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SHAFAQNA – Cheikh Chérif Mballo est le Président du Coseil Supérieur des Chiites Ahloul Beyt (A.S) au Sénégal et Président-Fondateur de l’Association Ali Yacine.

Dans un entretien avec Shafaqna, pour discuter sur un certain nombre de sujets d’actualités relatifs à l’ISLAM, Cheikh Chérif Mballo raconte sa découverte de l’islam chiite et donne un aperçu de la communauté shiite au Sénégal. Il décrit aussi les domaines dans lesquels il s’active, y compris les consultations médicales gratuites, la distribution alimentaire et l’appui scolaire.

Cheikh Mballo met l’emphase sur l’harmonie et la compréhension qui existe entre les membres des communautés chiite et soufie au Sénégal, se focalisant surtout sur les éléments qui les unissent. Il donne ses perspectives sur la politique, les défis mondiaux et l’importance de l’éducation.

Shafaqna: Les femmes sont-elles très impliquées dans la communauté ?

Cheikh Chérif Mballo: Effectivement, Il faut impliquer les femmes davantage dans les activités parce que c’est elles qui sont les gardiennes des valeurs culturelles, sociales et religieuses, ce sont elles qui les transmettent, qui sont toujours en contact avec les enfants qui constituent l’avenir de l’humanité. Alors dites aux femmes de venir toujours participer en masse aux activités. » Ce sont elles qui donnent la chaleur, la tonalité aux activités culturelles et religieuses, partout dans le monde aussi, ce sont les femmes qui jouent maintenant les premiers rôles, parce qu’elles sont plus intelligentes et plus engagées que les hommes généralement.

Shafaqna: Les jeunes sont-ils impliqués ?

Cheikh Chérif Mballo: Les jeunes comptent pour presque 90 pour cent de nos membres. C’est la jeunesse qui va garantir l’avenir de la communauté. Ceux de mon âge ne sont là que pour les accompagner, ils ne peuvent plus jouer les mêmes rôles d’avant. Ce sont les jeunes et les femmes qui portent le message. La majeure partie, ce sont des intellectuels parce qu’ils sont plus réceptifs au message destiné aux personnes intellectuelles également.

Shafaqna: Quelles sont vos autres activités ?

Cheikh Chérif Mballo: Je suis également Secrétaire général de la Campagne Sénégalaise pour la Défense d’Al Qods et la Palestine. Notre Mouvement organise la commémoration de la Journée Mondiale Al Qods au Sénégal depuis plus de 25 ans et ce en présence d’Ambassadeurs et de Diplomates de pays accrédités au Sénégal.

Je dois affirmer que le chiisme, si il veut être accepté, viable et durable en Afrique et au Sénégal en particulier, il doit avoir sa particularité, ses spécificités. Nous sommes en train de réunir des intellectuels, des artistes et des hommes de culture et de lettres pour y réfléchir constamment sur les formes et les couleurs qui sont adoptables à la Cosmogonie africaine. Quelles formes artistiques ou estétiques devons-nous avoir comme support culturel pour exprimer notre culture, une civilisation islamique pour faire passer des idées et les faire accepter? Quels sont les données anthropologiques, éthnologiques ou éthograghiques, qui peuvent contribuer à cela? En guise d’exemple, Il y a le rythme. L’Africain veut le rythme, ce qui fait bouger l’esprit et le corps. Comment faire passer le message? A part l’éducation, il y a aussi le folklore. En un mot, nous sommes en train de faire en sorte qu’il y ait une identité negro africaine sénégalaise chiite.

Shafaqna: Comment est la nature des rapports entre les Chiites et reste des autres communautés islamiques?

Cheikh Chérif Mballo: Chez nous au Sénégal, il y a la diversité ethnique, linguistique et religieuse qui est une source de richesse et d’épanouissement de toutes composantes ethniques, claniques ou religieuses et ce, sans exception, entre musulmans, chrétiens ou animistes. Au Sénégal, il ne s’agit pas de dialogue entre les différents adeptes des autres communautés, mais de renforcement des relations cordiales et de convivialité entre les différentes communautés, qui est difficile de trouver ailleurs.

Au Sénégal, je dis bien qu’on ne doit pas utiliser le mot dialogue entre les musulmans et les chrétiens parce qu’il n’y en a jamais eu de conflits entre ces deux communautés. Il y a dialogue quand il y a conflit. Au Sénégal, ce que nous devons cultiver, c’est le concept de convivialité, de concorde et le renforcement des liens familiaux. L’islam prône ce qu’on appelle la paix et la stabilité. Quand on se soumet aux enseignements de l’Islam on doit toujours et en permanence à la recherche de la paix, l’armistice, la soumission, la stabilité.

