Lancement d’un dialogue interreligieux dans les écoles de France

by Pey Bahman Z
dialogue interreligieux dans les écoles, France

SHAFAQNA – Le mouvement Ensemble avec Marie propose des cours de sensibilisation au dialogue islamo-chrétien. Une façon de mieux comprendre les deux religions.

Lundi, 8 h 15. Les portes du groupe scolaire La-Salle-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) s’ouvrent dans le froid. Après les salutations matinales de rigueur, les vingt-quatre élèves de la première B investissent leur salle de cours. Leur classe fait partie des cinq choisies pour discuter avec les duos de bénévoles du mouvement Ensemble avec Marie – un chrétien et un musulman à chaque fois –, afin de s’essayer au dialogue interreligieux. L’initiative prend un relief particulier dans une période où l’Islam suscite peurs et polémiques.

Particularité de cet établissement: il accueille près de 70 % d’élèves musulmans. Créée en 2014, l’association se rend depuis 2021 dans l’enseignement privé catholique. Elle réalise environ 70 interventions par an de la primaire à la terminale, surtout en Île-de-France, mais aussi à Tourcoing (Nord), Colmar (Haut-Rhin), Charleville-Mézières (Ardennes) ou Cholet (Maine-et-Loire).

interreligieux école

« Nous venons ici pour vous parler de l’importance de la rencontre, du dialogue, de la fraternité », annonce Hassan, 34 ans, au tableau. À ses côtés Geneviève, jeune retraitée catholique, qui vient pour la première fois. Les orateurs précisent qu’ils n’interviennent « ni en experts ni en représentants » de leurs confessions et que leurs propos n’engagent qu’eux. « Vous êtes peut-être non croyant. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec nous », rassure Hassan.

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Ensemble avec Marie instaure un climat de confiance
La discussion s’engage à partir d’un support pédagogique simple: la projection de plusieurs photos représentant un imam dans une église, une religieuse dans une mosquée ou bien une femme voilée dans une église… Assez évocateur pour susciter la curiosité. Au fond de la classe, Adem, 16 ans, prend la parole: « Je n’ai jamais vu un imam faire l’appel à la prière dans une église. »

Geneviève rebondit: « Tu vois, c’est un sacré imam qui a bien voulu entrer et s’adresser à Dieu dans cet endroit. Cela vous surprend- il? » Abdel, au premier rang, lève la main: « Le plus bizarre, c’est surtout la photo avec la religieuse dans la mosquée. Les hommes et les femmes sont séparés, habituellement. »

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La discussion s’engage ensuite sur la figure de Marie dans les deux religions. « À votre avis, pourquoi faisons-nous référence à elle? » interpelle Geneviève. « Parce qu’elle a donné naissance au prophète Jésus, répond Abdel sans hésiter, et que pour les chrétiens, Jésus est le fils de Dieu. Donc, c’est un point commun. » Geneviève accueille sa réponse avec un grand sourire.

Hassan ajoute que Marie est très vénérée dans l’Islam, « citée 34 fois dans le Coran, davantage même que dans les Évangiles ». Les échanges sont fluides. Le bénévole musulman témoigne: « Pour moi, Marie est le modèle de l’obéissance au projet de Dieu. On traduit souvent Islam par “soumission” alors que ce n’est pas tout à fait cela. Les hommes n’ont pas forcément cru Marie mais elle a persévéré, a continué de placer sa confiance en Dieu. »

L’intervention d’une heure trois quarts se termine. « Nous n’allons pas prier ensemble, car nous n’avons pas tous la même religion, mais nous sommes ensemble pour prier », explique Hassan avant de réciter la sourate Al Fatiha, qui ouvre le Coran. Geneviève enchaîne avec un Je vous salue Marie. « Je n’avais jamais entendu cette prière, c’est très beau! » s’émerveille Mariam, jeune musulmane au regard bleu.

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Des interventions entre rires et prières
Dans la salle d’à côté, les élèves enchaînent les questions: pourquoi les chrétiens ne se prosternent-ils pas lorsqu’ils prient alors que Jésus le faisait? Les prêtres sont-ils supérieurs aux autres baptisés? Quel rôle joue le pape? « Il assure la fonction de chef de l’Église », répond Gilles. « Je croyais que chez vous Jésus était le chef, rétorque Safir. Le pape, ce serait plutôt le PDG adjoint, non? » Éclats de rire dans la salle.

Les bénévoles d’Ensemble avec Marie ressortent enthousiasmés de ce long temps d’échange. « C’est magnifique, s’émeut Geneviève. J’ai confiance en ces jeunes qui se montrent prêts à réfléchir, à prier, à s’écouter. » Thierry Lexis, coordinateur de ces interventions, qui accompagne les bénévoles ce lundi- là, résume: « Je suis convaincu que la paix passe par la rencontre, le dialogue. Et l’actualité le confirme: on ne peut faire fi de la religion si l’on veut bâtir la paix. »

Source: IQNA

www.Shafaqna.com

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