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SHAFAQNA – Huffpost Maghreb | par Mohamed Khaled Hizem : Honorer les arts d’une civilisation, ce n’est point ignorer certaines de ses œuvres majeures. Consacrer un programme aux plus remarquables jalons, ayant scandé l’histoire de l’architecture religieuse islamique, implique une sélection éclairée, mais aussi et surtout, un choix judicieux des réalisations les plus représentatives dans diverses aires géographiques. Tel ne fut pas le cas du documentaire de Bruno Ulmer « Mosquées : art et espace », produit par ZED et la chaîne culturelle Arte. Diffusé initialement par celle-ci le 15 décembre 2018, ce documentaire de 89 minutes, constituant le premier des quatre épisodes de sa série dédiée aux monuments sacrés, passa étonnamment sous silence un chef-d’œuvre, la Grande Mosquée de Kairouan, et toute une région et non des moindres du monde musulman : le Maghreb.

Ainsi, il est approprié d’analyser les lacunes de ce documentaire, déjà rediffusé à plusieurs reprises par Arte jusqu’à la dernière semaine de janvier, de surcroît programmé sur une autre chaîne TV en ce février 2019, et il est tout aussi pertinent, si ce n’est davantage, de mettre en lumière l’importance de la Grande Mosquée de Kairouan dans l’art et l’architecture islamiques.

En dépit d’une réalisation soignée, des erreurs et des interprétations discutables, accompagnées d’omissions à l’image de la céramique lustrée du IXe siècle 
En examinant les sept exemples du documentaire, le dôme du Rocher à Jérusalem, la mosquée-cathédrale de Cordoue, la mosquée égyptienne d’Ibn Touloun, la Souleimaniyé à Istanbul, les mosquées iraniennes du Shah et du cheikh Lotfallah, et la Jama Masjid à Delhi, plusieurs constats peuvent être établis. Si la réalisation ne manqua pas de soin et de cohérence dans l’ensemble, et si les concepteurs ont visiblement privilégié une approche esthétique et architecturale, ce qui explique l’absence des deux mosquées les plus sacrées, celles de La Mecque et Médine, car totalement transformées depuis la seconde moitié du XXe siècle, on n’a pas pour autant échappé aux coquilles flagrantes et aux interprétations contestables. Ceci se manifesta particulièrement dans le troisième exemple, relatif à la mosquée Ibn Touloun, présentée comme l’incarnation de l’architecture et des arts décoratifs de l’ère abbasside.
Une des erreurs les plus manifestes, consista à faire du Caire la ville dans laquelle Ahmed Ibn Touloun, envoyé par le calife abbasside Al-Mutazz pour gouverner l’Égypte, érigea sa mosquée à partir de 876. Néanmoins, si cette dernière se trouve de nos jours au Caire, ce n’était pas le cas sous Ahmed Ibn Touloun, qui la fit plutôt construire dans sa nouvelle capitale baptisée Al-Qataî. Le Caire ne fut fondé qu’un siècle plus tard, en 969, sous les Fatimides. Ce n’est qu’ultérieurement que la cité fatimide, qui ne cessa de s’accroître, finit par englober la mosquée Ibn Touloun. Non moins critiquable, est l’interprétation donnée à l’art abbasside, où, de manière lapidaire, celui-ci est présenté comme une révolution de l’art musulman axée sur davantage de sobriété, remplaçant la somptueuse mosaïque, d’inspiration byzantine, de l’ère omeyyade par le stuc ouvragé.
Or, ce qui est consternant dans « Mosquées : art et espace », ayant pourtant fait appel à de nombreux historiens et spécialistes, c’est d’occulter une notable facette des arts abbassides, à savoir la céramique lustrée à reflets métalliques. Les carreaux, dont Bagdad et Samarra comptent parmi les principaux centres de production, rivalisent de splendeur avec les mosaïques omeyyades. Leur fabrication s’effectue selon une technique assez complexe. Il s’agit d’apposer sur une glaçure, matière vitreuse cuite au préalable à 950°C, une ornementation peinte, composée d’oxydes métalliques de cuivre et d’argent liés par un mélange d’argile, d’ocre et de vinaigre. Au cours d’une cuisson supplémentaire à 600°C, dans un four privé d’oxygène, ce décor s’intègre au verre de la glaçure. Différents tons et nuances, ainsi que des reflets métalliques dorés, confèrent à cette céramique luxueuse une luminosité incomparable.