Il est impératif qu’il y ait toujours des échanges de vécus, d’expériences, de connaissances sur beaucoup de choses. C’est ce qui crée la paix et le développement d’un pays ou d’une communauté et tant qu’il n’y a pas de dialogue, il n y a pas de paix et de la stabilté, ni de développement. Le véritable développement, c’est le dialogue parce c’est ce qui perpétue le développement sur le plan scientifique, philosophique, religieux, moral et artistique même. Le Dialogue est un terme politique mais pour ce qui concerne le domaine économique et le domaine commercial, le terme exact utilisé est échange.

À lire aussi : “Le chiisme n’est pas nouveau au Sénégal”: Entretien avec Cheikh Chérif Mballo (Partie 1)

Je me suis dit que nous avons notre particularité negro africaine et qu’il n’est pas normal que nous en tant que Sénégalais, qu’on se comportent culturellement comme étant des chiites Iraniens, Libanais ou bien Irakiens. Nous devons adapté notre chiisme à notre identité négro africaine à l’instar des Iraniens et Irakiens qui l’ont adapté à conformément à leur culture persane et arabe. La force du Chiisme, c’est sa universalité culturelle, et civilisationnelle adaptable à toutes les cultures humaines et à la Civilisation universelle qui respectent à un même pied d’égalité les valeurs socio-culturelles de l’environnement dans lequel l’homme musulman évolue.

En substance, les Chiites participent pleinement à coté de leurs frères et soeurs des autres musulmans aux cérémonies, à la prière du vendredi et faire la ziarra. Vous voyez, nous autres chiites, nous n’avons pas de problème avec les confréries parce que c’est la même chose.

Shafaqna: Quel est le niveau de connaissances des Chiites Sénégalais en ce qui  concerne les Enseignements islamiques, et quels sont les thèmes islamiques et particulièrement chiites dont on t-ils besoin ?

Cheikh Chérif Mballo: La Communauté chiite Sénégalaise est à l’image de la population sénégalaise, dont plus de la moitié instruite et éduquée. La plupart a découvert et adopté le Chiisme par la lecture, les échanges à travers les thés-débats, les émissions radiotélévisées ou journaux, etc.

Pour augmenter le nombre d’adeptes chiites la meilleure voie est celle de la transmission des connaissances. Il y a deux volets principaux, entre autres: la croissance biologique et l’éducation. Surtout la transmission de connaissances, c’est notre objectif.

En ce qui concerne le premier volet, je vous donne un exemple de la croissance biologique de la communauté chiite. Avant, je n’avais pas fondé de famille. Maintenant, j’ai des enfants et des petits enfants et une femme. Ils sont tous chiites. Donc, ça a fait augmenté le nombre d’adeptes chiites. Et d’autres moyens tels que: les livres, la télévision, la radio, les journaux. Ceux ou celles qui ont la compétence et le dons intellectuels écrivent des article de presse et participent à des émissions télévisées pour la promotion et la vulgarisation du Chiisme.

Le deuxième volet, c’est d’avoir, par l’éducation, par l’instruction, par la culture et ses supports, le moyen de transmettre le message islamique de la meilleure manière possible. Par éducation, j’entends par l’école parce que si vous voulez créer une génération, la façonner comme vous voulez, c’est par l’instruction et l’éducation que vous pourrez le faire. Surtout l’éducation est la base de tout. C’est par l’éducation qu’on transmet les valeurs culturelles et sociales et religieuses. On a plusieurs types d’écoles ici au Sénégal. Le type d’écoles qui correspond au nombre de types de visions philosophiques, religieuses et politiques dans le monde. Il y a trois types d’écoles: les daaras (HAWAZA) l’école intermédiaire franco-arabe et l’école française, coloniale. Donc, c’est par ces trois types-là que sont transmis les messages, dans les écoles, les lycées, les universités.

La Communauté Chiite Sénégalaise compte en son sein un nombre d’écoles, de centres et de mosquées à travers le pays. Mais un grand besoin se fait sentir à ce niveau parce que ces soit disants écoles et centres n’ont pas le niveau standard requis pour loger ou abriter des apprenants. Ces écoles et centres sont pour la plupart dans un état peu reluisant, qui nécessite beaucoup d’effort de la part des adeptes Chiites nantis qui ont des moyens financiers et matériels de relever les défis en finançant la construction pour de bon de vrais bâtiments et édifices dignes de ce nom pour loger et abriter des structures d’enseignement et d’éducation, et des centres de santé etc. à l’instar des autres communautés.

À suivre…

 

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