La laïcité, la liberté et le voile : le débat entre Valls et une féministe musulmane

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SHAFAQNA – Apres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, c’est au tour de Manuel Valls d’être l’invité de L’Emission politique sur France 2, jeudi 5 janvier, deux semaines avant le premier tour de la primaire de gauche. Interpellé par Léa Salamé sur sa « vision rigide » de la laïcité comme « un instrument de domination » contre l’islam, l’ex-Premier ministre a botté en touche, évoquant tout azimut « la montée du communautarisme, du salafisme et des Frères musulmans ».

« La laïcité est un bouclier, c’est ce qui nous rassemble, ce qui permet à la France de vivre ensemble », indique-t-il. Pourtant, c’est en son nom même qu’il fonde ses nombreuses déclarations contre le voile, que Manuel Valls voit comme « un asservissement de la femme ». Un des moments forts de l’émission fut l’échange qui s’est ensuivi peu après entre Manuel Valls et Attika Trabelsi, membre de l’association féministe Lallab. Cette entrepreneure à l’initiative de Fez Online pour mettre à l’honneur l’artisanat marocain a fait part des discriminations vécues par les femmes musulmanes voilées devant un Manuel Valls impassible (vidéo plus bas).

« Ayez conscience que des vies sont brisées »

« En tant que représentant de l’Etat, vous légitimez des discours qui engendrent des violences à mon égard », signale-t-elle. « Ayez conscience, Monsieur, que des rêves sont brisés et des talents français sont gâchés », lui lance, posée, la jeune femme, qui reproche à l’ancien chef du gouvernement l’exclusion de femmes comme elle qui ne se reconnaissent pas dans ses discours sur « LA femme ».

Manuel Valls, qui assume le « problème de conception de la société » et de la liberté avec Attika Trabelsi, se contente de dire son inquiétude d’une « mode du voile revendiqué », porté « comme un étendard politique ». « Vous faites un choix, je le respecte mais, enfin, qu’est-ce que c’est que cette idée que le visage, les cheveux, le corps des femmes seraient impudiques ? », lâche un Manuel Valls qui se décrit « profondément féministe ». Un féminisme qui exclut visiblement les femmes voilées.


Cédric Herrou enfonce le clou

« Quelle société voulez-vous construire ? Une société où l’on impose aux femmes ou une société où les femmes choisissent ? Nous, on se bat au quotidien pour que des femmes choisissent de marcher la tête haute sans crainte d’être jugées, discriminées ou violentées (…) en raison de leur origine ou de leur appartenance religieuse », déclare Attika Trabelsi au nom de Lallab. « Je neveux pas qu’on impose aux femmes dans les quartiers populaires la manière de s’habiller », formule Manuel Valls comme réponse à la fin du débat.

« Le voile n’a jamais blessé personne pour l’instant, tandis que les frontières ont blessé des femmes, des enfants, des familles ; et moi, je les aide comme je peux », a, par la suite, déclaré Cédric Herrou, un agriculteur qui risque la prison pour avoir aidé des migrants. Si Manuel Valls a changé de fusil d’épaule concernant le 49.3 que des frondeurs lui ont « imposé » et qu’il veut désormais supprimer après l’avoir utilisé six fois, il n’en est rien jusqu’à présent sur la question du voile.

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