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SHAFAQNA –  Ce qui suit fait partie du livre La Question De L’Imamat, par Sayyed Mujtaba Musavi-Lari , sélectionné par SHAFAQNA.

Une question se pose. En dépit de la proclamation par le Prophète de ‘Ali, comme son successeur, à Ghadir Khumm et en d’autres circonstances, que s’est-il passé pour qu’après sa disparition, les Compagnons se détournent de cette affaire, et renoncent à l’obéissance due à ‘Ali, et choisissent quelqu’un d’autre à la tête des affaires de la communauté musulmane? Y avait-il dans les paroles du Prophète quelque ambiguïté?

Ou bien toutes ses déclarations confirmant le rang et la vertu de ‘Ali ne suffisaient-elles pas pour le désigner comme chef et guide?

La réponse à toutes ces questions peut nous être inspirée en nous rapportant à l’examen de la période historique de la mission prophétique. Il se trouvait en effet parmi les Compagnons des éléments qui n’hésitaient pas à exercer des pressions sur le Prophète, lorsque ses ordres n’étaient pas conformes à leurs désirs, dans l’espoir de l’amener à changer ses ordres; et quand ils désespéraient de parvenir à leurs fins, ils agissaient ostensiblement à l’encontre de ses ordres. Le Coran les met en garde:

“Que ceux qui s’opposent à Son ordre prennent garde que ne les atteigne une tentation (fitna) ou que ne les atteigne un tourment cruel.” (Coran, sourate 24 La Lumière (al-Nour), verset 63)

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Lorsque le Prophète, à la fin de sa vie bénie, préparait une armée pour faire la guerre aux Byzantins, il lui désigna comme commandant en chef, le jeune Usâma ibn Zayd ibn Hâritha al-Chaybânî .

Le choix de ce jeune homme déplut à beaucoup de compagnons, qui pensaient que le Prophète aurait pu choisir un homme parmi les plus anciens dans l’islam et les plus âgés.

L’affaire prit des proportions telles que l’on vint à une dispute verbale en présence du Prophète; et certains parmi les plus résolus dans leur opposition demandèrent même que le jeune chef militaire soit écarté. Mais le Prophète ne céda en rien.

Malgré les ordres réitérés du Prophète enjoignant à l’armée de se mettre en mouvement, et à Abu Bakr et Omar de rejoindre les rangs des combattants, ces deux hommes désobéirent au commandement clair du Prophète, et refusèrent de se rendre au combat, sous prétexte qu’ils ne pouvait pas supporter de se séparer du Prophète, alors souffrant. (1)

Deux jours avant son décès, le 10 du mois Rabi’ al-awwal, le Prophète, profondément indigné des propos de certains compagnons, et bien que gravement souffrant, sortit de sa maison pour s’adresser aux gens. Il monta sur la chaire, et après avoir loué Dieu, il dit:

“ô gens! Que signifie ce propos qui m’est parvenu, de certains d’entre vous au sujet de ma désignation d’Usâma comme chef (amîr). Si vous critiquez ma désignation d’Usâma, vous aviez auparavant dénigré ma désignation de son père, bien avant lui. Dieu sait que son père était qualifié pour le commandement, et son fils possède aussi toutes les qualités requises pour cela.” (2)

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L’Envoyé de Dieu s’efforçait de vider Médine de ses principaux chefs des Ansârs et des Muhâdjirouns (3) ; c’est dans ce but qu’il prépara l’armée d’Usâma, et lui ordonna de se mettre en mouvement au plus tôt en direction de la Syrie. Il ordonna avec insistance que ses principaux compagnons rejoignent l’étendard d’Usâma, et voulut garder ‘Ali auprès de lui, dans les moments décisifs qui allaient marquer la fin de sa vie. Ces mesures prises par le Prophète ne furent malheureusement pas suivies d’effet, à cause de la désobéissance de certains compagnons.

