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SHAFAQNA – Ce qui suit est une partie du livre “La femme en Islam” de feu Ayatullah Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah.

Il est naturel que l’époux, mais aussi l’épouse, entretiennent en eux-mêmes, la moralité de la foi par le respect de qualités générales qui exigent que l’homme pieux fasse son devoir envers l’autre homme pieux. L’épouse a ici un double statut: celui de l’épouse et celui de la sœur dans la foi. 

Cela veut dire que le mari doit rendre à sa femme le droit du frère coreligionnaire dans toutes les affaires qui entrent, conformément à l’enseignement divin, dans le domaine des droits et des devoirs que les Croyants ont, les uns envers les autres, que ces droits et devoirs soient obligatoires ou recommandables. Pour ce qui est de la relation conjugale, l’enseignement divin qui est en rapport avec les qualités morales du mari se représentent par les versets suivants: 

“Comportez-vous envers elles (les femmes) suivant les meilleures coutumes. Si vous éprouvez de l’aversion pour elles, il se peut que vous éprouviez de l’aversion contre une chose en laquelle Dieu a placé un grand bien”. Coran, “an-nisa'” (les Femmes), IV 19. 

…”Reprenez donc vos épouses d’une manière convenable ou bien renvoyez-les décemment”. Coran, “al-Baqara” (la Vache), II 229. 

“… Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations et conformément au bon usage. Les hommes ont cependant la supériorité d’un degré par rapport à elles”. Coran, “al-Baqara” (la Vache), II 228.    

L’homme doit savoir aussi que Dieu (qu’Il soit exalté et glorifié) ne donne à l’homme aucune autorité sur sa femme en dehors du cadre de la jouissance sexuelle. Il n’a aucune autorité sur elle en dehors de ce domaine. Il existe certaines réserves légales à ce sujet qui font l’objet de désaccord chez les jurisconsultes et qui concernent la question de la sortie de la femme sans l’autorisation de son mari. Dans toutes les autres situations, tout ce que la femme rend au mari comme services est un don à titre gracieux qu’elle n’est aucunement obligée de faire. Le mari doit sentir que l’attitude à sa femme envers lui est comparable au bien du bienfaiteur et Dieu dit à ce propos: 

“La récompense du bien est-elle autre chose que le bien?” Coran, “ar-Rahman” (le Miséricordieux), LV 60. 

En outre, l’homme doit faire tout son possible pour respecter les douleurs de sa femme, ses sentiments, ses fatigues, ses efforts et sa faiblesse. Il doit aussi respecter ses relations avec les autres. Il n’est pas naturel que l’homme empêche sa femme de continuer à entretenir des rapports avec ses parents, sauf dans les conditions où ces rapports constituent une menace pour la vie conjugale. L’homme doit penser, pour mieux comprendre cette question, au fait qu’il n’accepte pas qu’on lui interdise d’entretenir des rapports avec ses parents. Il doit donc se comporter envers sa femme dans le respect de l’enseignement islamique dont les grandes lignes sont les hadith  prophétiques suivants:

 – “Aucun d’entre vous ne devient vraiment Croyant que lorsqu’il aime, pour les autres, ce qu’il aime, pour lui-même”.

 – “Comporte-toi envers les autres, comme tu aimerais qu’ils se comportent envers toi”. 

– “Sois, dans tes rapports avec les autres comme une balance: aime, pour l’autre, ce que tu aimes, pour toi-même et déteste, pour l’autre, ce que tu détestes, pour toi-même”.

L’épouse croyante possède deux qualités: la première est qu’elle est un être humain qui croit en Dieu et la seconde est qu’elle est une bonne épouse.

La première qualité se représente par le fait que l’épouse respecte, par ses paroles et ses actes, les limites fixées par Dieu. L’épouse ne doit pas transgresser ces limites qui séparent ce qui est licite de ce qui est illicite. C’est de cette façon qu’elle doit se comporter lorsqu’elle veut vivre la foi dans son sens ouvert. Elle doit savoir que le sens de la ligne de la foi se représente dans le fait que l’homme puisse prendre son droit de l’autre qui l’a agressé ou qui lui a fait du tort. Mais le pardon est plus proche de la foi. La longanimité vaut mieux que l’empressement et l’homme doit repousser les mauvaises actions par les bonnes pour transformer l’ennemi en ami. Cette ligne de la foi exige que celui qui croit en Dieu se comporte sur la base suivante: le but de la vie est de plaire à Dieu. Il doit faire tout ce qui, dans son mouvement dans la vie, conduit à la satisfaction de Dieu.

