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SHAFAQNA – Iqna : Outre les technologies de surveillance de pointe utilisées pour recueillir des quantités massives de données grâce à la reconnaissance faciale, à l’échantillonnage d’ADN, à la biométrie, aux trackers GPS, aux caméras haute résolution, les applications intrusives de téléphonie mobile jouent aussi un rôle dans le cadre de la campagne de surveillance de la population du Xinjiang.

Selon un rapport de Human Rights Watch publié en mai, la police du Xinjiang recueille illégalement des informations par le biais d’une application mobile connectée à la Plateforme intégrée d’opérations conjointes, un programme de regroupement de données. Parmi les informations recueillies, figurent aussi bien le groupe sanguin et la taille d’un individu que ses affiliations religieuses et politiques. Même les quantités d’électricité et de gaz qu’il consomme sont saisies dans la base de données.
Dans le Xinjiang, tout le monde est surveillé par le biais de l’application qui permet de suivre les téléphones, les cartes d’identité et les véhicules. L’analyse de Human Rights Watch révèle que 36 catégories d’individus sont identifiées comme les principales cibles, notamment les personnes qui ont cessé d’utiliser un smartphone, celles qui « ont peu d’interactions sociales avec leurs voisins », ou celles qui « collectent de l’argent et des matériaux pour les mosquées avec enthousiasme ». L’application permet également d’alerter les responsables gouvernementaux pour qu’ils enquêtent sur des personnes qui ont séjourné à l’étranger pendant longtemps ou qui ont un lien de parenté avec une personne qui a acheté un nouveau téléphone.
« Sur la base de ces critères généraux et peu valides, le système génère des listes d’individus à évaluer par les fonctionnaires en vue de leur détention. Les documents officiels précisent que les personnes “qui devraient être arrêtées doivent l’être”, suggérant que l’objectif est de maximiser les mises en détention d’individus jugés “indignes de confiance”. Ceux-ci sont ensuite interrogés en l’absence de protections de base. Ils n’ont pas droit à un avocat, et certains subissent des actes de torture ou de maltraitance », rapporte Human Rights Watch. L’ONG exhorte le gouvernement chinois à fermer la plateforme et à supprimer immédiatement les données recueillies.
Formulaire d’informations de l’application pour une demande de visite dans le Xinjiang. (fourni par une source interne)
Mme Li de la ville d’Urumqi, dans le Xinjiang, a révélé à Bitter Winter qu’en décembre dernier, on lui avait demandé de remplir le Formulaire d’informations de l’application pour une demande de visite dans le Xinjiang, l’un des outils que la police utilise pour recueillir des informations sur des familles entières. L’application serait utilisée depuis au moins deux ans.
Capture d’écran de l’écran d’accueil de l’application « Visite dans le Xinjiang » (par 游知澔, CC BY-NC-ND 4.0)
« J’ai dû non seulement fournir des informations de base sur l’enregistrement de notre ménage, mais j’ai dû aussi indiquer mes numéros de passeport, d’immatriculation du véhicule, de mon permis de conduire. J’ai dû également donner des précisions sur mon casier judiciaire, mon groupe sanguin, mes croyances religieuses, ainsi qu’une photo de mon salon, mes numéros de compteur d’électricité et d’eau. J’ai dû aussi indiquer le nombre total d’ordinateurs du ménage et joindre des photos des outils coupants, etc. », a expliqué Mme Li.
Elle a ajouté qu’avant de remplir le formulaire d’inscription, un représentant de la communauté lui a demandé, par le biais de la plateforme de messagerie WeChat, d’envoyer des photos du salon et de toutes les chambres de sa maison. Cela l’a rendue très perplexe ; elle s’est demandée pourquoi le gouvernement souhaitait enregistrer de telles informations.
Un représentant de la communauté locale qui a souhaité garder l’anonymat a expliqué à Bitter Winter que la collecte de toutes ces informations devait servir à trouver des terroristes et des religieux clandestins. Selon lui, les photos des pièces peuvent fournir des indices sur la présence d’éléments de terrorisme ou d’extrémisme religieux dans les ménages.
« Il n’y a pas que le salon. Même la cuisine et les salles de bain doivent être photographiées », a ajouté le fonctionnaire. « Une grande quantité de pain naan se trouvant dans la cuisine d’un Ouïghour montre qu’un grand nombre de personnes viennent rendre visite aux habitants de la maison. Ces personnes pourraient s’être rassemblées pour fabriquer des explosifs, ou il pourrait s’agir de personnes qui enseignent les Écritures en privé sans l’autorisation du gouvernement. Si un tel cas se présente, nous nous rendrons au domicile en question pour enquêter. »
Le responsable du gouvernement a également indiqué que chaque fonctionnaire affecté à un ménage local doit avoir une connaissance approfondie du foyer auquel il a été affecté. Ces représentants gouvernementaux doivent tenir à jour les informations sur chaque ménage, notamment le nombre de personnes qui y habitent, leurs professions et leurs idéologies. Ces informations sont saisies dans le système via l’application.
« Supposons qu’une famille ait consommé 50 kWh d’électricité et 20 mètres cubes d’eau le mois dernier. Si elle consomme 300 kWh d’électricité et 100 mètres cubes d’eau ce mois-ci, cela traduit l’éventualité d’une “situation anormale” dans le foyer. Le fonctionnaire affecté à ce ménage doit concentrer ses efforts sur la surveillance de ce foyer et enquêter rapidement », a ainsi expliqué le responsable du gouvernement pour montrer la nécessité de collecter les données sur la consommation d’électricité et d’eau.
Depuis 2017, les habitants du Xinjiang sont contraints par les autorités de télécharger une application mobile appelée Jingwangweishi ou « soldat nettoyeur du Web » qui s’engage à « débarrasser votre téléphone de ses immondices ». Cependant, Avram Meitner, un chercheur en sécurité indépendant, a découvert que le logiciel scannait les téléphones à la recherche d’empreintes numériques de fichiers considérés comme illicites par le gouvernement, et qu’il en informait les autorités quand il en identifiait un. L’application a eu l’effet escompté : créer un sentiment de paranoïa généralisé et une forme d’autocensure chez la population.

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