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SHAFAQNA – Le Matin : Manger cinq fruits et légumes par jour, pratiquer une activité physique régulière… Et si la prochaine recommandation pour être en bonne santé, c’était d’avoir la foi? De plus en plus de recherches scientifiques prouvent en effet que les croyants se portent mieux que les athées: ils ont moins de pépins médicaux, présentent un état général somatique et psychique plus satisfaisant, guérissent parfois plus vite et, donnée non négligeable, ont une espérance de vie plus longue. Entre 1977 et 1999, une vaste méta-analyse menée par la Duke University, en Caroline du Nord, a ainsi montré que les personnes pieuses vivent en moyenne 29% plus longtemps que les autres. «On retrouve des résultats similaires en Suisse, observe Pierre-Yves Brandt, professeur en psychologie des religions à l’Université de Lausanne. Une étude réalisée dans les cantons de Genève et du Valais a suivi le parcours d’individus âgés de 80 ans et plus. Ceux qui étaient croyants vivaient un peu plus longtemps que les non-croyants.»

Mieux dans leur peau
Une foi sincère qui agit donc comme médicament, fontaine de jouvence ou antidote (provisoire) au trépas. Et toutes les religions auraient de pareils bienfaits. Dans une étude parue en 2012, des chercheurs de l’Université du Missouri affirment que le lien positif entre santé et croyance religieuse se retrouve indifféremment chez les adeptes de cinq grandes doctrines: catholicisme, protestantisme, judaïsme, islam et bouddhisme. Croire en une force supérieure, quelle qu’elle soit, fait de vous le meilleur ami de votre assurance maladie. Mais au-delà du bilan de santé globalement favorable, la croyance influe-t-elle sur des aspects particuliers? «L’effet positif sur la santé mentale est désormais bien documenté», fait remarquer Philippe Huguelet, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève. Des travaux recoupant les données de 850 études internationales ont permis de constater, chez les personnes religieuses, une prévalence plus basse aux troubles dépressifs et anxieux, de même qu’un taux de suicide plus faible. «Et quand des individus se retrouvent atteints de démence, ceux qui, parmi eux, ont la foi, montrent une meilleure évolution que les autres», ajoute-t-il.
L’une des premières raisons pouvant expliquer ces différences est à chercher non pas dans les cieux, mais bien sur terre, dixit Pierre-Yves Brandt: «La religion peut revêtir une dimension psychosociale très importante lorsque la personne se sent intégrée dans une communauté. Non seulement le fait de fréquenter un groupe permet d’éviter les effets négatifs de la solitude sur la santé mentale, mais la certitude qu’il existe un être ou une puissance supérieure à notre écoute permet aussi d’entretenir un lien affectif et émotionnel de proximité. Cette conduite d’attachement tend à apaiser lorsqu’on se sent stressé, menacé. Tout le monde peut remarquer que l’expérience subjective de la douleur est déjà améliorée quand quelqu’un s’occupe de nous.» Par ailleurs, s’appuyer sur un dieu ou sur une vision du monde spécifique donne des repères et un sens. «Cela aide à mieux supporter tous les malheurs et les problèmes qui peuvent surgir au cours de l’existence», poursuit Pierre-Yves Brandt.
Toutes les religions auraient des bienfaits sur la santé physique et psychologique. Photo: Keystone/AP
Une réponse à l’adversité
C’est ce que les chercheurs ont baptisé «coping religieux», c’est-à-dire la faculté à faire face aux difficultés grâce à la religion. «Les doctrines fournissent des réponses clés en main au sentiment possiblement angoissant du chaos et de la finitude, rappelle Philippe Huguelet. De tels systèmes permettent de mieux accepter un drame, une adversité, en leur donnant un sens souvent apaisant. Au fond, s’ils arrivent, c’est que Dieu l’a décidé, que cela ne pouvait de toute façon en être autrement. Les personnes croyantes présentent ainsi, en général, une meilleure résilience aux malheurs de leur vie.» Dans la religion chrétienne, l’importance de la notion de pardon a notamment un rôle apaisant similaire pour contribuer à faire cicatriser l’âme, détaille le médecin. «Après avoir subi une agression ou une quelconque hostilité, pardonner peut aider à passer à autre chose et accepter. Enlever les tensions intérieures accélère la rémission, contrairement à un état de ressassement qui entretient un sentiment de malaise et d’anxiété.»