Quant aux qualités morales de la femme croyante qui remplie le statut d’épouse, elles s’expriment dans la Tradition prophétique suivante:

“La lutte sacrée de la femme c’est sa manière d’être une bonne épouse”. Cela veut dire que la femme doit considérer, dès le début de sa vie conjugale, que cette vie est un mouvement de lutte dans sa vie privée. Ce mouvement de lutte a pour but de résister contre les caprices et les faiblesses qui pourraient la pousser à désobéir à son mari, à se révolter contre lui, à lui nuire ou à nuire, d’une manière ou d’une autre, à sa vie conjugale. 

La bonne épouse doit considérer que sa tâche essentielle est la prise de la citadelle fortifiée qu’est le cœur de son mari, sa réflexion et toute sa vie et ce par la bonne parole. Elle doit lui offrir, sur la base de l’amour et de la compassion et dans le but de plaire à Dieu, les choses considérées comme non obligatoires par la loi. La bonne épouse croyante pense qu’elle agit, dans sa vie conjugale, pour obéir à Dieu en faisant attention à son mari, comme elle Lui obéit en faisant attention à ses enfants et à elle-même. Elle agit dans le but de se rapprocher de Dieu à travers ce qu’elle offre d’elle-même à son mari et à ses enfants sans que cela ne lui soit légalement obligatoire. En agissant ainsi, elle le fait tout comme elle fait la prière de la nuit qui n’est pas obligatoire, mais qu’elle fait tout de même pour se rapprocher de Dieu et obtenir Sa satisfaction. Elle doit rendre à son mari et à ses enfants des services non obligatoires dans le seul désir de se rapprocher de Dieu. Il est naturel que, lorsque la femme, bonne et croyante, agit en considèrant sa vie comme un lieu destiné à être occupé par la satisfaction de Dieu, Il est naturel lorsqu’elle agit ainsi de ne pas se soucier des réactions négatives de la part de son mari ou de ses enfants. Car ce n’est pas pour eux qu’elle agit, mais pour Dieu.

LE MARIAGE: UNE RELATION D’AMOUR ET DE COMPASSION

Le mariage est une relation humaine comme toutes les autres relations qui lient les humains entre eux. Il diffère des autres relations par son caractère plus intime du point de vue des particularités de la vie conjugale. Il diffère aussi, par le fait qu’il est à l’origine de la naissance d’autres personnes, les enfants, dont l’existence est liée, négativement ou objectivement, aux péripéties de la relation conjugale. Lorsque nous étudions les relations humaines, il est naturel qu’on cherche à comprendre les différences entre les individus, au niveau des différents aspects de leur pensée, de leur éthique et de leurs conditions et dispositions. Il est donc naturel que, dans toute relation, la compréhension mutuelle soit fondée sur la prise en considération, par chaque partie, des points forts et des points faibles de l’autre partie, et ce pour qu’elle puisse les équilibrer avec ses propres faiblesses et forces. Il est aussi naturel que des divergences, des heurts et des répulsions mutuelles aient lieu sur les plans intellectuels et affectifs ou même sur le plan des intérêts des deux parties. Les deux parties doivent entrer, dans ce domaine, dans un dialogue objectif et rationnel qui essaye d’étudier les origines des différends et le sens de leur évolution ainsi que les moyens d’aboutir à des dénominateurs communs ou à une entente commune indispensable pour que les différends ne détruisent ni ne compliquent la relation mais, au contraire, l’élèvent au niveau de la cohabitation qui doit pouvoir réunir les sphères de l’entente et de l’accord. 

