La Sunnah du Saint Prophète dans l’Ecole d’Ahl-ul-Bayt (s.a.)

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SHAFAQNA – Ce qui suit est une partie du livre “L’ECOLE D’AHL-UL-BAYT: PREMIERE DES CINQ ECOLES JURIDIQUES MUSULMANES” de Mo’assasat al-Balâgh, traduit de l’arabe et édité par Abbas AHMAD al-Bostani.

«Qu’Allah embellisse un serviteur qui, ayant entendu une parole de moi, l’a apprise par coeur, l’a assimilée, et l’a transmise telle qu’il l’avait entendue. Car un porteur de Jurisprudence pourrait n’être pas faqîh(166), et on pourrait apporter le Fiqh à quelqu’un qui serait plus faqîh que soi.»(167)
La Sunnah est, après le Coran, la deuxième source de la Législation, que les Musulmans adoptent pour déduire les Statuts, les Lois et les Valeurs islamiques. C’est à elle qu’incombe la charge “d’expliquer et d’éclairer le Livre d’Allah, de formuler ses sous-entendus et son contenu législatif, idéologique et éducatif.”

En effet, le Texte coranique recèle une richesse idéologique et législative considérable et immortelle que la Sunnah s’est chargée de dévoiler et de mettre en évidence. Car la raison n’est pas en mesure de comprendre du Livre d’Allah autant que la Sunnah en peut comprendre et dévoiler, étant donné que c’est au Messager d’Allah que s’adresse la Révélation, et que c’est lui qui connaît tous les statuts et concepts du Saint Coran, ainsi que ses buts et ses desseins.

C’est pourquoi la Sunnah constitue un secours inépuisable pour la compréhension du Saint Coran, et une explication fidèle des lois de la vie. Elle est aussi immortelle que le Coran, car elle lui est liée intimement. Allah a dit en effet :

«… Prenez ce que le Prophète vous apporte, et abstenez-vous de ce qu’il vous interdit…» (Sourate al-Hachr, 59 : 7)

Et :

«Vous avez, dans le Prophète d’Allah, un bel exemple pour celui qui espère en Allah et au Jour dernier…» (Sourate al-Ahzâb, 33 : 21).

Et :

«Si un différend surgit entre vous, portez-le devant Allah et devant le Messager…» (Sourate al-Nisâ’, 4 : 59)

Les Ahl-ul-Bayt et les tenants de leur Ligne ou de leur méthode de traiter du tafsîr, du hadith, du Fiqh et de la Croyance, ont observé scrupuleusement ces directives et ont enduré la prison, l’assassinat, la torture et l’exil pour préserver la Sunnah et l’appliquer à côté du Saint Coran.

La Sunnah a été exposée à toutes sortes de tentatives de déformation : allégations mensongères, falsifications, déviations opérées par des menteurs, de faux Musulmans et des détracteurs de l’Islam, dans le but évident de défigurer ce Message Divin éternel et de dévier la voie de la Ummah.

Les Ahl-ul-Bayt ont toujours joué un rôle d’avant-garde dans la sauvegarde de la Sunnah. Ils l’ont portée et transmise fidèlement et intégralement, et ils ont expliqué son contenu profondément et avec une précision scrupuleuse. Ils ont en outre combattu les hérésies et les égarements et appelé à l’observation du Livre et de la Sunnah et à l’adoption du Livre comme critère de la Sunnah du Prophète, étant donné qu’il est incontestablement reconnu comme étant resté intact, exactement comme l’avait transmis l’Ange Jibrîl au Prophète, et ce conformément à l’affirmation d’Allah :

«Nous avons fait descendre le Rappel ; Nous en sommes les Gardiens.» (Sourate al-Hijr, 15 : 9)

Dans le passage suivant, l’Imam ‘Alî ibn Abî Tâlib met en garde les Musulmans contre les tentations d’attribuer à la Sunnah des avis et des interprétations personnelles qui vont à l’encontre du Livre d’Allah :

