Fâtima, un chapitre du livre du Message divin (Partie 2)

by egolabi

SHAFAQNA – Ce qui suit, c’est l’introduction au livre intitulé
Fâtima la Resplendissante, une exception cachée, écrite par Imâm Moussa Sadr en 1968, traduite
en français par Dr Julien Pélissier, publiée dans la revue Téhéran, sélectionnée par SHAFAQNA.

Quatrièmement : brève biographie

Fâtima est née cinq ans après le début de la Mission du Prophète béni c’est-à-dire huit ans avant l’Hégire. C’est le dernier enfant du Prophète avec Khadija. Elle est née à La Mecque, dans la demeure de la révélation et du jihâd, dans une atmosphère de patience, de persévérance et d’endurance face aux difficultés. Elle a grandi entourée des sentiments sincères et du pur amour réciproque entre le messager de la miséricorde et Khadija, dont le Prophète n’oubliera jamais les sentiments et la fidélité tout au long de sa vie. Elle émigra après le messager de Dieu depuis La Mecque vers Médine, avec les autres femmes de la famille du Prophète, sous la supervision de ’Ali bin Abi Tâleb. Ils se rassemblèrent dans un seul convoi d’émigrants à la station de Qoba près de Médine. Elle se maria avec ’Ali bin Abi Tâleb la deuxième année de l’Hégire (623 apr. J.-C.), alors qu’il avait vingt-trois ans et qu’elle en avait dix [1] .

Le Prophète a affirmé à ses compagnons que la préférence donnée à ’Ali sur les nombreux prétendants de Fâtima était une recommandation divine et découlait de l’insatisfaction manifestée par Fâtima vis-à-vis de tout autre prétendant que ’Ali. Elle ne fut consentante qu’envers ’Ali, malgré les multiples tentatives des femmes de Médine, qui déconseillaient à Fâtima de l’épouser, arguant de sa pauvreté, de sa participation continue au jihâd et de son intransigeance dans l’obéissance à Dieu. Elle vécut avec ’Ali huit années d’une vie exemplaire, devenue le symbole de la vie de couple, et lui donna Hassan, Hussein, Zaynab et Oumm Koulthoum, et Mohsen qu’elle perdit par une fausse couche suite au décès de son père lors des événements douloureux qui se produisirent à ce moment-là.

Elle décéda quelques mois seulement après son père et est enterrée en un lieu tenu secret, conformément à sa volonté, de même que la cérémonie d’inhumation et le convoi funèbre se firent secrètement, selon son désir. Des indices historiques et des narrations rapportées évoquent l’un des trois emplacements suivants pour sa tombe : le cimetière de Baqi’, son logement aujourd’hui contigu à la tombe du Prophète, enfin le splendide parterre situé entre la niche-mihrab du Prophète et son tombeau, que l’on peut aujourd’hui identifier par des colonnes spécifiques. Quant à son âge, il a atteint dix-huit ans et quelques mois et représente, malgré sa brièveté, un exemple complet et parfait de la vie de la femme, telle que Dieu la souhaite et que sa religion cherche à réaliser. En effet, les enseignements religieux ont besoin de personnes exemplaires qui les incarnent pleinement et en sont une réalisation complète, afin de les extirper d’une idéalisation hypothétique et de retirer aux gens tout faux prétexte une fois confrontés au Tout-Puissant.

Et quand le Messager de Dieu voulut faire une exécration réciproque – consistant à solliciter de Dieu la malédiction sur le menteur parmi une assemblée afin de manifester la véracité d’une partie prenante à une polémique –, cela constitua le dernier recours efficace d’apostolat de la part des prophètes pour faire triompher la religion authentique de Dieu ; il l’ordonna sur la base du verset béni [2] si bien que le grand Prophète dut exhiber les fils, les femmes et les personnes, qui représentent les hommes, les femmes et les enfants de l’islam ; c’est ainsi qu’il choisit ’Ali, Fâtima, ainsi que Hassan et Hossayn, affichant ainsi sa foi dans la vérité et dans le fait que ceux-ci en représentent parfaitement la religion. Ainsi nous revient-il, après cette courte revue biographique, d’étudier brièvement la personnalité de cette femme, Fâtima al-Zahrâ’, qui est l’exemple avéré de la femme musulmane.

