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Un fidèle lisant le Coran à la mosquée Ennour au Havre, dans le nord-ouest de la France, durant le Ramadan, mai 2018 (AFP)

SHAFAQNA – Middle East Eye : L’Institut Montaigne, think-tank français, a rendu public, le 9 septembre, des propositions pour lutter contre le fondamentalisme qui « progresse chez les musulmans de France ».

Ces propositions concluent un rapport qui sera remis au président français Emmanuel Macron, intitulé « La fabrique de l’islamisme ».

Une taxe « halal »

Ce rapport et les propositions qu’il porte veut nourrir les réflexions des autorités françaises pour la redéfinition d’un « islam de France ». En juillet dernier, le président Macron a annoncé, devant les parlementaires réunis en congrès à Versailles, la mise en place, dès l’automne 2018, « d’un cadre et de règles » pour l’islam en France.

L’auteur du rapport, Hakim el-Karoui, consultant franco-tunisien qui a également dirigé le rapport de l’Institut Montaigne sur la politique arabe de la France en août 2017, y présente sa mesure phare, déjà évoquée depuis plus de deux ans par ce groupe de réflexion libéral : la création d’une Association musulmane pour l’islam de France (AMIF).

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De gauche à droite : Chems-Eddine Hafiz, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Emmanuel Macron, président français, Anouar Kbibech, président du CFCM, et Ahmet Ogras, vice-président du CFCM (AFP)

« Les musulmans se sont enrichis, contrairement à ce qu’on croit, et ils pratiquent beaucoup », a expliqué Hakim el-Karoui à l’AFP. Il y a donc « de plus en plus d’argent lié à la consommation : le pèlerinage, le halal, le don ».

« La mère de toutes les batailles »

Selon le consultant, « l’idée, c’est de créer une organisation neutre, indépendante des pays d’origine, indépendante de ceux qui tiennent aujourd’hui les mosquées, pour prélever une toute petite somme d’argent sur chaque acte de consommation et réinvestir cette somme d’argent dans le travail théologique, parce que c’est la mère de toutes les batailles ».

Une autre proposition concerne la construction d’un « discours religieux musulman en français, alternatif à celui aujourd’hui dominant sur les réseaux sociaux,le discours salafiste». El-Karoui fait ici le parallèle avec le controversé dispositif britannique Prevent.

« La France doit se doter de moyens et de réseaux importants pour diffuser ce contre-discours. Qui peut le faire ? Les musulmans. Ceux de France et d’Europe, qui doivent se mobiliser, malgré leurs réticences qui sont nombreuses (refus d’être renvoyé à leur identité religieuse, volonté de banaliser leur islamité, fatigue face aux querelles des responsables du culte, crainte des islamistes radicaux, etc.) car la solution viendra d’eux », lit-on dans le chapitre consacré aux propositions.

L’apprentissage de l’arabe

« Il est essentiel de mobiliser le ministère de l’Éducation nationale : former les cadres et les enseignants à la laïcité qu’ils ne connaissent pas toujours. Leur apprendre à interpréter les manifestations de l’extrémisme religieux aussi », avance notamment ce rapport. Toujours dans le domaine de l’éducation, il souligne l’importance de « l’apprentissage de la langue arabe ».

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Sur la radio RTL, Hakim el-Karoui révèle qu’« en vingt ans, le nombre d’élèves qui apprennent l’arabe au collège et au lycée a été divisé par deux », alors qu’« il a été multiplié par dix dans les mosquées ». Pour rappel, en 2016, une violente polémique avait éclaté après les propositions de la ministre de l’Éducation de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, de mieux introduire l’enseignement de l’arabe dans le système scolaire.

Une « coopération religieuse »

L’auteur du rapport encourage par ailleurs à envisager une « coopération religieuse avec le Maghreb et les pays du Golfe [Persique]». « La coopération devrait se pencher, outre le développement d’un contre-discours face aux terroristes et l’organisation du pèlerinage, sur un travail théologique dont l’objectif serait de trouver les bonnes réponses aux concepts salafistes saoudiens qui posent tant de problèmes en France », peut-on lire.

Enfin, la montrée de l’extrémisme, mérite, selon l’auteur de ce rapport, « la mobilisation des institutions [européennes], notamment le Service européen pour l’action extérieure [SEAE], pour faire évoluer leur façon d’aborder la problématique et s’atteler à partager les enseignements et bonnes pratiques de chaque membre. »

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