«O gens ! Les troubles commencent par des caprices qu’on suit et des statuts qu’on invente et dans lesquels le Livre d’Allah est contredit et des hommes deviennent les maîtres d’autres hommes… Si le faux reste purement faux, il ne peut pas être dissimulé à un homme intelligent, et si le vrai reste pur, il ne suscite pas de différend. Mais lorsqu’on prend une poignée de celui-ci et une poignée de celui-là et qu’on les mélange, alors Satan peut s’emparer des serviteurs d’Allah et seuls “ceux qui ont déjà reçu la très belle Récompense en seront écartés”(168)(169)

Abû Baçîr, l’un des Compagnons de l’Imam al-Çâdiq témoigne :

«Un jour, lorsque j’ai demandé à l’Imam al-Çâdiq : “On nous rapporte parfois des choses que nous ne retrouvons ni dans le Livre d’Allah, ni dans la Sunnah. Pouvons-nous les examiner ?” l’Imam a répondu :

“Non ! Car si tu parvenais à en tirer une conclusion juste tu ne serais pas pour autant récompensé, mais si tu aboutissais à une conclusion erronée, tu aurais menti à Allah -Il est Puissant et Glorifié.”(170)

Et d’ajouter : “Le Prophète a dit : “Toute hérésie est un égarement, et tout égarement conduit à l’Enfer”»

Selon ‘Abdullâh ibn Abî Ya’fûr :

«J’ai demandé à l’Imam al-Çâdiq : “Comment devons-nous nous comporter devant des hadith rapportés parfois par une personne en qui nous avons confiance et parfois par une autre en qui nous n’avons pas confiance ?” L’Imam al-Çâdiq a répondu : “Lorsqu’on vous rapporte un hadith et que vous en trouvez une confirmation dans le Livre d’Allah ou dans la Sunnah, croyez-y. Autrement il faudrait l’attribuer plutôt à celui qui le rapporte.”»(171)

Selon Ayyûb ibn al-Hor :

«J’ai entendu Abû ‘Abdullâh al-Çâdiq dire : ”Tout doit être renvoyé au Livre d’Allah et à la Sunnah. Tout hadith qui ne concorde pas avec le Livre d’Allah n’est que fausseté.”»(172)

Selon Ayyûb ibn Rachîd, Abû ‘Abdullâh Ja’far ibn Muhammad al-Çâdiq a dit :

«Tout hadith qui ne concorde pas avec le Coran est faux.»(173)

Selon l’Imam al-Çâdiq, le Messager d’Allah a dit :

«Quiconque s’attache à ma Sunnah lorsqu’un différend surgit, aura la récompense de cent Martyrs.»(174)

On a demandé un jour à l’Imam ‘Alî :

«Dis-moi ce que sont la Sunnah, l’hérésie, l’unanimité et la division.»

L’Imam ‘Alî a répondu : «La Sunnah c’est ce que le Prophète avait promulgué, et l’hérésie c’est ce qu’on a apporté après lui. L’unanimité ce sont les tenants du Bon Droit même s’ils sont peu nombreux, et la division ce sont les tenants du faux même s’ils sont nombreux.»(175)

Selon l’Imam ‘Alî :

«La Sunnah est en vérité deux Sunnah : une Sunnah obligatoire, dont l’observance s’impose, et une Sunnah non obligatoire, dont l’observance est vertu et l’abandon n’est pas péché.»(176)

Selon l’Imam al-Bâqir :

«Quiconque dépasse la Sunnah doit être renvoyé à la Sunnah.»(177).

Et :

«La Sunnah ne saurait être l’objet d’Analogie(178). Comment pourrait-elle l’être lorsqu’on sait que la femme qui a ses règles doit accomplir ultérieurement le Jeûne manqué alors qu’elle n’a pas à le faire pour la Prière manquée !»(179)

Selon l’Imam al-Çâdiq, citant la chaîne de ses ascendants paternels, l’Imam ‘Alî a dit :

«Il y a derrière tout bon droit une Vérité, et derrière toute chose juste une Lumière. Donc tenez-vous-en à ce qui concorde avec le Livre d’Allah, et négligez ce qui s’oppose à la Sunnah du Messager d’Allah.».