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Gros plan sur deux carreaux de céramique lustrée à reflets métalliques dorés....
Gros plan sur deux carreaux de céramique lustrée à reflets métalliques dorés. Datés du IXe siècle, ils sont localisés dans la Grande Mosquée de Kairouan, en Tunisie. Facette précieuse de l’art abbasside, la céramique lustrée ne fut guère mentionnée dans le documentaire « Mosquées : art et espace », diffusé par la chaîne culturelle Arte.
De ce IXe siècle abbasside, rares sont les exemples parvenus jusqu’à nous. Toutefois, le plus important et le plus précieux ensemble de céramiques lustrées à reflets métalliques de cette époque est toujours visible. Il est conservé en Tunisie, dans la Grande Mosquée de Kairouan. Dans l’ouvrage (édition RMN, 2008) de l’exposition “Reflets d’or d’Orient et d’Occident, la céramique lustrée du IXe-XVe siècle”, qui s’est déroulée en avril-septembre 2008 au musée de Cluny à Paris, la valeur considérable du revêtement lustré kairouanais est bien soulignée. Au fond de la salle de prière, 161 carreaux, dont 139 complets et le reste à l’état fragmentaire, embellissent l’arc du mihrab, niche indiquant la direction de La Mecque, et la partie supérieure de son mur. Ces derniers, faisant 211 millimètres de côté et divisés en deux séries, monochrome et polychrome, remontent à 862. C’est sous le règne du sixième souverain de la dynastie des Aghlabides (800-909), Abou Ibrahim Ahmed (856-863), qu’ils furent importés de Mésopotamie, probablement de Samarra, alors capitale de l’empire abbasside (sans écarter une provenance baghdadi), et mis en place dans la Grande Mosquée de Kairouan.
Vue partielle des carreaux lustrés, posés sur la pointe, ornant l'arc du mihrab et la partie...
Vue partielle des carreaux lustrés, posés sur la pointe, ornant l’arc du mihrab et la partie supérieure de son mur, au fond de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan. Datés de 862, ils furent fabriqués en Mésopotamie abbasside, puis importés à kairouan. C’est le sixième souverain aghlabide Abou Ibrahim Ahmed qui fit venir cette céramique luxueuse pour enrichir davantage la décoration de la plus importante mosquée du Maghreb.
Si la céramique lustrée abbasside, pourtant présente dans la Grande Mosquée de Kairouan, fut passée sous silence, elle ne fut pas la seule. L’absence de cette mosquée, joyau d’un Maghreb oublié, ne manque guère d’interpeller.
Premier lieu de culte musulman d’un Maghreb écarté, la Grande Mosquée de Kairouan est un chef-d’œuvre de l’architecture universelle selon l’Unesco
Dans « Mosquées : art et espace », une marginalisation regrettable saute aux yeux, celle de la partie occidentale du monde musulman, en particulier du Maghreb. La mosquée-cathédrale de Cordoue fut le seul exemple mentionné de l’architecture islamique de l’Ouest. Il est à souligner que ce grandiose monument espagnol, dont la salle de prière fut considérablement modifiée au XVIe siècle, et dont le minaret fut enveloppé par le clocher actuel, est un édifice hybride, associant les arts musulmans et chrétiens. Une originalité certes, mais nullement suffisante pour résumer le patrimoine religieux de l’ensemble du monde musulman occidental. Par ailleurs, il n’est guère fortuit de rappeler qu’avant l’Espagne, mais également avant la Turquie et l’Inde, le Maghreb vit l’arrivée de l’Islam dès les années 640, En 669-670, fut érigée sa première ville musulmane Kairouan, ainsi que sa Grande Mosquée, par le général arabe Oqba Ibn Nafi (622-683). Premier sanctuaire de l’Islam en Tunisie et au Maghreb, elle est, par sa date de fondation, antérieure à toutes les mosquées présentées dans ce documentaire. Veut-on nous faire croire que le Maghreb n’a aucune mosquée historique digne d’admiration?
Vue aérienne de la Grande Mosquée de Kairouan. Située au centre de la Tunisie, Kairouan...