Mais pour aboutir à une position de ce genre le besoin s’impose d’avoir une conscience humaine et religieuse ouverte sur les causes de l’homme et de la vie. Une conscience qui part d’une attitude humaine à travers laquelle l’homme ne pense pas que la vie lui appartient à lui seul, mais qu’elle appartient aux autres aussi. L’homme n’a donc pas le droit d’annuler les autres, ni de les empêcher de penser d’une manière différente de la sienne. Il n’a pas non plus, le droit d’user de la répression contre ceux qui ont des sympathies différentes des siennes. Une telle attitude peut donner à la vie son équilibre, sa paix et sa vitalité. Elle peut lui donner beaucoup d’éléments nécessaires pour la production sur tous les plans. Mais ils existe, à l’autre bout de la vie, des gens qui ne pensent pas de cette manière. Des gens qui ne vivent pas leur humanité dans l’humanité des autres. Ils ne vivent pas l’esprit d’ouverture sur les autres dans ce qui fait qu’ils sont différents d’eux, mais ils se comportent avec l’égoïsme qui leur donne l’illusion qu’ils sont les seuls à avoir le droit de penser et que les autres n’ont pas le droit de penser autrement. Ils pensent qu’ils ont le droit d’agir pour s’affirmer et servir leurs propres intérêts alors que les autres n’ont pas ce même droit. C’est de cette manière de penser que découlent l’oppression, la répression, la sauvagerie, l’exclusion des autres et la destruction de leur vie. 

C’est cette manière d’agir et de penser qui régit les rapports humains en général. La relation conjugale n’est pas une exception: l’époux entre dans la vie conjugale avec tous ses points forts et faibles, avec tous ses résidus moraux et culturels et avec toutes ses habitudes et traditions arriérées. Il en est de même pour l’épouse. Lorsque la relation conjugale n’est pas assez étudiée par les deux conjoints; lorsqu’elle n’est qu’une relation traditionnelle où la nouvelle génération se comporte à l’instar de la vieille génération… beaucoup de membres de la nouvelle génération reproduisent les comportements de leurs pères dont ils récusent l’arriération et se laissent paradoxalement influencer par eux. L’homme peut conserver, dans son inconscient, la manière avec laquelle son père traitait sa mère et la femme peut conserver, dans son inconscient, la manière avec laquelle sa mère échangeait avec son père. De la sorte, la vie cesse d’être le fruit d’une relation bien étudiée par les deux conjoints et devient une relation qui subit le désordre et l’influence des résidus, des coutumes et des situations ambiantes. Pour cette raison, on peut constater que la plupart des relations conjugales connaissent des complications insupportables. Les deux conjoints peuvent sembler vivre en paix alors qu’ils vivent dans une situation de guerre secrète issue de la répression ou de l’oppression que l’une d’eux exerce vis-à-vis de l’autre en profitant de la force dont il dispose et qui fait défaut chez l’autre. Il est normal, puisqu’il en est ainsi, que l’Islam pose des règles à suivre pour les deux conjoints. Des règles qui vont dans un sens humain. L’Islam cherche, en instituant ces règles, à ce que tout état d’hostilité et tout conflit soient expulsés pour que chaque partie cherche la meilleure solution susceptible de transformer l’autre en un ami, après qu’il fût devenu un ennemi, à cause des problèmes et des complications: 

“L’action bonne n’est jamais semblable à l’action mauvaise. Repousse celle-ci par ce qu’il y a de meilleur: celui qu’une inimitié séparait de toi deviendra alors comme un ami fidèle” Coran, “Fussilat” (Le Verset Bien Expliqué), XLI 34 

L’Islam pose donc, lors de son étude de la question conjugale, des règles pour toutes les situations. Parmi celle-ci, on compte celle où l’épouse se révolte et cesse d’obéir à l’homme, sans avoir le droit de le faire. 

