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SHAFAQNA – Mediapart | par François Burgat : Des « anciens Présidents », des troisième et quatrième République, au «jeune» Président nouveau de la cinquième, la continuité du traitement par la France de la composante musulmane de sa population est aussi avérée que contradictoire. Pour être “intégrés” à la République Française, “ses” musulmans doivent au préalable être amputés d’une part substantielle de leur citoyenneté. Cette stratégie consiste, à entraver, dans quelque domaine que ce soit, extérieur ou domestique, de l’action gouvernementale, toute expression oppositionnelle “musulmane” un tant soit peu institutionnalisée. Alors que cette dimension oppositionnelle de l’appartenance musulmane est absolument indispensable à l’alchimie  de son ”intégration”, la République préfère  promouvoir, pour se substituer aux représentants des tendances profondes de ce segment du corps social, une écume d’individus, choisis pour leur docilité, qui, à défaut d’être des “élus”, acceptent d’être des “promus”. Les stratèges de cette République bancale sont donc prêts à dévoyer pour ce faire les grands principes d’égalité dont ils se réclament. Leur penchant s’inscrit dans la continuité d’une politique née dans le contexte de la colonisation, où la représentation des Français Musulmans a fait l’objet du long continuum de discriminations – de fait comme de droit- que l’on sait.

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A l’examen, le vieux prétexte, régulièrement avancé, de “soustraire les musulmans de France à l’influence des leurs Etats d’origine”, évoqué aujourd’hui une fois de plus, vole en éclat ! Il suffit de constater – hormis dans le cas de la Turquie (dont la part du “marché musulman en France est loin d’être centrale) – l’absolue connivence de Paris avec les capitales maghrébines, pas seulement en matière sécuritaire. Veut-on vraiment soustraire les Français d’origine marocaine à l’influence de leur pays d’origine ? Curieuse façon alors de le faire en confiant, comme l’a fait le président Hollande, la formation de nos Imams aux fonctionnaires d’un “Commandeur des croyants” marocain qui n’est pourtant pas particulièrement réputé pour l’excellence de sa “laïcité à la Française” :-).
Le paradoxe d’une telle façon de faire est qu’elle n’est pas seulement inefficace mais contre productive. Dans quel pays le chef de l’Etat pourrait-il, – après avoir “constaté” qu’aucun de “ses” musulmans n’est capable de former des Imams – déclarer … qu’aucun d’entre eux n’est davantage capable de gérer la fondation qui supervisera telle dimension de leur culte et qu’il doit donc se résoudre à faire appel à un non-musulman !

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En réalité, cette approche nourrit le terreau de cette “radicalisation” ou de ce rejet qu’elle entend prévenir, et donc le mal qu’elle prétend combattre. Combattre le volet français du djihadisme dans ses racines supposerait en fait, d’abord et avant tout, d’identifier les causes sociales et politiques du malaise des musulmans de France et non de se voiler la face à ce propos ou, pire encore, de stigmatiser ceux qui, à l’instar des courageux CRI ou CCIF, les dénoncent. Les mesures les plus immédiates – et les plus faciles à mettre en oeuvre – devraient donc être de laisser très librement les sensibilités oppositionnelles de la communauté musulmane s’exprimer dans la sphère publique. Et de cesser, à cette fin, de faire la promotion sélective de ces fausses élites médiatiques dont l’imam Chalghoumi est la figure archétypique. Car bien sûr, en 2018 comme un siècle plus tôt, il se trouve des voix se réclamant de l’appartenance musulmane pour les formuler et des voix d’experts pour les cautionner. Dans le cas de la nième réforme, dite celle-là “Macron”, la tonalité a ainsi été donnée par deux personnalités dont l’image est à tout le moins… convergente : le premier se prénomme Hakim al-Karaoui. Il a été jusqu’à la dernière minute le conseiller docile du tyran Zin al-Abidin Ben Ali, ce promoteur bien connu de “l’Islam éclairé” dont la répression indiscriminée de ses opposants islamistes a été longtemps l’unique valeur que lui reconnaissait Paris. Et l’autre, Gilles Kepel, abonné de toutes les commissions des “encadrement de l’Islam de France”, est le continuateur zélé de la pensée des néoconservateurs américains.
A quand, enfin, une nouvelle page un peu plus sereine ?

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