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SHAFAQNA – via Raseef 22 | par Khaled Al-Chayer | traduit de l’arabe au français par SHAFAQNA : Moustafa Mousawi a fait une tournée d’une nuit entière autour de la Sainte Mosquée.

Il est venu d’Egypte pour accomplir le pèlerinage “Hadj”, et n’a pas arrêté de se déplacer entre les différentes places du la sainte mosquée de la Mecque, couvert de marbre blanc turc exceptionnel par sa capacité à conserver sa fraicheur même quand la température est très élevée.

Partout où il regardait, il trouvait des bâtiments géants et des hôtels cinq étoiles entourant la Kaaba de tous les côtés, la seule chose que Moussawi ne voyait pas c’était l’histoire et les anciens vestiges de la Mecque que la ville sainte a connues pendant plus de deux mille ans.

Moussawi tout étonné déclara à Rassif 22 : “A l’exception de certaines parties de la galerie historique [ottomane], tout est moderne et luxueux, comme s’il s’agissait d’une zone commerciale de luxe et non d’une région qui a été témoin des débuts de l’Islam”.

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La question de Moussawi, qui n’est qu’une personne parmi plus d’un million d’autres qui ont effectué le Hadj cette année, est la question que se posent tous ceux qui visitent la Mecque pour la première fois : Où sont les anciens vestiges de La Mecque ?

Tout près de lui, il rend visite à Mohammed al-Rashidi, un Koweïtien qui vient au Haram ash-Sharif pour la première fois.

Il marche dans les rues comme s’il cherchait quelque chose qui a disparu. Avant de déclarer à Raseef22 : ” Qu’est que c’est que tout cela ? Où sont les maisons des compagnons du Prophète (p.s.l) ? Et où sont les vestiges de Qoraysh dont on entend parler ? Comme si j’étais à Manhattan, Tokyo ou à Dubaï, tout ici est moderne et luxueux.”

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Il ne reste rien

Malgré l’importance des projets d’expansion de la Sainte Mosquée de la Mecque, qui peut maintenant recevoir plus de 2,5 millions de fidèles au lieu de 1,7 million il y a cinq ans, les projets d’expansion sont vivement critiqués par ceux qui s’intéressent au patrimoine islamique, car ils déforment – d’après leur opinion –  l’histoire de la ville antique.

Et Même si les concepteurs essaient d’utiliser des modèles architecturaux islamiques non réels, selon les spécialistes ; ces derniers ne mesurent pas l’importance de certains lieux importants de La Mecque, comme la maison où le Prophète (p.s.l) était né et il y a vécu, ou même la fameuse maison où les gens se réunissaient appelée “Dar Nadwa”.

Tout a était détruit et les terres sur laquelle ils se trouvaient confisquées de peur d’être transformés en sanctuaires, et sont devenus des lieux qui n’ont rien à voir avec l’histoire islamique.

 

Tentatives tardives

L’Institution chargé des Antiquités et du Tourisme s’efforce de préserver les vestiges de La Mecque grâce à l’initiative Ma’ad visant à promouvoir l’identité de la Mecque et l’entretient des monuments et vestiges historiques, mais il n’y en reste plus beaucoup, surtout après la construction de la tour de l’horloge “Bordj Sa’at” qui est la cause de la destruction de plus de 400 sites historiques et culturels, parmi lesquels certains remontaient leurs constructions à plus de mille ans.

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L’archéologue et historien saoudien, Dr. Ahmed al-Zaylari, révèle qu’aucun reste des ruines n’a été sauvegardé sauf ceux qui sont au-delà des limites du Haram, et qui ne remonte pas à l’époque du Prophète, comme la mosquée d’Al-Bay’at, construite sur l’endroit où les compagnons avaient prêté allégeance au Prophète lors de Bay’at Ar-Radwan.

Mais comme d’autres monuments, il a été rénové sans tenir compte de son identité historique.

Zaylarî déclare à Rassif 22 : “Elle a été restaurée plus d’une fois, mais la restauration était normale, et ne conservait pas son histoire, il y avait des plans pour la détruire puis la reconstruire de nouveaux, comme beaucoup de mosquées historiques, mais heureusement ceci n’a pas eu lieu, et elle conserve encore deux pierres sculptées témoins de l’époque du calife abbasside Abu Ja’far al-Mansour. ”

L’archéologue, membre du Comité Culture, Information, Tourisme et Antiquités du Conseil de la Shoura, confirme qu’il ne reste plus rien des vestiges islamiques qui entouraient le Haram al-Makki.

 

Pas de compromis

On aurait pu conserver l’histoire de la ville sainte tout en la développant en même temps.

Cependant, le développement n’était pas la seule raison de la destruction de ses vestiges, il y avait de raisons religieuses plutôt extrémistes. Comme la crainte que ces endroits, en particulier les mosquées où le Prophète (p.s.l) avait prié, ne deviennent des lieux que les religieux en Arabie Saoudite décrivent comme polythéistes.