Vue aérienne de la Grande Mosquée de Kairouan. Située au centre de la Tunisie, Kairouan présente un tissu historique classé au patrimoine mondial de l’Unesco. La fondation de sa Grande Mosquée, premier lieu de culte musulman au Maghreb, date de 669-670. Reconstruit à plusieurs reprises au VIIIe siècle, le monument a acquis son aspect actuel au IXe siècle, sous le règne de la dynastie des Aghlabides. (800-909). Les différentes restaurations ultérieures n’ont pas affecté cet aspect, et l’édifice compte parmi les œuvres majeures de l’architecture religieuse musulmane.
Si le sanctuaire kairouanais fut initialement bâti durant la seconde moitié du VIIe siècle, son aspect actuel remonte au IXe siècle. Entièrement reconstruit par le troisième souverain aghlabide Ziadet Allah Ier (817-838), il connut d’autres embellissements sous le règne d’Abou Ibrahim Ahmed (856-863), dès lors il prit sa configuration définitive. Vaste édifice marqué tant par l’héritage de la Tunisie préislamique, notamment romain et byzantin, que par les influences omeyyades et abbassides, la Grande Mosquée de Kairouan est considérée, par les spécialistes Georges Marçais (1876-1962), Sir Keppel Archibald Cameron Creswell (1879-1974), Alexandre Lézine (1906-1972), Lucien Golvin (1908-2002) et Oleg Grabar (1929-2011), parmi les jalons majeurs de l’architecture musulmane du haut moyen âge.
L’importance de la Grande Mosquée de Kairouan apparaît également, et de manière éclatante, dans les critères de sélection ayant justifié le classement du centre historique de Kairouan au patrimoine mondial de l’Unesco, en 1988. Parmi ces critères, consultables sur le site de l’Unesco, le premier indique que ce lieu de culte est “l’un des monuments majeurs de l’Islam mais aussi un chef d’œuvre de l’architecture universelle”. Quand au second, il mentionne que “la Grande Mosquée a servi de modèle à plusieurs mosquées maghrébines, particulièrement en ce qui concerne les motifs décoratifs dont elle possède un répertoire unique”.  Précédée par une cour, encadrée de galeries à arcades et partiellement pavée de marbre blanc, sa salle de prière hypostyle, véritable forêt de colonnes, est divisée en dix-sept nefs perpendiculaires au mur du fond (dit de la qibla). Elles sont peuplées d’une pléthore d’arcs légèrement outrepassés et de colonnes, aux fûts et chapiteaux variés, qui rythment, superbement, un espace à l’organisation harmonieuse.

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Vue de la nef axiale de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan. Cette allée...
Vue de la nef axiale de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan. Cette allée longitudinale, plus large et plus haute que les seize autres nefs, mène à la niche du mihrab. Arcs et colonnes scandent ce vaste espace hypostyle.
Auréolée d’un « air de puissante majesté », selon l’historien Paul Sebag (1919-2004), la Grande Mosquée de Kairouan, dont les deux tiers de sa superficie sont occupés par son ample cour intérieure et ses portiques, possède d’autres particularités. Deux chercheurs et universitaires algériens, Kenza Boussora et Said Mazouz, mirent en évidence à travers l’analyse géométrique, dans une étude, publiée par le Nexus Network Journal en 2004, l’usage du nombre d’or (pareillement appelé section dorée ou proportion dorée, il équivaut à 1,618) dans sa conception architecturale. Notons que rares sont les monuments au monde ayant recours au nombre d’or, à l’instar de la pyramide de Khéops en Égypte et du Parthénon à Athènes. Une autre particularité, qui ne manque guère d’attirer l’attention, est visible dans les joyaux d’art musulman que renferme toujours cette mosquée tunisienne.
Un monument abritant des trésors artistiques, dont le plus ancien minbar du monde musulman
Diverses composantes architecturales et ornementales font de la Grande Mosquée de Kairouan un édifice unique en son genre. Son minaret à trois niveaux décroissants possède une allure atypique, et son ancienneté est remarquable ; cette tour n’étant pas postérieure à la première moitié du IXe siècle. Constituant un musée de plus de cinq cents colonnes romaines et byzantines, pourvues d’une variété exceptionnelle de chapiteaux, cette mosquée renferme, dans sa salle de prière, des d’insignes trésors d’art musulman. Outre le magnifique ensemble de céramiques lustrées à reflets métalliques, cité précédemment, un précieux minbar (chaire à prêcher) est l’un des orgueils du prestigieux sanctuaire kairouanais.
