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fr.shafaqna - Il faut un discours islamophobe pour gagner les élections
Un graffiti anti-musulman détruit une mosquée chiite au Centre islamique d'Amérique le 23 janvier 2007 à Dearborn, dans le Michigan. (Getty Images)

SHAFAQNA – MEDYA TURK par Fatih Tufekci : Les mesures antiterroristes et anti-radicalisations récemment adoptées dans certains pays de l’UE ont déjà entraîné de graves violations des droits de l’homme, notamment le profilage racial par les forces de l’ordre, des abus de police lors de raids et des restrictions administratives.

Au Royaume-Uni, par exemple, des caméras de surveillance sont placées dans des zones dites «musulmanes» et les travailleurs sociaux doivent dénoncer les comportements «radicaux», souvent définis par une stricte observance et rarement liés à une infraction pénale. En conséquence, de nombreux musulmans innocents sont ciblés principalement sur la base de leur pratique religieuse, aucune preuve ne montrant leur implication dans un acte criminel.

Création de lois spécifiques contre la pratique de l’islam

Ces lois et politiques ont également un impact négatif sur les droits de tous les Européens, qu’il s’agisse de restreindre la liberté d’expression, d’accroître la surveillance ou de cibler les défenseurs des droits de l’homme. En tant que société progressiste, les Européens ne devraient pas les accepter comme dommages collatéraux au nom de la sécurité.

Ils alimentent une suspicion généralisée et une marginalisation des musulmans suite aux attaques terroristes et au contexte migratoire actuel en Europe. Il en va de même pour les discours racistes et stigmatisa, qui représentent les musulmans comme «l’ennemi de l’intérieur», qu’il faut surveiller et contrôler mais tout cela menace les «valeurs européennes» et le «mode de vie européen».

Susciter la peur et la suspicion dans le cœur et l’esprit de la population européenne ne fera qu’engendrer davantage d’insécurité et de violence, au lieu de créer des communautés résilientes et confiantes capables de travailler ensemble pour un avenir meilleur pour tous.

En effet, au lieu de pouvoir participer pleinement à la société européenne, la vie des musulmans est dictée par un sentiment d’insécurité, d’injustice et de peur des représailles.

Pour reprendre les mots d’Amar, soumis à une recherche de maison en France en 2015;

«Nous sommes discriminés à cause de notre religion, si vous êtes barbu, porter un symbole religieux, une robe ou si vous priez dans une mosquée particulière, vous pouvez être considéré comme être «radicalisé» et donc ciblés. Et au contraire, si vous essayez de ne pas trop afficher votre religion, alors ils pensent que vous cachez quelque chose.»

Même les enfants sont criminalisés, entraînant pour eux des expériences traumatisantes. Par exemple, une jeune fille de cinq ans en France était soupçonnée de jeûne et amenée à l’hôpital par huit policiers armés, bien que ses parents et ses médecins aient nié qu’elle jeûne.

Le parlement européen, au lieu de consacrer toute son énergie à l’élaboration de solutions à long terme pour faire face aux conséquences actuelles de la crise socio-économique, a franchi une étape supplémentaire avec la création d’une commission spéciale dédiée au terrorisme.

Les discussions au sein de cette commission illustrent davantage une tendance à réitérer les connotations racistes entre le terrorisme et la population musulmane européenne.

Faire le jeu de l’extrême droite

Il existe une forte tendance dans les politiques et les pratiques européennes et nationales à définir « un terrorisme racial » et la « radicalisation » en ciblant les populations musulmanes, tout en ignorant complètement le terrorisme d’extrême droite et leur radicalisation par exemple.

Cependant, cette menace est réelle et a déjà tué en Europe: les attaques d’extrême droite visant les musulmans et les forces progressistes ont entraîné plusieurs morts et découvertes de parcelles, notamment en France et au Royaume-Uni.

L’approche «d’escalade» selon laquelle une pratique religieuse conservatrice mènerait à un terrorisme violent doit cibler des individus et des familles musulmans innocents, alimenter la suspicion à l’égard de tout musulman pratiquant et générer des réactions violentes de la part de la population. En outre, les mesures discriminatoires alimentent un sentiment d’insécurité, d’injustice et de défiance envers les autorités, ce qui les rend contre-productives à long terme.

Les décideurs de l’UE doivent prendre au sérieux la lutte contre l’islamophobie, qui est devenue un problème majeur pour la société et qui nous concerne tous.

Ils devraient s’attacher à traiter les musulmans comme des êtres humains égaux en droits, soucieux, comme tout un chacun, d’avoir une vie décente et d’assurer la sécurité de leurs familles, au lieu d’essayer de marquer des points avant les élections européennes.

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