Dr Zaylarî a dit : “Ceci est de l’ignorance, de nombreuses mosquées ont été détruite pour cette raison. Il y avait environ 80 mosquées construites sous le règne du calife omeyyade Omar bin Abdul Aziz, qui à chaque endroit où le Prophète avait prié, construisît une mosquée et quiconque vient de l’extérieure les reconnaissent, et y vient pour prier. Mais elles ont étaient toutes recensées puis détruites, sous le prétexte du principe jurisprudentiel ” Sad-ou-daraï’ ” qui consiste à interdire – et donc à détruire – tout ce qui peut être à l’origine de dépravation”.

Certaines mosquées ont survécu à la demolition, notamment les sept mosquées célèbres dans l’entourage du Haram, mais en dépit de leur importance historique, elles sont restées fermées et personne n’y vient.

Il y a beaucoup de monuments et vestiges islamiques qui étaient sujet à de longues controverses parce qu’elles ne représentaient pas des édifices spécifiques. Par exemple, la maison de Sayida Khadija, transformée depuis longtemps en bibliothèque d’Um al-Qura, et qui se situe à l’Est de ” Mas’a ” selon le Dr Zaylaï.

Selon certains dits, la maison a été transformée après en toilettes publiques, mais il n’y a rien qui peut confirmer ces dits. Il rajoute : “effectivement, il existe des toilettes publiques réservées au ” Mas’a ” dans le même endroit, mais il est difficile d’identifier l’endroit exact, peut-être qu’elle était un peu plus au sud.”

Le Dr. Zaylaï a des photos spéciales du fameux cartier historique des “Aghawâtes” qui a été complètement détruit à Médine, il y avait gravées des sculptures sur ses pierres de fondations, appelées “ribat Dhohr”, qui ont aussi été complètement anéanti.

 

Pourquoi les mosquées ont elles étaient détruites ?

“Pourquoi détruire les mosquées ?”, s’interroge le docteur Suhaïla Zine El ‘Abidinne Hammad, professeur de charia et membre de l’association saoudienne des droits de l’homme, affirmant à Rassif 22 que la démolition des vestiges islamiques se faisait non seulement à La Mecque mais aussi à Médine.

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Photo : Vue générale de la ville antique de Médine, terre d’exile du prophète Mohammad (p.s.l) et Abou Bakr, et la première capitale de l’Etat islamique.

Avec un ton fort, elle rajouta : ” Il y a une grande incompétence à préserver les anciens vestiges de l’Islam, la raison primordiale était de ne pas les sacralisés. J’ai déjà donné au Gardien des Deux Saintes Mosquées un rapport d’une recherche, recommandant la préservation du ce qui reste des vestiges, surtout les endroits où le Prophète (p.s.l) avait prié “.

Le Dr. Hammad, expert en patrimoine islamique, poursuit ses propos : ” Même la maison de Sayida Khadija a était malheureusement transformée en toilettes publiques, la tranchée de la ville “Khandaq Al Madina” a totalement disparu, et à la place on y a ouvert un boulevard. Malheureusement les vestiges qui ont une relation avec le Prophète (p.s.l) n’ont pas été conservés, bien qu’ils auraient pu être préservé et les faire entrer dans le projet d’agrandissement, en les assiégeant et en mettant des pancartes indicatives pour les conservés lorsqu’ils feront partis intégrante de la mosquée, plutôt que de les faire disparaitre complètement.

Elle poursuit : “Même à la place de la maison d’Abou Bakr, on a construit un hôtel, et le château fort historique d’Ajyad a était remplacé par une tour commerciale.”

La surprise du Dr Hamada est ; qu’il y a de grands efforts qui sont déployés pour préserver les vestiges non-islamiques tels que les édifices des gens de ‘Ad et de Thamūd, ainsi que d’anciens palais, mais en revanche les vestiges prophétiques ont été un par un complètement effacés.

En ajoutant : ” Les efforts du comité du Tourisme et des Antiquités sont arrivés tard, car même les restaurations effectuées sur les vestiges ne conservent pas leurs identités, mais elles sont refaites à neuf, sans aucune trace de leur antiquité ce qui a caché leur valeur archéologique.

 

Cela n’a rien à voir avec l’histoire

Les vestiges les plus importants sont maintenant sans rapport avec l’histoire. Raseef 22 a observé les sites archéologiques dont jouissait La Mecque avant et qui avaient une grande importance aux yeux des musulmans. Le Dr. Ahmed Zaylaï, le Dr Suhaila Zayn Al Abidinne Hammad, avec l’aide de l’expert en patrimoine islamique, le Dr. Abdul Aziz al-Qassimi et l’archéologue Ahmed Al-Mouwakilli, ont tous participé à la surveillance et l’observation de ces antiquités.