Il est à remarquer que, lorsqu’on parle de la relation conjugale, on a besoin de mots assez suggestifs pour dire que les règles de cette relation ne sont pas du genre odieux qui s’opposerait à la liberté de l’homme et à ses désirs. Ce sont des règles que l’homme s’imposerait lui-même à partir de son amour, de sa compassion et de sa responsabilité dans la vie. La vie a besoin que la liberté soit limitée par des règles. L’homme ne peut pas continuer à vivre et à satisfaire tous ses besoins dans les conditions de liberté absolue. La vie n’appartient pas à toi seul. Elle est à toi et aux autres. Si tu as le droit d’être libre dans ta vie, pour affirmer ton existence, les autres aussi ont le droit d’être libres pour affirmer leur existence. Pour cette raison, il est nécessaire que la liberté soit limitée par des règles et des limites qui l’empêcheraient de s’annuler sur un plan pour s’affirmer sur un autre. Cela est nécessaire pour que la vie soit équilibrée dans toutes les situations. Nous devons comprendre que la question de la vie conjugale peut être une entrave qui bloque la liberté dont l’homme disposait quand il était célibataire et dégagé des responsabilités qu’il a envers l’autre qui est son conjoint. Mais il connaissait, lorsqu’il était célibataire, des entraves psychologiques et un vide d’un autre genre. Les limites qu’il accepte avec le mariage sont choisies librement dans la mesure où elles lui permettent de sortir de la prison où il vivait, lorsqu’il était célibataire, dans les complexes psychiques et les complications de la vie et des désirs insatisfaits. Avec ses chaînes en or, ses chaînes qui doivent suggérer tout ce que l’or peut faire pour résoudre les problèmes, le mariage le libère de toutes les complications du célibat. C’est pour cette raison que l’expression “la cage d’or” est très suggestive. Mais le problème est qu’il existe deux sortes d’or: l’or pur qui n’accepte aucun autre élément qui pourrait l’altérer et porter atteinte à son éclat et le “toc”!… Pour que la “cage d’or” soit un lieu qui assure le bonheur a ceux qu’il enferme, son or doit être pur. Cela veut dire que le mariage doit être fondé sur l’esprit de responsabilité et de foi. 

Ici, il se peut que certains se laissent convaincre que ce qui n’est pas or est or et aller loin, si l’on peut dire, dans leurs idées dorées, jusqu’à découvrir qu’il ne s’agit ni d’or ni d’aucune autre chose qui ressemblerait à un métal pur: la vie conjugale est –du point de vue de sa nature telle qu’elle est fixée par Dieu- la vie fondée sur l’amour et la compassion. Si on commence cette vie à partir des envies et des convoitises qui s’éloignent des grandes valeurs qui donnent aux gens le goût des rapports sérieux et responsables, on aboutit très rapidement à l’échec inévitable. La bonne relation se fane ainsi dans l’âme avant de se briser dans la réalité extérieure. Elle trouve sa fin une fois que les ambitions arrivent au pied du mur. Lorsque les mauvaises intentions se dévoilent pour faire apparaître la férocité dans l’oppression de l’autre. Lorsque le désir charnel se trouve refroidi, lorsque la page est tournée des petites choses qu’on cherchait à réaliser sous couvert du mariage. Il est normal que, dans ce cas, la relation ne soit pas seulement ternie et qu’elle se trouve toute couverte de noir, de l’extérieur comme de l’intérieur, car elle n’est pas une relation humaine, mais plutôt une relation commerciale qui n’a rien d’humain. Certaines personnes peuvent avoir recours à la fraude qui est un moyen de se présenter à l’autre sous un air lumineux tout en dissimulant l’ombre et les ténèbres à l’intérieur de soi. La fraude est à l’origine de cette relation qu’on établit pour le seul but de réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et ses pulsions sans s’arrêter devant aucune question de profondeur humaine. Il ne s’agit pas ici de considérer le désir charnel comme une chose satanique dans la mariage. Il ne s’agit pas de considérer ce désir comme quelque chose d’amoral qui incite au mariage. Il s’agit seulement du fait que le désir charnel doit être vécu humainement et que l’instinct doit être vécu humainement et ce pour que l’homme ne soit pas un animal vivant avec un autre animal à travers l’animalité de l’instinct et la rage du désir. Nous disons ici que l’homme doit vivre son humanité qui exprime ses besoins spirituels et corporels afin de s’intégrer dans la totalité de ses dimensions. De la sorte, l’homme devient comme un habit pour la femme et la femme comme un habit pour l’homme et ce à travers l’intégration, par l’homme, de la femme toute entière et l’intégration, par la femme, de l’homme tout entier. De la sorte, l’intégration peut être entière et totale, une fusion complète où chaque partie ne sent l’existence d’aucun vide qui le séparerait de l’autre. C’est cela qui confère au mouvement de l’affectivité, de l’amour et de la compassion, son sens, sa vitalité et son originalité.

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