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SHAFAQNA – Cheikh Chérif Mballo est le Président du Coseil Supérieur des Chiites Ahloul Beyt (A.S) au Sénégal et Président-Fondateur de l’Association Ali Yacine.

Dans un entretien avec Shafaqna, pour discuter sur un certain nombre de sujets d’actualités relatifs à l’ISLAM, Cheikh Chérif Mballo raconte sa découverte de l’islam chiite et donne un aperçu de la communauté shiite au Sénégal. Il décrit aussi les domaines dans lesquels il s’active, y compris les consultations médicales gratuites, la distribution alimentaire et l’appui scolaire.

Cheikh Mballo met l’emphase sur l’harmonie et la compréhension qui existe entre les membres des communautés chiite et soufie au Sénégal, se focalisant surtout sur les éléments qui les unissent. Il donne ses perspectives sur la politique, les défis mondiaux et l’importance de l’éducation.

Shafaqna: Pourriez-vous vous introduire ?

Cheikh Chérif Mballo: Je m’appelle Chérif Mballo. Je suis de nationalité Sénégalaise.  Actuellement, j’ai l’insigne honneur de diriger le Conseil Supérieur des Chiites Ahloul Beyt (as) au Sénégal, qui est une structure officiellement reconnue par l’Etat du Sénégal, et qui a eu l’honneur d’être reçue par le Président de la République du Sénégal, Son Excellence M, MACKY SALL.

Shafaqna: Quand et comment vous avez découvert le Chiisme ? 

Cheikh Chérif Mballo: Comme vous le savez, Religions et croyances au Sénégal occupent une place importante dans la culture et la vie quotidienne du pays. L’Islam s’est répandu en Afrique noire grâce au commerce transsaharien. Des caravanes de chameaux traversaient le désert du Sahara. Les marchands achetaient de l’or en Afrique de l’ouest et le revendaient au nord du continent. Dans d’autre sens, ils pratiquaient le commerce de pierres précieuses, des bijoux, des objets en céramiques et en verres, des livres et du sel. Cet islam est venu de l’Afrique du nord par l’intermédiaire des almoravides (descendants des Fatimides) en 1052.

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La première partie à se convertir à l’Islam est le Tekrour(régions du nord) qui aurait été fondée avant le 9ème siècle. Il fut d’abord dirigé par la dynastie des « Dia Ogo ». A la fin du 10ème siècle, le roi de cette dynastie des Diabi, y prit le pouvoir et donna naissance à une campagne d’islamisation contre ses voisins non musulmans. Le tekrour était alors une région islamisée du Sénégal. Bien située sur les routes transsahariennes et grâce au Fleuve Sénégal navigable. Le premier Etat musulman organisé de l’Afrique noire occidentale et centrale doté de constitution écrite fut crée au Tékrour sous la direction de Thierno Souleymane Ball en 1776.

Sur cette terre d’islam qu’est le Sénégal se sont des siècles d’histoires qui se sont sédimentés pour fonder une culture, une tradition et un enracinement Islamique des plus solides.

La majorité des Sénégalais considère l’appartenance à une voie soufie «tarîqa » comme une obligation religieuse, conformément à la célèbre tradition soufie, Celui qui n’a pas de cheikh aura Satan comme guide … ».

A cet effet, vous devez savoir que le chiisme n’est pas nouveau au Sénégal parce que l’islam tel que pratiqué est inspiré du chiisme. Ce mysticisme est inspiré du chiisme parce que les Idrissides, les fondateurs du Royaume du Maroc, étaient des descendants du Prophète, des chiites qui se sont enfuis de la Mecque, du Moyen Orient, au milieu du deuxième siècle de l’hégire, pour s’installer là-bas et fonder un royaume parce qu’on les persécutait à cause de leur appartenance à la famille du Prophète Mohamed (pslf).

Donc, ils sont venus avec leur croyance chiite. Et au Sénégal, avec les mêmes pratiques, les gens ne comprennent pas suffisamment histoire générale de l’islam, ils se contentent d’entendre ce qu’on leur raconte dans leur famille ou par des prédicateurs peu versés dans l’histoire ou la littérature islamique: « je suis né comme ça, j’ai vu mon père faite ça… j’ai entendu mon grand père, dire etc. ». Donc c’est cet islam-là chiite qui est arrivé ici qui est un Islam, sur le plan doctrinal, sur le fiqh, (la jurisprudence), sur le tawhid, (le monothéisme), sur la théologie de manière générale, n’est pas différent de celui Sunnite tel que pratiqué par la majorité actuelle au Sénégal. ils croient au Prophète (pslf) et à l’Imam Ali (a).

