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SHAFAQNA – Le Muslim Post : Au moment où le gouvernement lance ses assises territoriales de l’Islam de France et alors que des députés viennent tout juste de se réunir en commission de travail pour plancher sur le sujet, Hakim El Karoui lui aussi s’active. Celui qui se rêve en Monsieur Islam de France fait une nouvelle proposition à l’Elysée. Fin mars, le membre de l’Institut Montaigne aurait envoyé une note d’une vingtaine de pages consultée par Le Monde. L’homme d’affaires, dans ce document, propose au président de la République, dont il est proche, la création d’une « Association musulmane pour l’Islam de France (AMIF) » qui serait « composée et dirigée par des Français de confession musulmane, revendiquant une ‘neutralité’ face aux différents acteurs », indique le quotidien.

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Une énième version du CFCM ? Pas vraiment. Hakim El Karoui se voit bien créer une structure de collecte de fonds qui permettrait de financer les salaires et la formation des imams, les lieux de culte ou encore des actions de lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme. Celui qui avait déjà fait plusieurs propositions parfois loufoques à Emmanuel Macron avant l’élection de ce dernier tire à boulets rouges sur le CFCM, miné selon lui par des rivalités entre pays étrangers qui « importent » leurs problèmes en France. Hakim El Karoui y dénonce également des « conflits d’intérêts » puisque plusieurs membres du CFCM sont impliqués dans le « muslim business », que ce soit dans le halal ou le business du Hajj.

« Les musulmans se font gruger, l’argent est détourné »

Alors, pour réguler tout cela, Hakim El Karoui veut « organiser » l’emploi des fonds engendrés par ces différents business. Avec une sorte de centrale de gestion de la zakat, de l’argent du halal et de celui du pèlerinage. Devant l’opacité des pratiques actuelles, le membre de l’Institut Montaigne propose une « transparence totale » et une « indépendance » totale. Hakim El Karoui assure au Monde que, « aujourd’hui, les fidèles savent qu’ils se font gruger et que de l’argent est détourné. » Pour lui, « il faut assainir le système et mobiliser les musulmans silencieux, car c’est la dynamique de leur intégration qui est mise en cause par la situation actuelle. »

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Et le fondateur du club XXIe siècle imagine une véritable multinationale qui pourrait empocher 60 millions d’euros sur les cinq prochaines années pour ce qui est du halal. Mais est-ce vraiment possible ? Pour Nathalie Goulet, sénatrice et rapporteuse d’une mission d’information sur le financement des lieux de culte musulman il y a deux ans, « on ne peut pas mettre une taxe sur une donnée religieuse, cela est contraire à la loi de 1905. » Mais entre la certification halal et la loi de 1905, plusieurs aménagements ont déjà été réalisés depuis 1994, date à laquelle l’Etat, via Charles Pasqua, a décidé de délivrer des autorisations de certification halal à des mosquées.

Tareq Oubrou dans la short-list des responsables proposés

Outre son rôle de « certificateur des certificateurs », l’AMIF négocierait directement avec l’Arabie Saoudite les quotas de visas pour le Hajj. Une façon, selon Hakim El Karoui, de faire baisser les prix, souvent exorbitants, du Hajj. De quoi, estime-t-il, rapporter 13 millions d’euros par an à l’association. Ajoutez à ceci la zakat, l’aumône obligatoire qui serait ainsi gérer de façon centralisée à la façon du Denier du culte, et vous obtenez une augmentation du budget de l’AMIF de près de 30 millions d’euros. Une façon d’écarter les mosquées, dont certaines restent trop peu transparents sur l’utilisation des fonds récoltés auprès des fidèles.

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Reste à savoir qui pourrait gérer l’association. Et là aussi, Hakim El Karoui a son idée : il propose plusieurs noms de « figures exemplaires, sans conflits d’intérêts » qui pourraient gérer chacune un « collège » (halal, Hajj ou associatif) : Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil ou encore Azzedine Gaci pour l’aspect cultuel. Une sorte de Grand imamat, comme nous l’évoquions il y a plusieurs semaines. Hakim El Karoui veut veiller à « ne pas exclure des personnalités proches de l’UOIF » de façon à avoir une structure consensuelle. Pour Hakim El Karoui, l’Etat doit participer au lancement de l’AMIF, avant que cette dernière devienne indépendante.

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