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SHAFAQNA – le Soeil par Sébastien Lévesque : En marge de la commémoration du deuxième anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec, le premier ministre François Legault a suscité la controverse en affirmant qu’il n’y a pas d’islamophobie au Québec. Considérant le contexte dans lequel il a tenu ces propos, il est assez compréhensible que cela ait causé un certain émoi, d’autant plus que certaines personnes réclament actuellement la création d’une journée nationale contre l’islamophobie. Pour autant, je ne suis pas certain que les critiques à son endroit étaient justifiées.

Dans les jours qui ont suivi, monsieur Legault a bien cherché à s’expliquer et à nuancer son propos, précisant qu’il y a bel et bien de l’islamophobie au Québec, mais pas de « culture islamophobe », mais c’était peine perdue. Pourtant, sur ce point, je suis parfaitement d’accord avec notre premier ministre. Bien sûr qu’il y a de l’islamophobie au Québec, personne ne prétend le contraire, mais là n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est est-ce qu’il y a plus d’islamophobie au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord et dans les autres pays occidentaux ? Et à cette question, la réponse est non, résolument non.

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Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est l’islamophobie. À la base, l’islamophobie serait une peur ou une crainte démesurée ou injustifiée de l’islam, mais en pratique on parle plutôt d’une hostilité envers l’islam et les musulmans. Déjà, sur la base de cette définition, force est d’admettre que bien qu’il y ait de l’islamophobie au Québec, cette dernière ne constitue pas un problème endémique. Nous avons évidemment notre lot d’actes islamophobes, tout comme il y a des actes antisémites ou racistes, mais parler d’islamophobie rampante au Québec serait nettement exagéré.

Ce dont il faut se méfier, en revanche, c’est de cette fâcheuse tendance qu’a notre cerveau à faire des amalgames. Car ce que craignent les Québécois, finalement, ce n’est pas l’islam à proprement parler, mais l’islam radical. Il est donc important de démystifier cette religion afin que les gens comprennent la différence entre l’islam modéré et l’islam radical. Le fait qu’un homme musulman porte une barbe ne fait pas automatiquement de lui un radical, voire un terroriste.

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Le fait qu’une femme musulmane porte le voile ne fait pas non plus d’elle une radicale qui serait réfractaire au Québec et à ses valeurs. Au contraire, la grande majorité des musulmans québécois sont des gens « ordinaires », c’est-à-dire des gens qui ne demandent qu’à vivre en paix, comme vous et moi.

Vient alors l’épineuse question de la laïcité et de l’interdiction des signes religieux. Aux yeux de nombreux militants antiracistes, ce débat serait la principale cause de l’islamophobie au Québec. Pire, le simple fait de vouloir interdire les signes religieux, dont le voile, serait raciste et islamophobe. À ce titre, le gouvernement caquiste serait lui-même un peu coupable, puisqu’il projette de légiférer afin d’interdire les signes religieux aux employés de l’État qui se trouvent en situation d’autorité. Je n’ai surtout pas l’intention de refaire ce débat ici, mais à tout le moins, il me semble qu’il faille reconnaître que les raisons pour interdire les signes religieux sont nombreuses et que celles-ci ne reposent pas sur l’islamophobie ou le racisme.

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Dire que les Québécois sont islamophobes est un abus de langage. En fait, si les Québécois ont bel et bien une quelconque « phobie » du genre, je dirais qu’ils sont surtout allergiques aux religions. Les Québécois sont « religiophobes ». Ils n’aiment pas les religions, et plus particulièrement les religions prosélytes, celles qu’on peut voir ou entendre. Pour une majorité de Québécois, la religion est et doit demeurer une affaire strictement privée. Et que l’on soit d’accord ou non, on voit bien que cela n’a pas grand-chose à voir avec l’islamophobie.

Quoi qu’il en soit, l’islamophobie demeure un problème réel qui doit être pris très au sérieux. Pour autant, il ne m’apparaît pas nécessaire de faire passer tous les Québécois pour des intolérants. Car si les Québécois n’aiment pas les religions, ils aiment encore moins la chicane.


Tout ce que vous lisez est l’opinion de l’auteur de cet article et SHAFAQNA ne fait que le publier.

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