Il est souvent évoqué que, c’est vers 1800 que le chiisme d’origine non pas marocaine mais moyen-orientale-notamment Libano- Syriens a été introduit par ces derniers au Sénégal. Ce sont les Français qui les ont amenés pour créer une zone tampon entre les populations sénégalaises autochtones et eux-mêmes. Mais, comme c’était une population musulmane, ils ont amené un autre courant doctrinaire et doctrinal Islamique, pour qu’il n’y ait pas d’entente et d’interaction entre ces deux populations et que ces Libanais puissent jouer un rôle d’intermédiaire dans la vente des produits manufacturés français, au reste des colonies françaises, tout en leur interdisant de se mélanger aux populations autochtones.

A Dakar, par exemple, ils ne doivent pas exercer leurs activités en dehors de Dakar, au delà de la limite administrative et municipale de Dakar-Plateau, l’Avenue Malick Sy. Egalement cette mesure coloniale était applicable, dans les capitales régionales, de peur qu’ils ne se mélangent aux musulmans autochtones. Ils ne doivent pas fréquenter leurs mosquées, participer aux cérémonies religieuses ou se marier avec eux pour ne pas risquer de poser de problèmes aux colons. Les Libanais, ils sont donc restés ici au Sénégal, jusqu’à la Révolution islamique en Iran en 1979, sans jamais faire de prosélytisme ou de prédication en faveur du Chiisme. Ils se cantonnaient à leurs propres affaires commerciales, dans leur communauté très fermée d’où il est très rare de trouver un couple mixte Senegalo-Libanais-Syrien, ce, depuis plus de deux siècles de présence Libano-Syrienne au Sénégal.

Donc, l’islam qui s’est introduit au Sénégal est un islam teinté de mysticisme, de soufisme, ce qui fait que c’est par ce goût soufi qu’on a reçu l’islam. C’est ce qui a prévalu et tous les Fondateurs des Etats régis par les Lois religieuses islamiques en Afrique de l’Ouest étaient d’originaire du Sénégal , et ce, jusqu’au Nigéria ils étaient des cheikhs, qui ont eu à imprimer ce cachet mystique dans l’islam sénégalais. C’est la raison pour laquelle les Sénégalais sont affiliés à 90 pour cent à des confréries soufies ( Khadriya, Tijaniya, Mouridya et Mahdaviya- Layenne-).

Vous devez savoir que le chiisme n’est pas nouveau au Sénégal parce que l’islam tel que pratiqué ici est inspiré du chiisme. Ce mysticisme est inspiré du chiisme parce que les Idrissides, les fondateurs du Royaume du Maroc, étaient des soucis.

Pour revenir à votre question précise, j’ai commencé à militer dans le Mouvement islamique sénégalais d’obédience sunnite étant moi-même, issu d’une famille tijane Sunnite et ce,  dès mon jeune âge. En 1979, avec l’avènement de la Révolution Islamique d’Iran sous l’égide de l’Imam Rouhollah KHOMEYNI (ra) jadis des jeunes, comme nous, étudiants et élèves avons commencé a s’intéresser à la Révolution Islamique en Iran qui fut considérée comme une bouffée d’oxygène pour les masses musulmanes et des déshérités du monde. Vous savez que le  jeune est de nature très réceptif à tout ce qui est révolutionnaire, aux changements sociaux politiques et à la lutte contre l’injustice. C’est parce qu’ils sont en perpétuel changement, quand on devient vieux, on ne change plus. Surtout ce qui nous intéressait le plus est l’attitude et la position de défiance adoptées par l’Imam KHOMEYNI (ra) vis-a-vis du Camp communiste représenté par l’Union Soviétique d’alors et l’Occident si puissant, à la tête duquel se trouve l’Amérique, que l’Imam a eu le courage et la témérité de mettre à genoux! » Parce qu’il n’y avait pas de pays soit disant musulman ou du Tiers monde capable ou qui osait faire face aux Etats-Unis ou l’Union Soviétique à ce moment-là.