Jamais, le Prophète n’avait mis ‘Ali en qualité de subordonné à un autre chef que lui-même. Bien au contraire, ‘Ali a toujours été le porte-étendard du Prophète, ou le commandant en chef de l’armée; alors que Abu Bakr et Omar étaient là placés sous les ordres d’Usâma, comme ils furent un jour sous les ordres de Amr ibn al-‘As, dans l’expédition de Dhât al-Salâsil.

L’histoire nous rapporte aussi un événement d’une grande signification, survenu lors de la maladie grave dont souffrit le Prophète avant de quitter ce monde.

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Le Prophète voulait, pour une ultime fois tenter de donner une preuve tangible et un texte expliquant une question que le Coran regarde comme faisant partie de la perfection de la religion, et préserver la communauté de toute déviation. Mais ceux des compagnons qui s’étaient soustraits à l’ordre de rejoindre l’armée d’Usâma, se trouvaient au chevet du Prophète, et empêchèrent que l’on lui amenât une tablette et de l’encre.  (4)

Obeydollâh ibn Abdullâh ibn Atabeh rapporte qu’lbn Abbas a dit:

“La journée du jeudi! et quel jeudi!” évoquant le jour de la mort du Prophète. Le plus grand malheur arriva aux musulmans, quand la dispute entre certains compagnons -dont Omar Ibn al-Khattab qui voulait suggérer que l’Envoyé de Dieu était en train de divaguer- empêcha le Saint Prophète d’écrire son dernier testament (ce par quoi les croyants ne s’égareraient point après lui). (5)

Lors d’une discussion qu’il eut avec Ibn Abbâs, le second calife lui dit:

“L’Envoyé de Dieu voulait mentionner ‘Ali, mais je ne l’ai pas laissé faire.” (6)

De nombreux traditionalistes et historiens sunnites ont rapporté cette parole du deuxième calife: “L’Envoyé de Dieu divague”. D’autres ont essayé d’en atténuer la gravité, en la rapportant comme suit: “Le Prophète ne résiste plus à la douleur de la maladie; nous avons le Livre de Dieu; le Livre de Dieu nous suffit.” (7)

À Suivre…


  1. Ibn Hichâm: Sîrat tome 4, p.338; al-Ya’qoubî tome 2, p.92; etc…
  2. Ibn Sa’d: Tabaghât tome 2, p.249.
  3. Ansar (en arabe : الأنصار) ou Ansaran-Nabi (s) (en arabe : أنصار النبی), en francais : aides ou des aides du Prophète (s), étaient un groupe des musulmans de Médine issus des tribus Aws et Khazraj. Ils s’étaient alliés avec le Prophète Muhammad (s) avant sa migration (Hîjra).
    Après sa migration à Médine, ils l’ont aidé avec les Muhadjirun (un autre groupe des musulmans qui ont émigré, eux aussi, de La Mecque à Médine). Au cours du Califat d’Amir al-Mu’minîn Ali (a), les Ansar avaient un statut privilégié auprès de l’Imam Ali (a) qui les soutenait constamment.
    Muhadjir ou muhâjir (arabe : مهاجر, émigrants, exilés, réfugiés) au pluriel muhâjirûn (مهاجرون). Les muhâjirûn désigne les premiers convertis à l’islam, les conseillers et les parents du Prophète Mahomet, qui ont émigré avec lui de La Mecque à Yathrib (Médine), événement connu sous le nom de l’Hégire.
  4. Boukhâri: Sahh îh tome 1, p.22; Tabari: Târikh tome 2, p.436; etc…
    Voir: Tabaqât d’ibn Sa’d tome 2, 242; Musnad d’ibn Hanbal tome 1, p. 336; Sahîh de
  5. Muslim tome 11, p.95.
  6. Cela se rapporte à l’incident au cours duquel le Prophète demanda qu’on lui amenât de quoi écrire, et où Omar le second calife, pour empêcher que cela se fasse, avait dit que le Prophète divaguait. Voir à ce sujet: Ibn Abi-al-Hadîd dans son “Charh Nahdjal-Balâgha” tome 3, p.97.
  7. Muslim: Sahîh tome 3, chapitre du Testament, p. 1259; Boukhâri: Sahîh tome 4, p.5.

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