À lire aussi : Fâtima, un chapitre du livre du Message divin (partie 1)

Cinquièmement : « la mère de son père »

La jeune Fâtima essaie de participer à la lutte (jihâd) de son père et s’efforce sincèrement de compenser le vide sentimental dû à la perte de ses parents au début de sa vie ; ce vide indisposait le Prophète et se reflétait sur son cœur délicat assoiffé d’amour. Le Prophète avait besoin de l’affection et de l’attention maternelles dans sa vie, dans son entreprise pénible et harassante, dans son affrontement avec un environnement impitoyable ; et il trouvait cela chez Fâtima. L’histoire ne nous rapporte qu’un aperçu de ces attentions maternelles de Fâtima envers le Prophète, mais elle confirme le succès de la tentative de Fâtima pour apporter à Mohammad une plénitude affective et cela l’aida sans doute à supporter les grandes difficultés liées à la prophétie. L’histoire confirme cela en transmettant souvent de sa bouche : « Fâtima est la mère de son père ». Et l’on voit d’ailleurs qu’il se comporte avec Fâtima comme on le ferait avec une mère, lui baisant les mains, la visitant d’emblée une fois arrivée à Médine, commençant ses voyages et périples en allant la voir et en lui faisant ses adieux, comme s’il faisait le plein d’affection pour son voyage auprès de cette source pure. D’un autre côté, on trouve le sentiment paternel du Prophète parfaitement incarné dans sa relation à Fâtima. Quand il fut ordonné aux gens de s’adresser à Mohammad avec l’expression « Messager de Dieu » et que Fâtima se conforma à cet ordre, le Messager de Dieu l’en défendit et lui demanda de l’appeler « père ». Et l’on remarque dans la biographie du saint Prophète qu’il la visitait fréquemment dans ses moments de fatigue et de souffrance, ou quand il était blessé à la guerre, quand il avait faim, dans les moments d’indigence ou pendant la réception d’un invité. Fâtima la mère se présentait à lui, s’occupait de lui, le prenait dans son giron, pansait ses plaies et atténuait ses souffrances ; puis Fâtima la fille se présentait à lui, le servant, lui obéissant et lui préparant ce dont il avait besoin. C’est ainsi que l’on observe son rôle insigne dans la vie du Messager de Dieu.

Sixièmement : l’épouse de ’Ali

’Ali a dit : « Je me rendis (un jour) auprès du Messager de Dieu. Quand il me vit, il sourit et dit : « Quel bon vent t’amène, ô père de Hassan ?! ». Je lui rappelai mon intimité, ma précocité à accepter l’islam, mon appui pour lui et ma lutte (jihâd). Il me dit : « ’Ali ! Tu as dit vrai ! Et tu es encore meilleur que ce que tu viens d’évoquer ! ». Je lui dis alors : « Messager de Dieu ! Marie-moi à Fâtima ! » Il répondit : « ’Ali ! D’autres hommes l’ont évoquée avant toi ; je le lui ai évoqué et j’ai observé le désaccord sur son visage ; mais attends que je revienne vers toi ». Il alla voir Fâtima, laquelle lui prit la tunique, lui retira les sandales, lui apporta de l’eau, lui fit les ablutions de ses mains, lui lava les pieds puis s’assit. Il lui dit alors : « Fâtima ! ». Elle lui répondit : « A ton service ! A ton service ! Que veux-tu, ô Messager de Dieu ? ». Il dit : « De ’Ali bin Abi Tâleb, tu sais très certainement la proximité avec moi, la vertu et la soumission à Dieu. Aussi ai-je demandé à mon Seigneur de te marier à la meilleure de Ses créatures et à celle qu’Il aimait le plus ! Or ’Ali m’a parlé de toi : qu’en penses-tu ? ». Elle se tut sans détourner la tête et il ne vit aucun signe de désaccord sur son visage. Il se leva alors et dit : « Dieu est le plus Grand ! Son silence vaut acquiescement ! »