Nous sommes nés, avons grandi et avons été éduqués selon les rites islamiques sunnites. C’est donc en fonction de ça que, par sentiment, nous étions avec la Révolution islamique et que nous avons commencé à étudier ce qu’était cette révolution, sa nature, ses objectifs, qui sont ses leaders, et ses perspectives? Qu’est-ce qu’ils veulent? Et, en fonction de ça, on a commencé à se demander: « Quel est le soubassement idéologique de cette révolution»? On a compris que c’était l’islam mais aussi le chiisme. Qu’est-ce que le chiisme? Parce que les Libano- Syriens de confession chiite vivant au Sénégal depuis 1802 ne nous ont jamais dit ni appris ce que c’était. Mais c’est avec les radios, les télévisions, les journaux, etc , qu’ on a commencé à comprendre la nature, les objectifs et les perspectives de la Révolution Islamqiue et le bouleversement épistémologique dans les Relations Internationales en particulier et dans la Géopolitique mondiale.

C’est à partir de là qu’on a commencé à créer des cercles d’études, en tant qu’étudiants et élèves. On a commencé à s’intéresser à l’histoire, à la littérature, à la philosophie du chiisme, à la vision et la conception du Chiisme sur le Saint Coran parce que le texte est le même partou leur compréhension de la personnalité du Prophète, du droit islamique, de la théologie, du monothéisme— Et la conception chiite dans beaucoup de domaines doctrinaires et doctrinaux nous ont beaucoup convaincu et nous ont poussé à nous en convaincre, de la Véracité du Message chiite à force de recherche.

C’est à partir de là que j’ai commencé à prendre des responsabilités. J’ai créé, en 1989, la première association chiite au Sénégal, dénommée Association Ali Yacine (as) avec les frères sénégalais intellectuels, hommes de culture, des Etudiants et Elèves, où on a commencé à organiser des thé-débats au niveau de l’Université de Dakar, des Lycées et Collèges de Dakar et environs. C’est à ce moment-là que je suis devenu Président- Fondateur de l’Association Ali Yacine.

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Shafaqna: Comment reconnaissiez vous les (( Descendants du MESSAGER)) en Afrique, et quelle est la place qu’on leur accorde ?

Cheikh Chérif Mballo: Si vous remontez dans l’histoire de la pénétration de l’Islam en Afrique de l’Ouest, vous verrez qu’il est venu du Maroc, comme je l’ai déjà indiqué plus haut. Les descendants du Prophète sont une lignée connue de tous par le nom de Chérif en Afrique noire ou Seyyid au Moyen Orient issue de l’union matrimoniale entre Seyyida FATIMA ZAHRA (as) et de l’Imam Ali Ibn Abi Talib (as). Le descendant du Prophète porte généralement le nom de HAIDARA, en référence au Pseudonyme que porte l’Imam Ali Ibn Abi TALIB  (as), HAIDAR. Le Descendant du Prophete les gens lui voue un très grand respect, Il est adulé et jouisse d’une place particulière dans les sociétés negro africaines musulmanes. Ceci grâce à la noblesse de Ahloul Beyt (as). Cependant, il y a beaucoup qui prétendent être descendant du Prophète au Sénégal, car géographiquement au contiguë de la Mauritanie, pays arabe berbère ou des Tribus et clans, dont la plupart sont venues d’Orient après la Bataille de ( FAKH), qui opposait les Abbassides aux Descendants de l’Imam Ali Ibn Abi Talib (as) sont venus et s’installèrent au Maroc et en Mauritanie, vers l’an 172 de l’hégire et par la suite de la fondation du Royaume Idrissides au Maroc par les Descendants du Prophète (pslf).

Il est à noter que vu, la place privilégiée et le respect que les Musulmans noirs africains vouent aux Descendants du Glorieux Prophète (pslf), il est très fréquent de voir des arabes berbères venir prétendre qu’ils font partie du Noble et prestigieuse famille prophétique (pslf), et ce, en usant sur la couleur de leur peau plus ou moins beaucoup plus clair et de leur langue assimilées à celle des arabes,dont l’arbre généalogique prétendu remonte jusqu’au Messager de Dieu, alors qu’il est truffé de légendes et de contre vérités qui ne se basent sur rien de concret et de sérieux.

Shafaqna: Parlez nous un tout petit peu des Chiites Sénégalais et surtout leur niveau de vie?

