniques précités, tire une conclusion différente de celle que nous venons d’exposer. Bien entendu, nous ne prétendons pas qu’Allah punirait Ses serviteurs du péché intérieur dont ils n’ont pas le contrôle. Une telle chose est inconcevable. Nous disons seulement que si les préalables du péché intérieur sont du ressort du libre choix du croyant assujetti et sous son contrôle, le péché intérieur lui-même tombe sous le coup des ordres et des interdictions de la Chari’ah.

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Par exemple, si quelqu’un décide librement et volontairement de sauter d’un haut bâtiment pour se suicider et que par la suite, une fois le geste accompli, il se ravise et décide de ne pas mettre fin à sa vie mais sans pouvoir arrêter sa chute, n’ayant plus le contrôle de la situation, Allah le punira quand même de cet acte interdit qu’est le suicide. Car une contrainte découlant d’un libre choix demeure au fond un libre choix, comme l’affirment les spécialistes des sciences des fondements de la Religion, pour qui, si l’homme se met volontairement dans une situation où il est amené à commettre un acte interdit sous la contrainte, celle-ci ne le dégage pas ici de sa responsabilité ni ne fait tomber la peine ou le châtiment dont son acte est passible.

Il en va de même pour quelqu’un qui s’adonne volontairement à la consommation de boissons alcoolisées jusqu’à ce qu’il devienne un alcoolique invétéré et totalement dépendant, n’ayant plus le libre choix d’arrêter de boire. Là également, le fait qu’il soit contraint à la consommation de l’alcool, ne le fait pas sortir du cadre du libre choix et ne le dégage pas de sa responsabilité, ni ne le dispense de la peine encourue pour ce délit. Il en va de même pour le péché intérieur dont les préambules et les prémices sont contrôlables par l’homme, mais si, celui-ci n’essaie pas de s’en défaire, il finira par ne plus pouvoir en être le maître. Il ne pourra plus s’empêcher d’aimer ou détester ce qu’il ne doit pas, d’être envieux, avide ou attaché à ce bas-monde etc.

À suivre

 

Note:

(1). Article du Cheikh Mohammad Mahdi al-Âçifî publié in la revue Risâlat al-Thaqalayn, No. 30, 1999, pp. 75-86, Qom, Iran.

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