Puis Gabriel vint à lui et lui dit : « Mohammad ! Marie-la à ’Ali bin Abi Tâleb, car Dieu la lui a consentie et le lui a consenti ! » ’Ali dit : « Le Messager de Dieu me maria (à Fâtima) puis il vint près de moi, me prit par la main et dit : « Lève-toi au nom de Dieu et dis : à la grâce de Dieu et Dieu l’a voulu ainsi et il n’est de pouvoir qu’en Dieu et je m’en remets à Dieu ! » Puis il m’entraina pour me placer auprès d’elle et dit : « Mon Dieu ! Ces deux-là sont Tes deux créatures que j’aime le plus ! Alors aime-les et bénis leur progéniture et place un de tes protecteurs au-dessus d’eux ! Car je les place, eux et leur progéniture, sous ta protection contre le Satan maudit ! C’est avec cette simplicité que se déroula la cérémonie de mariage : ’Ali offrit son bouclier en douaire, qu’il vendit pour équiper la maison ; il acheta du parfum et une tunique à hauteur de sept dirhams, un long voile pour quatre dirhams, du velours noir de Khaybar, un lit cerclé d’osier, deux matelas de jute égyptienne rembourrés l’un avec de la fibre et l’autre avec de la toison de mouton, quatre coussins de cuir rouge de Taëf rembourrés de paille odorante, un châle de laine, un paillasson, une meule manuelle, une casserole en cuivre, une outre en cuir rouge, un vase en bois pour le lait, une carafe à eau, une bassine, une jarre verte et des cruches en terre cuite. C’est ainsi que la maison fut équipée et le douaire perçu.

Fâtima emménagea dans la maison de ’Ali, composée d’une seule pièce qui appartenait à Oumm Salma, l’épouse du Prophète ; ’Ali escalada alors une butte située un peu plus loin et lança l’appel suivant : « Répondez à l’invitation au festin de mariage de Fâtima » ; ce que les gens firent en participant à la joie de la famille du Prophète.

Fâtima commença sa nouvelle vie dans la maison de ’Ali où elle s’acquittait de ses obligations domestiques, moulait le grain, confectionnait la pâte, préparait le pain, alors que ’Ali l’aidait dans les tâches ménagères. Il balayait parfois la maison, trayait la chèvre, ramassait du bois, allait puiser de l’eau. Le Messager de Dieu avait réparti les travaux domestiques entre eux : à ’Ali revenait ce qui se faisait à l’extérieur de la maison et à Fâtima ce qui se faisait à l’intérieur. Elle lui donna des enfants, s’occupa de leur éducation et de leurs besoins jusqu’à tomber malade suite à la somme des choses à faire, car elle était seule à les accomplir, par égard pour la pauvreté et la générosité de ’Ali. ہ la demande de son mari, elle s’adressa au Messager de Dieu : peut-être l’aiderait-il à embaucher une servante à laquelle elle attribuerait certaines tâches. Elle entendit les excuses de son père, qui lui rappela la pauvreté des gens, le grand nombre d’indigents et de compagnons pauvres, sans domicile et n’ayant pas le nécessaire pour se nourrir. Quelque temps plus tard, comme la situation de la Nation s’était améliorée, le Prophète répondit favorablement à la requête en lui envoyant une servante ; elle répartit alors les tâches domestiques entre la servante et elle : à chacune un jour sur deux, sans distinction entre elles. ہ la fin de sa vie, elle résuma d’une phrase son éthique maritale, qu’elle adressa à ’Ali comme une excuse et un adieu : « cousin ! Tu ne m’as jamais connue menteuse ni traîtresse ; et je ne t’ai jamais contrarié depuis que je vis avec toi ! » Elle décéda ensuite rassurée quand elle entendit ’Ali lui dire : « ہ Dieu ne plaise ! Tu connais mieux Dieu, tu es plus bienfaisante, plus pieuse et plus généreuse, et ta crainte de Dieu est bien plus grande que je puisse te reprocher de me contrarier ! Et il me coûte de me séparer de toi ». Voici les textes que j’ai condensés ici et qui me dispensent de plus ample recherche et clarification sur la vie domestique de Fâtima.

 

À Suivre …

Notes:

[1] C’est ce qui ressort des narrations de la famille du Prophète et ce qui se rapproche de la coutume observée à propos du mariage précoce des jeunes filles ; on observe que l’âge de Fâtima à son mariage est de dix ans, selon une narration ; mais selon une seconde narration d’Ibn ’Abbâs, sa naissance remonte à cinq ans avant la mission du Prophète, auquel cas elle aurait eu vingt ans lors de son mariage. Quant à l’étonnement suscité par la grossesse et la naissance d’un enfant à l’âge de Khadija à la fin de sa vie, elle s’explique par la durée exceptionnelle de fécondité de la femme quraychite et nabatéenne, qui se prolonge jusqu’à l’âge de soixante ans, un point connu parmi les jurisconsultes.

[2] Sourate La famille de ’Imrân, verset 61 : “A ceux qui te contredisent à son propos, maintenant que tu en es bien informé, tu n’as qu’à dire : « Venez, appelons nos fils et les vôtres, nos femmes et les vôtres, nos propres personnes et les vôtres, puis proférons exécration réciproque en appelant la malédiction de Dieu sur les menteurs.”

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