Cheikh Chérif Mballo: Comme je l’ai tantôt évoqué, Le chiisme est entré au Sénégal par le biais des Al Morabitounes qui étaient des chiites idrissides. L’Islam pratiqué au Sénégal se considère avant tout comme étant l’aboutissement de cette influence laissée par les Idrissides dans la conscience socioculturelle sénégalaise. La Communauté Chiite Sénégalaise est une composante très dynamique du tissu socioculturel sénégalais, dont les membres sont disséminés dans l’ensemble du territoire national du pays avec des points focaux comme dans les Régions de Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda, Ziguinchor, ou encore et qui vivent leur foi.

Toutefois, il est difficile de dire avec exactitude le nombre des fidèles que compte la communauté chiite au Sénégal, vu l’absence de chiffres statistiques officiels. La plupart d’entre eux imite les Sources de Références d’Iran et d’Irak. Les chiites sénégalais ont adopté une forme d’organisation qui force le respect et l’admiration en cohabitant harmonieusement avec les autres composantes de la société. La plupart sont très éduqués et sont issus des couches de la classe moyenne et certains occupent de hautes fonctions et des postes de responsabilités dans l’administration sénégalaise. Il y a  également parmi eux des membres qui privilégient l’action politique que l’action sociale et culturelle, en adhérant dans les partis politiques légalement constitués et dans les mouvements de la société civile. Ils jouissent de toutes leurs libertés de culte, d’opinion, d’apprentissage, d’association à l’instar des autres communautés socio religieuses du Sénégal. Ceci dit que depuis 1989, année de sa création, le Mouvement Ali Yacine (as), dont j’ai l’insigne honneur de diriger, ne cesse d’organiser des cérémonies comme le mouloud, la fête de « Al ghadir », de « Ashoura » etc., avec le concours très déterminant de tous ces membres, en présence des représentants des autorités politiques, civiles , religieuses du Sénégal.

On peut noter qu’au Sénégal, plusieurs pratiques et croyances locales tirées du chiisme par exemple, le symbole de la femme sénégalaise reste Fatima Zahra (as) qu’on appelle localement Fatimata, Fatimatou, Fatima, Fatim, Fati, Fatou, Fanta, Titi ou encore Bintou, binta, bator etc. Dans la plupart des familles musulmanes sénégalaises on y trouve des noms d’Ahl ul Bait (as) tels que: Mouhamad si le bébé est né un vendredi. Ali (Alioune Badara) Hassan (alassane ou assane) Hossein (Ousseynou ou Alfousseynou) Zeynab (Seynabou, Sey, Say ou Nabou) et à chaque fois qu’on a des jumeaux masculins automatiquement on leurs attributs le nom de Hassan et Hossein.

Cela montre combien encore une fois, les traditions chiites sont ancrées dans la conscience et la mémoire collective sénégalaise. Pendant le jour de « Ashoura » qui est considéré comme un jour férié au Sénégal, depuis à peine deux décennies. Mais maintenant grâce aux efforts intenses menés par le Mouvement auprès des prêcheurs, prédicateurs religieux et des vecteurs d’idées qui ont beaucoup d’influences sur la masse pour promouvoir l’idée que ce jour n’est pas un jour férié mais un jour de deuil. Il coïncide avec l’assassinat des membres de la famille du Prophète (pslf) à Karbala. Par conséquent, les radios et les journaux et la Télévision nationale en parlent pour conscientiser les masses.

Notre association organise des consultations médicales gratuites. On distribue du riz, des denrées pendant le mois de Ramadan aux populations défavorisées et des cérémonies de Iftaar pour les Jeûneurs. Nous avons actuellement une école d’excellence de plus de 1000 élèves. Dans cette école, on fait du social pour 30 pour cent des enfants de familles démunies. Ce qui nous intéresse, c’est de transmettre des idées. Nous avons le même programme que l’école sénégalaise mais aussi l’enseignement islamique y est dispensé. Pour l’école, nous n’en avons formellement qu’une à Dakar, mais nous avons rencontré certains autorités municipales et administratives pour disposer de terrains pour y construire des  écoles et des Instituts. Nous sommes des chiites ouverts à la coopération et au partenariat avec tous ceux ou celles qui veulent nous venir en aide dans notre noble tâche de transmettre les connaissances.

À suivre…

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