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SHAFAQNA – Oumma : Son entrée en matière pour le moins accrocheuse a été immédiatement suivie d’une question brûlante d’actualité : « Qui a dit ça ? », a-t-il interrogé en écrivant la phrase choc sur le tableau noir, tout en scrutant les réactions de sa classe, visiblement ébranlée. Seuls trois doigts se sont levés timidement, alors que l’extrême droite allemande, au retour en force fracassant sur le devant de la scène publique, était dans toutes les têtes et sur toutes les lèvres.

« Il s’agit du très conservateur Horst Seehofer, président de l’Union sociale chrétienne de Bavière et actuel ministre fédéral de l’Intérieur », a fini par révéler Mansur Seddiqzai, en rappelant que ce dernier, farouchement hostile à l’immigration, avait déployé toute son énergie pour saborder de l’intérieur le gouvernement Merkel.

Les relations tendues entre Angela Merkel et son ministre Horst Seehofer

« Que pensez-vous de son rejet affiché de l’islam ? Est-ce juste, est-ce compréhensible ? », a encore questionné cet enseignant passionné et très attaché à ses racines afghanes. Ce pédagogue dans l’âme prend d’autant plus à cœur sa mission auprès de jeunes allemands de confession musulmane qu’ils sont, pour beaucoup d’entre eux, en proie à une troublante confusion des sentiments dans une Allemagne agitée par ses vieux démons.

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Une Allemagne où, en plus des gros titres sensationnalistes et ravageurs des journaux,  il n’est pas rare de voir fleurir, au milieu de certains paysages urbains, des affiches aux relents nauséeux qui exposent aux yeux de tous, et sans la moindre ambiguïté, une islamophobie institutionnelle totalement décomplexée : « Stop à l’islamisation ! », ou encore « Nous ne voulons pas de vous (les musulmans) ici ! ».


Comment, dans un tel contexte délétère, la fierté d’appartenance à la locomotive de l’Europe peut-elle naître et s’épanouir lorsque l’on est, par ailleurs, l’objet même de la détestation nationale ?  C’est à cet épineux problème de société que les « classes de l’islam », à l’image de celle dirigée par Mansur Seddiqzai, mises en place à l’aube des années 2000 et qui se sont multipliées dans plus de 800 écoles publiques (primaires et secondaires), tentent de remédier dans 16 Länders, avec intelligence et en privilégiant un esprit de concorde.

« Quand un Allemand me demande de quel pays je viens, je lui réponds la Turquie », a confié Gulendam Velibasoglu, 17 ans, une élève assidue au cours d’islam de Mansur Seddiqzai, son professeur préféré. Et de poursuivre, en faisant part de son amer constat : « Si je disais que je suis allemande comme eux, ils n’accepteraient pas la réponse. Quoi que je dise, quoi que je fasse, ils me verront toujours comme une étrangère ».

A l’instar de Kerstin Griese, un député du parti social-démocrate de centre-gauche, qui plaide pour « plus d’éducation religieuse à l’école », car selon lui « C’est le seul moyen d’engager un dialogue sur nos propres traditions et valeurs et de les comprendre », une poignée d’hommes politiques allemands appelle à une expansion des classes dédiées à l’islam dans les écoles publiques.

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Ils y voient non seulement des vertus, mais aussi une triple utilité : favoriser l’intégration culturelle des étudiants musulmans, promouvoir une interprétation de l’islam à travers laquelle les valeurs allemandes seront mises à l’honneur, et enfin protéger les jeunes musulmans du « fondamentalisme » ou de la « radicalisation ».

Ce qui ne va pas sans s’attirer les foudres des grands pourfendeurs de l’islam, qui ripostent en poussant des cris d’orfraie : « l’islam n’a pas sa place dans les écoles publiques allemandes », vocifèrent-ils à toutes les tribunes et sur tous les plateaux de télévision.

Pendant ce temps-là, à Dortmund, Mansur Seddiqzai, plus que jamais conforté dans le bien-fondé de sa démarche éducative, continue de poser ses questions percutantes et pertinentes à ses élèves musulmans. Ceux-ci, bien que parfois poussés dans leurs retranchements par leur professeur, mais toujours à bon escient, ne manqueraient pour rien au monde ses cours sur l’islam.

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