Daté de 862, il fut réalisé sous le règne du prince aghlabide Abou Ibrahim Ahmed. Fabriquée en bois de teck, importé du sud-est asiatique, cette chaire à prêcher, en forme d’escalier, mesurant 3,9 mètres de longueur sur 3,3 mètres de hauteur, est incontestablement le plus ancien minbar du monde musulman qui nous soit parvenu. Elle est localisée, au fond de la salle de prière, à droite du mihrab, et sert, jusqu’à présent, à l’imam pour prononcer son sermon lors de la grande prière hebdomadaire du vendredi. Formée d’un assemblage de nombreuses pièces, entièrement sculptées de motifs géométriques, végétaux et floraux, sa décoration révèle diverses influences, parmi lesquelles figure l’empreinte abbasside. Certains panneaux sont magnifiquement ouvragés de pommes de pins, de différents motifs floraux, de grappes pendantes, ainsi que de feuilles de vigne et d’acanthe. Encore une fois, ce chef-d’œuvre d’ébénisterie musulmane fut passé sous silence par le documentaire d’Arte.
Gros plan sur la partie supérieure d'un panneau rectangulaire, exécuté en bois de...
Gros plan sur la partie supérieure d’un panneau rectangulaire, exécuté en bois de teck ouvragé, appartenant au minbar de la Grande Mosquée de Kairouan. Datée de 862, cette chaire à prêcher tunisienne est le plus ancien minbar du monde musulman encore existant. De part et d’autre d’un arbre stylisé, sont gracieusement disposés des fleurons, des pommes de pin, des feuilles et des rinceaux superbement sculptés.
Mis à part le minbar, la niche du mihrab est parée, dans ses deux tiers inférieurs, de vingt-huit splendides panneaux en marbre blanc, dont la sculpture fut réalisée à la même époque, en 862-863. Ceux-ci, mesurant soixante sur quarante centimètres, pour quatre centimètres d’épaisseur, sont répartis en sept registres verticaux à quatre éléments chacun. Les reliefs dessinent des coquilles inscrites dans des arcs en fer à cheval, des fleurons lobés, des tresses, de même que des rinceaux symétriques ou entrecroisés. En plus de la sculpture, d’élégants ajours incrustent plusieurs panneaux. L’ensemble présente une finesse saisissante.
Gros plan sur l'ornementation sculptée de l'un des vingt-huit panneaux, en marbre blanc, de la...
Gros plan sur l’ornementation sculptée de l’un des vingt-huit panneaux, en marbre blanc, de la niche du mihrab, située dans la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan. Outre des rinceaux et des fleurons, une superbe coquille cannelée s’inscrit dans un arc en fer à cheval, dont les écoinçons sont délicatement décorés. Les plaques en marbre du mihrab furent ouvragées à la même période que les panneaux en bois du minbar.
Surplombant le mihrab, une remarquable coupole sur trompes, superposant une base carrée, un tambour octogonal (assurant la transition du plan carré au plan circulaire) et une calotte hémisphérique côtelée, est attribuée à Ziadet Allah Ier . Dans l’histoire de l’architecture musulmane, elle représente le plus ancien exemple connu de ce type de coupole. Outre les arcatures en plein cintre et polylobées, ainsi que les motifs sculptés des niches s’intercalant entre ses fenêtres garnies de claustras, cette coupole aghlabide est agrémentée de quatre trompes cannelées en forme de coquilles. Il est à signaler que tout près du minbar, se trouve un autre joyau de l’art du bois, relevant d’une époque postérieure. Il consiste dans la maqsura, clôture délimitant un espace réservé au souverain et à son entourage. Datée du premier quart du XIe siècle et due au prince ziride Al-Muizz Ibn Badis (1016-1062), elle est enjolivée de sublimes bandeaux calligraphiés de style coufique.

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Vue de la coupole qui surplombe le mihrab, tout au fond de la nef axiale de la salle de prière...