 

La maison de Khadija

La maison où le Saint Prophète (p.s.l) a vécu pendant plus de 28 ans, a reçu la révélation, et a donné naissance à ses quatre filles, était située dans la ruelle d’Al Hidjr à la Mecque, négligée pendant des décennies, avant de devenir une bibliothèque. Mais au fil du temps, la zone environnante était devenue un marché aux bestiaux.

La maison a été soumise à une grande campagne de la part des clercs pour la démolir, craignant qu’elle devienne un sanctuaire polythéiste, et avec l’expansion il a été transformé en toilettes publiques.

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Photo : Le dôme construit sur la tombe de l’épouse du Prophète (p.s.l), Sayida Khadija

 

La maison d’Abou Bakr

La maison où vécut le premier calife al-Rashidi, Abou Bakr, et lieu de naissance d’Aicha, devint l’hôtel cinq étoiles “Hilton Mecca”.

 

Château fort Ajyad

Le château fort antique a été construit en 1780 pour protéger la Mecque des attaques des envahisseurs. Après que la municipalité de La Mecque a décidé de construire la grande tour ” Bordj As-Sa’at ” ainsi que les luxueux hôtels qui l’entourent, une décision a été prise de démolir le château, mais le comité des Antiquités a interféré pour empêcher cela. Alors le château fort a été déplacé à un autre endroit et le travail est toujours en cours pour le reconstruire.

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Photo : Château fort Ajyad avant la démolition et il apparaît derrière la Kaaba en 1889

 

Mosquée de la scission de la lune

L’endroit qui a vu le miracle de la division de la lune on y a construit une mosquée, mais la mosquée a été démolie avec une partie du Mont Abou Qobis pour de récente expansion, et la région c’est transformée en hôtels et marchés pour des marques internationales.

 

Maison d’Al Arqam ben Abi Al Arqam

L’un des plus importants monuments arabes du temps de Jahiliyya puis de l’Islam, c’était le centre de rencontre des compagnons avec le Messager d’Allah (p.s.l), dans lequel Hamza ben Abdul Muttalib et Omar ben Al Khattab ont embrassé l’Islam. Elle était située à gauche du mont Safa, mais comme les autres vestiges elle a été détruite en 1955 par les clercs religieux, sous le règne du roi Sa’oud ben Abdul Aziz et suite aux extensions son emplacement a été annexé à la mosquée sacrée.

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Photo : Maison d’Al Arqam ben Abi Al Arqam

 

Chi’ab Bani ‘Amer

La région d’habitation des Bani Hachem, la tribu du Saint Prophète, l’endroit où ils ont été assiégés pendant trois ans. Chi’ab Bani ‘Amer faisait partis des quartiers qui avait côtoyé l’histoire de La Mecque à cause de sa proximité avec la sainte Kaaba, avec le temps, on y a construit des petits hôtels et des veilles maisons, puis en 2014 tout a été complètement démolie lors de la récente expansion du Haram al-Sharif.

 

Les sept mosquées

Médine était célèbre pour ses sept mosquées historiques, la mosquée Fath, la mosquée Salman Farsi, la mosquée Abou Bakr, la mosquée Omar, la mosquée Fatima, la mosquée Ali et la mosquée Qiblatayn, dont toutes ont été détruites de peur de les transformer en sanctuaires polythéistes, certains parmi ces mosquées sont des endroits où on y a déposé des guichets automatiques

 

Les cimetières des martyrs

Les extrémistes religieux ont pourchassé les tombes des Compagnons du Prophète (p.s.l) sans répit, ils ont décimé une grande partie du cimetière de Mu’alla, où repose en paix Um Al Mouminine Sayida Khadija, ainsi que le cimetière d’Al Baqi’, où est enterré Sayida Fatima et des centaines de compagnons du Prophète (p.s.l), la tombe de Hamzah ben Abd al-Muttalib a était démolie et le cimetière des Martyrs d’Ohod anéanti, ainsi que les deux chemins de Badr et Ohod.

Malgré tout cela, les vestiges n’ont pas toutes étaient complètement détruites, on retrouve encore “Jabel Nour” le Mont de la Lumière, qui est le lieu de la révélation, aussi la sépulture d’Um Al Mouminine Khadija à Ma’alla, l’endroit de la naissance du Saint Prophète (p.s.l) transformé en bibliothèque publique derrière le mont Safa, aussi l’endroit où le prophète Abraham (a.s) à faillit égorger son fils Ismaïl (a.s) tel que cité dans les trois religions célestes.

Le professeur d’histoire islamique, Abdul Aziz al-Qassimi, confirme que ces lieux existent toujours, mais non sous leurs formes originales, après les restaurations, ajoutant : “Ce sont des lieux pas très célèbres, beaucoup de gens ignorent leurs existences, et ceux qui connaissent les visitent secrètement.”

Selon le Dr Al-Qassimi et les experts des antiquités, de nombreux vestiges ont été négligés et délaissé pendant des siècles, et il ne nous reste que les noms sur la carte, ce qui reste, subit une guerre acharnée depuis plus de deux cents ans, pour survivre.

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