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La mosquée As Sounna de Marseille a été fermée le 11 décembre pour six mois © AFP / Boris HORVAT

SHAFAQNA – France Inter | par Olivier Martocq : L’arrêté d’expulsion contre l’imam salafiste algérien El Hadi Doudi soupçonné d’avoir mené des prêches radicaux et haineux, devrait être signé par le ministre de l’intérieur d’ici la fin de la semaine.

La mosquée où il officiait à Marseille, fermée le 11 décembre pour six mois, pourrait en revanche être autorisée à rouvrir avant le début du Ramadan le 15 mai.

La DGSI évoque dans plusieurs rapports la montée du salafisme en France. Les premiers à dénoncer l’intégrisme sont les musulmans eux même.

Direction la porte d’Aix et une agence de voyage spécialisée dans l’organisation des pèlerinages à la Mecque. Elle est dirigée par Abderrahmane Ghoul qui est également Imam et vice-président du Conseil représentatif du culte musulman : “Il n’y a que nous les Musulmans qui savons les conséquences que nous subissions à travers cette tendance, ce radicalisme, malheureusement. On est en train de combattre avec tous nos moyens ce genre de discours, d’idéologie, mais ils sont en train de pousser. Ça prend de l’ampleur. 

À Marseille on est à 20, 25 salles de prière de même tendance.

On est las de jouer le rôle de pompiers. Au secours : Il y a le feu.” explique Abderrahmane Ghoul.”Si on veut faire barrage au Salafisme qui est en train de prendre de l’ampleur, il faut le dire et pas regretter après. Même s’il y a des menaces on est là, on fait face, mais à certain moment on va baisser les bras comme tout le monde et la France aura l’Islam qu’elle aura voulu. 

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Dans ce quartier considéré comme le plus pauvre d’Europe et pourtant proche du centre-ville, la vitrine officielle de cet Islam dur c’était la mosquée As Sounna. Elle est fermée depuis le mois de décembre sur décision préfectorale.

Nous sommes allés à la rencontre de l’un des fidèles qui fréquentait la mosquée As Sounna : “Je suis Salafiste et fier de l’être. Je le crie haut et fort” explique l’homme. “Salafiste c’est quoi ? C’est un mot qui vient de ‘Salaf’, pieu prédécesseur. Les pieux prédécesseurs avaient le meilleur comportement. On ne répond pas au mal par le mal, mais on répond au mal par le bien. Donner un sourire c’est une aumône. Si pour eux Salafiste c’est un terroriste, moi je suis Salafiste mais je suis loin d’être un terroriste. 

Dans les prêches musulmans les mécréants sont des mécréants. Quand on dit mécréant c’est quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. Jamais Dieu ne m’a permis de les tuer.

“Moi je suis croyant et il y a des mécréants. Je les respecte autant que les croyants. Je ne vais pas ni les insulter, ni leur faire du mal et même s’il m’insulte je ne vais pas répondre à son insulte. C’est ça mon Islam !”

Cet Islam radical revendiqué, assumé, s’affiche de plus en plus, notamment dans la rue avec des signes ostentatoires comme le voile, le niqab ou le hidjab portée par les femmes.

On en voit de plus en plus, mais ce ne sont pas forcément des signes d’extrémisme religieux. Nour Benyounes est licenciée en droit et a atteint ce week-end les demi-finales du concours Éloquentia à Marseille. Elle porte le niqab et revendique cette liberté : “Je suis très féministe, je suis musicienne et par rapport au voile je me suis beaucoup questionnée. Moi je considère que c’est une obligation : un vêtement, une soumission à Dieu. Ma religion. Ce n’était pas pour que vous sachiez que je suis Musulmane parce que je m’en fiche et mon interprétation du voile qui me correspond et qui est féministe aussi parce qu’en portant le voile c’est une façon de dire ‘c’est mon corps, il m’appartient et je le montre à qui je veux’. 

À aucun moment je n’ai imaginé que porter le voile ça aurait d’énormes conséquences sur ma vie.

“J’ai voulu faire du bénévolat dans des grandes ONG et e le suis retrouvée avec des refus” explique Nour Benyounes “Je vois la peur dans les yeux de certains, que je ne comprends absolument pas, des regards de haine, des regards méprisants, des insultes voir des crachats. Mais je continue car je refuse de me soumettre à une pression sociale.

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La pression sociale c’est aussi à contrario dans certains quartiers populaires, au sein d’une population jeune. Les signes d’appartenance à la communauté musulmane se multiplient. Je suis travailleur social dans différents quartiers sensible de Marseille. À aucun moment nous n’avons noté une montée de l’intégrisme. Pour moi c’est un phénomène de mode, mais aussi une façon d’exister à travers quelque chose pour ceux jeunes là. C’est un repère. Rentrer dans l’Islam ça ne veut pas dire automatiquement devenir intégriste. C’est retrouver une harmonie en eux-mêmes parce qu’ils se sentent un peu perdus dans ce monde, les adolescents principalement et ça n’arrange pas l’économie souterraine car une montée de l’intégrisme ça ferait venir les forces de l’ordre deux fois plus et ça dérangerait leur travail.”

Les dealers en première ligne face à l’Islam intégriste c’est un des paradoxes des cités marseillaises Nicolas.

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