Un mécanisme assez proche est également à l’œuvre dans le bouddhisme, avec son système de décentrage de soi, de désindividualisation qui contribue à relativiser les problèmes de l’existence. Le philosophe Alexandre Jollien, qui revient d’une retraite bouddhiste, en témoigne. «On y trouve une détente et une confiance étonnantes, alors que les gens présents ont les mêmes soucis que n’importe qui d’autre. De plus, la notion de karma est une invitation à se détacher tout en utilisant la marge de manœuvre dans le présent pour améliorer les choses.» À côté des grands principes qui aident à faire cheminer la pensée sur une voie propice au bien-être, les religions proposent aussi toute une panoplie de comportements encourageant à une bonne hygiène de vie et à une santé préservée. La plupart proscrivent en effet les drogues et le suicide. Ce qui explique pourquoi la prévalence aux addictions graves et aux comportements morbides est un peu plus basse chez les croyants.
Quand bien même elles remontent à des siècles voire à des millénaires, ces prescriptions demeurent souvent importantes chez les croyants. Pas seulement pour la beauté du geste, selon Mallory Schneuwly Purdie, sociologue des religions à l’Université de Fribourg. «On voit que les gens allant vers de nouvelles démarches religieuses tiennent à ces règles et principes, et investissent tout ce qui a trait à la pratique. Ils trouvent sûrement un avantage à pouvoir se reposer ainsi sur des bases solides, à rencontrer une certaine sérénité. C’est intéressant dans notre époque agitée et son contexte de stress.» D’ailleurs, pour ce qui est de combattre les tensions exercées sur nos vies par la société, deux autres aspects de la religion offrent des armes: la prière et la lecture sacrée, dont les effets sont souvent comparés à ceux de la méditation. «Toutes ces pratiques et techniques ont un impact positif qui permet d’alléger la tension mentale, donc de contribuer au bien-être personnel», relève Philippe Huguelet.
Depuis une dizaine d’années, on ne compte plus les études évoquant les bienfaits de la méditation et des pratiques apparentées. Selon des recherches conduites à l’Université canadienne de Calgary, méditer aide à diminuer la sensation de fatigue, améliore l’humeur et lutte contre les symptômes liés au stress. Une étude, menée cette fois à l’Université américaine de Pittsburgh, avance que la méditation favorise une plus grande tolérance à la douleur et restaure la forme physique chez les personnes atteintes notamment de lombalgie. D’autres soulignent ses effets positifs sur le psoriasis, la production d’anticorps ou l’épaisseur du cortex cérébral. Ou encore sur la prévention des troubles cardiovasculaires. Et la méditation, en développant l’intéroception, autrement dit la conscience des sensations physiques, rendrait davantage réceptif aux signaux d’alerte émis par le corps. Donc aiderait à s’enquérir rapidement d’un diagnostic, au lieu de faire l’autruche devant quelques symptômes diffus qui annoncent un plus gros problème dans le futur.
Moins de frais de santé
De quoi, peut-être, expliquer pourquoi, selon une étude québécoise, les adeptes de la méditation ont 14% de frais de santé en moins que les autres. Idem chez ceux qui pratiquent la prière durant les cérémonies. L’ouvrage américain «Handbook of Religion and Health» pointe un taux plus faible d’AVC pour les individus se rendant régulièrement aux cultes. Du coup, on ne peut s’empêcher d’y penser: la religion permet-elle vraiment de soigner comme un médecin, ainsi que les miracles incitent à le penser avec ces rémissions soudaines de maladies incurables et ces paralytiques qui se remettent à marcher à Lourdes? Au-delà des certitudes amenées par la foi, il faut quand même savoir entendre l’avis de la médecine. «Je ne pense pas que la croyance soit à ce point une prophylaxie, juge Philippe Huguelet.
Sur des centaines de milliers de visites à Lourdes, on ne recense que quelques cas de guérison de ce genre. Or cela se tient, statistiquement parlant, car sur 200 000 personnes en phase terminale de cancer, on en trouvera toujours qui en réchappent miraculeusement, sans réelle explication.»

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