Vue de la coupole qui surplombe le mihrab, tout au fond de la nef axiale de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan. Datée de la première moitié du IXe siècle, elle constitue la plus ancienne coupole sur trompes, ayant trois composantes superposées (carrée, octogonale et circulaire), dans l’histoire de l’architecture musulmane. En dépit d’une certaine sobriété, elle se caractérise par son élégance. Outre la structure tripartite, ses arcatures en plein cintre et polylobées, les cannelures de ses trompes en coquille, ses motifs sculptés, ainsi que ses ouvertures garnies de claustras, en font un ouvrage remarquable.
Gemme singulière de l’art musulman au Maghreb, la Grande Mosquée de Kairouan impressionne autant les fidèles, qu’une multitude d’artistes et écrivains. Il y a plus de cent-trente ans, Guy de Maupassant garda un souvenir vivace de sa découverte du berceau de l’Islam en Tunisie.
Guy de Maupassant fasciné par la Grande Mosquée de Kairouan
Figure marquante de la littérature française de la seconde moitié du XIXe siècle, Guy de Maupassant séjourna en Tunisie entre novembre 1887 et le 5 janvier 1888. C’est le 14 décembre 1887 qu’il arriva le soir à Kairouan, qu’il entreprit d’explorer le lendemain. Dans son ouvrage La vie errante, publié en 1890, il consigna, dans un chapitre (Vers Kairouan), la forte impression que lui produisit la Grande Mosquée de Kairouan. Il en fut tellement ébloui qu’il affirma que, hormis le Mont Saint-Michel, la basilique Saint-Marc de Venise et la chapelle palatine à Palerme, aucun autre monument au monde ne lui procura une émotion aussi inattendue que foudroyante.
L’écrivain français Guy de Maupassant, photographié par Félix Nadar en 1888. Ce cliché le montre durant l’année où il acheva son séjour de deux mois en Tunisie. Son voyage, pendant lequel il découvrit la Grande Mosquée de Kairouan, se termina le 5 janvier 1888.
Émerveillé autant par l’architecture de cette mosquée qu’il considéra « aussi parfaite et aussi magnifique que les plus pures conceptions des plus grands tailleurs de pierre », que par son immensité en notant « devant nous apparaît un temple démesuré », il prit soin de relever les caractéristiques de l’édifice, tout en soulignant ce qui le distingue :  « l’harmonie unique de ce temple bas vient de la proportion et du nombre de ses fûts légers qui portent l’édifice, l’emplissent, le peuplent, le font ce qu’il est, créent sa grâce et sa grandeur. Leur multitude colorée donne à l’œil l’impression de l’illimité, tandis que l’étendue peu élevée de l’édifice donne à l’âme une sensation de pesanteur ». En outre, ayant visité la salle de prière, il ne manqua pas d’exprimer son enthousiasme devant la beauté du minbar et du mihrab : « la chaire aussi, en panneaux curieusement fouillés, donne un effet très heureux, et le mihrab qui indique La Mecque est une admirable niche de marbre sculpté, peint et doré, d’une décoration et d’un style exquis ».
Vue d'ensemble de la Grande Mosquée de Kairouan telle qu'elle apparaissait dans les années...
Vue d’ensemble de la Grande Mosquée de Kairouan telle qu’elle apparaissait dans les années 1880. Cette photographie ancienne met en exergue ce qui fascina Guy de Maupassant dans l’extérieur du monument tunisien. Dotée de vastes proportions, la mosquée était encore plus impressionnante par sa localisation. Située à l’extrémité nord-est de la médina de Kairouan, elle était quasiment isolée à cette époque. Quelque soit la direction, aucun bâtiment n’obstruait la vue de ses extérieurs imposants.
Il est bien aisé de constater que ce que Maupassant décela, dans la Grande Mosquée de Kairouan, échappa visiblement aux maîtres d’œuvre du documentaire d’Arte « Mosquées : art et espace ». Par sa longue histoire et ses spécificités architecturales, auxquelles s’ajoute la place privilégiée qu’elle occupe au sein de la civilisation arabo-musulmane, cette vénérable mosquée tunisienne est un monument incontournable et un pan magistral, extrêmement précieux, du patrimoine artistique de l’humanité.
Ce texte exprime l’opinion de l’écrivain, Shafaqna ni confirme ni refuse le contenu.

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