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SHAFAQNA – Yabiladi | par Solène Paillard : Non loin de la sierra Morena, massif montagneux qui s’étire sur trois régions au sud de l’Espagne, Córdoba, de son nom espagnol, abrite un joyau architectural, à la croisée des chemins du christianisme et de l’islam. La mosquée-cathédrale, ancien temple romain qui devint église, mosquée (786) puis cathédrale (1523), témoigne de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècle, et de la Reconquista qui s’en suivit pour arracher aux musulmans les territoires de la péninsule ibérique qu’ils occupaient alors.

Pour l’Unesco, l’empreinte islamique de cet imposant lieu de culte ne fait aucun doute. Pour le chercheur espagnol Manuel Ocaña non plus. Le premier l’a intégré en 1984 à son patrimoine mondial, voyant là «l’exemple saillant de l’architecture religieuse de l’Islam», d’après El País. Le second a retranscrit les bribes d’une inscription venant couronner le soubassement en marbre du mihrab : «L’imam al-Mustansir – Allah le bénisse – a ordonné (…), après que Allah l’eut aidé dans l’édification de ce mihrab, de le revêtir de marbre, aspirant à une abondante récompense et à un excellent lieu de retour [dans l’au-delà].»

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L’actuel évêque de Cordoue, Demetrio Fernández, s’est pourtant évertué à y voir les mémoires de l’art chrétien, balayant d’un revers de main ceux de l’Islam. «Son art n’est pas musulman (…) mais chrétien-byzantin. Les Maures n’ont fait qu’aligner l’argent», a-t-il pesté auprès du journal catholique Revista 17.

Les experts, quant à eux, y ont vu des observations erronées. «Nous avons entendu beaucoup d’énormités sur cette mosquée. Or, pour en comprendre l’histoire, il faut remonter à toute la culture arabe et islamique qui s’est développée à partir de 711», explique Eduardo Manzano, professeur et chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC), las de ces «tentatives régulières» de l’Eglise de «minimiser la présence islamique» qu’abrita indéniablement la mosquée-cathédrale de Cordoue.

Le mihrab de la mosquée-cathédrale de Cordoue. Wikipédia

Le mihrab de la mosquée-cathédrale de Cordoue. Wikipédia

Abandonner l’unité au profit d’une architecture générique

Signe que les arts arabes et islamiques y ont acquis leur légitimité, les architectes et maîtres d’œuvre de l’édifice se sont inspirés de la Grande mosquée des Omeyyades de Damas, construite entre 706 et 715, indique El País dans l’un des nombreux articles qu’il lui a consacré, et plus largement la presse espagnole, fière de ce qui est aujourd’hui une attraction touristique incontournable en Espagne.

Le quotidien en dit plus sur l’architecture qui caractérise les lieux : «L’Islam met l’accent sur la toute-puissance de Dieu, à qui la puissance de la création est attribuée. Par conséquent, nous devons percevoir l’absence délibérée dans la culture islamique des images créées par l’homme comme un signe de respect envers Dieu. L’extension de ces idées à l’architecture supposait ainsi l’abandon de l’unité et de la singularité, qui caractérisait l’architecture traditionnelle de l’Occident, et l’apparition, en contrepartie, d’une architecture générique et non particularisée.»

La croisée de la cathédrale, sous le dôme. WikipédiaLa croisée de la cathédrale, sous le dôme. Wikipédia

De cet héritage, les touristes espagnols et étrangers profitent sans compter. La mosquée-cathédrale de Cordoue est la mieux conservée de la péninsule ibérique, précise El País, «quasiment la seule qui ait été presque entièrement sauvée de la destruction à laquelle toutes les autres ont été soumises lorsqu’elles ont été transformées en cathédrales».

Les mosaïques de la tradition byzantine, à l’instar de celles du Dôme du Rocher à Jérusalem et de la Grande mosquée des Omeyyades de Damas, ornent de formes arborescentes, végétales et géométriques la qibla et le mihrab d’al-Hakam II, deuxième calife omeyyade de Cordoue. Autant de symboles pour rendre hommage à cette figure historique de la présence des musulmans en Espagne, mais aussi pour immortaliser de longs extraits du Coran dédiés aux principes de l’islam, de la prière et de la doctrine malékite. Comme pour y ancrer, par la même, les origines islamiques des lieux et faire taire les mauvaises langues.

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