Kurdistan irakien et formule de Macron

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SHAFAQNA – Lors d’une conversation téléphonique avec le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi le président français, Emmanuel Macron a insisté sur le maintien de l’intégrité territoriale et de la souveraineté irakiennes. Et pourtant, le plan alternatif que Paris propose, c’est la création d’une confédération qui ne manque rien d’un Kurdistan irakien indépendant.

Cité par l’agence de presse iranienne Fars, Macron a qualifié d’« exclu » le référendum sur l’indépendance de la région du Kurdistan irakien.

Le président français a aussi souligné le soutien de Paris à « l’intégrité, la stabilité et la souveraineté de l’Irak », lit-on dans le communiqué publié par le bureau du Premier ministre irakien.

Plutôt dans la journée, le ministre français des AE, Jean Yves Le Drian avait mis en garde contre l’émergence d’un « Kurdistan irakien indépendant ». Cité par Reuters, le ministre affirme qu’une déclaration d’indépendance déstabiliserait « probablement » la région et ajoute : « Bagdad devrait donner aux Kurdes une plus grande autonomie ».

Fresque murale du dessinateur irakien Arkan Al-Bahadly critiquant le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, à Bassora, le 22 septembre 2017. ©AFP
Fresque murale du dessinateur irakien Arkan Al-Bahadly critiquant le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, à Bassora, le 22 septembre 2017. ©AFP

Dans la mesure où la région de Kurdistan irakien jouit déjà d’une très large autonomie avec en filigrane la possibilité de signer des contrats, d’avoir une armée, les commentateurs se demandent le sens de l’appel « au conditionnel “du ministre français :” il ne semble pas opportun aujourd’hui d’avoir l’indépendance… mais “si” une déclaration d’indépendance s’est produite, cela provoquerait de nouvelles crises majeures au Moyen-Orient au moment où Daech est sur le point d’être vaincu en Irak ».

Le « conditionnel » renverrait effectivement au plan de substitution que la France, aidée par les États-Unis et la Grande-Bretagne a proposé à la veille du référendum aux Kurdes d’Irak. Il s’agit d’un texte en 6 points que Paris avait mis en avant pour éviter la tenue du référendum. Il se portait d’ailleurs le garant du texte :

1- Le report du référendum sous la supervision de l’ONU, des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France.

2- Les régions disputées par Bagdad et Erbil (dont la région pétrolifère de Kirkuk, NDLR) resteraient aux mains des Peshmergas et la France et ses partenaires feraient tout pour que ces régions soient annexées par le Kurdistan d’Irak.

3- La France et les grandes puissances superviseraient les négociations Bagdad-Erbil, celles qui devraient décider des recettes pétrolières à partager, des salaires des Peshmergas entre autres.

4- Ce serait le ministère irakien de la Défense qui devrait payer les 100.000 Peshmergahs

5- Bagdad s’engagerait à reconnaître les « droits pétroliers du Kurdistan » et le pétrole de Kirkuk appartiendrait pour le moment à la région du Kurdistan irakien.

6- Les Kurdes participeraient à la gestion des affaires à l’échelle nationale.

Selon les experts, un tel plan qui prépare l’émergence d’une confédération Erbil-Bagdad a tout pour ressembler à une reconnaissance occidentale d’un « Kurdistan irakien indépendant ». La tenue du vote du 25 septembre semble par certains côtés avoir évité le pire qu’aurait été l’acceptation d’un tel plan par Bagdad.

Le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi. ©AFP

Mercredi 27 septembre, le chef du gouvernement irakien a déclaré que Bagdad affrontera fermement les conspirations visant à démembrer son pays, y semer la zizanie et affaiblir la sécurité nationale.

Le gouvernement irakien a jugé illégitime le référendum sur l’indépendance de la région du Kurdistan irakien avant d’annoncer qu’il n’en reconnaîtra jamais les résultats.

 

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