Et :

«Que la Miséricorde d’Allah soit sur un homme qui rapporte les hadith du Messager d’Allah sans mentir, même si cela conduit les gens à s’écarter de lui.»(180)

Selon l’Imam ‘Alî :

«J’ai entendu le Prophète d’Allah dire : “Si on vous rapporte de moi des hadith dont les parties sont parfois concordantes et parfois contradictoires, sachez que leurs parties contradictoires ne sont pas de moi, je ne les ai pas prononcées, même si on vous affirme que je les ai bien dites. Mais si le hadith qui m’est attribué est cohérent dans ses différentes parties, il est de moi, je l’ai prononcé. Celui qui m’a vu après ma mort [en rêve] est pareil à celui qui m’avait vu vivant.

Celui qui rend visite à ma tombe, je serai pour lui un témoin, et je témoignerai pour lui le Jour du Jugement.”»(181)

L’Imam ‘Alî dit un jour à Muhammad ibn Muslim:

«O Muhammad ! Lorsqu’un homme, qu’il soit pieux ou pervers, te relate un récit [hadith] qui concorde avec ce que dit le Coran, crois-y. Et lorsqu’un homme, qu’il soit pieux ou pervers, te relate un récit qui s’oppose à ce que dit le Coran, n’y crois pas.»(182)

Ces affirmations des Ahl-ul-Bayt nous permettent ainsi de comprendre sans ambiguïté quelle est leur conception de la Sunnah du Prophète, quelle est leur méthode d’en traiter, quelle relation ils établissent entre la Sunnah bénie et le Livre d’Allah, quel rôle il lui assignent dans la Législation, la promulgation des Lois, l’édification de la vie sociale et cultuelle de la Ummah.

De cette méthode normative, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :

1- Toute parole, toute attitude et tout rapport attribués au Messager d’Allah doivent être comparés avec le Livre d’Allah, afin d’en vérifier le bien-fondé. Ce faisant, on considère comme faisant partie de la Sunnah tout ce qui se conforme au Livre d’Allah, et on rejette tout ce qui s’y oppose.

2- Le Coran et la Sunnah sont les deux sources de la Législation et de la promulgation des Lois, le critère des statuts, de la conduite et du système de la vie. Nous devons donc examiner tous les jugements jurisprudentiels et tous les concepts doctrinaux à la Lumière du Livre et de la Sunnah : ceux d’entre eux qui s’avèrent être fondés sur le Livre et la Sunnah feront partie de la Char’iah et de la Loi Divine, et nous nous devons de les appliquer et de les vénérer ; et ceux d’entre eux qui s’opposent au Livre et à la Sunnah doivent être considérés comme hérésie, égarement et faux.

3- Il y a une Sunnah prouvée, et il est catégoriquement établi qu’elle est effectivement le fait du Prophète, et qu’elle concorde parfaitement avec le Livre d’Allah. Cette Sunnah-là, nous devons la considérer comme le critère et l’instrument d’examen et de purification des récits et des hadith douteux ou incertains. C’est à la Lumière du Saint Coran et de cette Sunnah que nous pouvons accréditer ou discréditer des hadith à propos desquels nous n’avons pas de certitude.

 

Annotations:

166. Faqîh : Jurisconsulte, Savant religieux.

167. Zayn al-Dîn al-‘Amîlî, “Al-Dirâyah”, p. 113, imprimerie al-Nu’mân, Najâf (Iraq).

168. Sourate al-Anbiyâ’, 21 : 101.

169. Muhammad Bâqir al-Bahbûdî, “Çahîh al-Kâfî”, tome I, p. 8, éd. 1401 h.

170. Ibid., p. 9.

171. Ibid., p. 11.

172. Ibid.

173. Ibid.

174. Al-Tabarsî, “Mach-kât al-Anwâr”, Chap. “Al-Akhth bil-Sunnah”.

175. Ibid.

176. Ibid.

177. Ibid.

178. Analogie (qiyâs) signifie ici une méthode par laquelle certains savants religieux tentent de promulguer des statuts en faisant l’analogie entre une situation nouvelle et une situation comparable passée dont on connaît le statut légal.

179. Ibid.

180. Ibid.

181. Ibid.

182. Al-Tabarsî, “Mach-kât al-Anwâr”, Chap. “Al-Akhth bil-Sunnah”.

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