Débat sur l’islamophobie contemporaine (partie 3)

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SHAFAQNA – IHRC | par Ramón Grosfoguel:

L’Islamophobie comme forme de racisme épistémique

L’occidentalisme a créé le privilège épistémique et la politique d’identité hégémonique à partir desquels il a été possible de produire des connaissances sur l’ « Autre » et de le juger. Au XVIIème siècle, avec l’égo-politique de la connaissance de René Descartes, les hommes occidentaux prirent la place d’un Dieu qui avait cessé d’être la source de toute connaissance. Cette égo-politique est la base de la philosophie occidentale moderne. Cependant, comme nous le rappelle le philosophe latino-américain de la libération Enrique Dussel (1994), l’ego cogito de Descartes (« je pense donc je suis ») survint après 150 ans d’ego conquiro (« je conquiers donc je suis »). La perspective de l’œil de Dieu » qu’introduisit Descartes permit de transférer les attributs du Dieu chrétien aux hommes (terme qui ici désigne le genre) occidentaux. Ce processus ne pouvait se déployer qu’à partir d’un « être impérial », c’est à dire de la subjectivité et de l’existence de quelqu’un qui se trouvait au centre du monde qu’il l’avait conquis.

Le mythe de l’homme occidental capable de produire un savoir universel déconnecté de toute temporalité et de toute spatialité fonde le projet impérialiste/global. Avec l’ego-politique cartésienne de la connaissance commença ce que le philosophe colombien Santiago Castro Gomez a appelé « la perspective du point zéro ». La perspective du point zéro, c’est le mythe occidental d’une absence de point de vue. En réalité, c’est un point de vue qui ne s’assume pas comme tel. Cela a permis aux hommes occidentaux de prétendre que leur savoir était universel, neutre et objectif. Des auteurs contemporains tel que Samuel Huntington (1997) combinent le vieil occidentalisme et l’orientalisme. Chez ces auteurs, la question de la supériorité de l’Occident et du privilège épistémique de la politique identitaire occidentale, qui permet justement de juger l’« Autre », reste impensée.

Mais, dira-t-on, en quoi ce débat épistémologique concerne-t-il l’islamophobie ? Nous répondrons que c’est à l’aide de politiques de l’identité hégémonique et de privilèges épistémiques euro-centriques qu’il devient possible de subordonner et inférioriser les autres épistémologies et cosmologies. On les réduit alors à de simples mythes, religions, folklores ou cultures ; on dévalorise toutes les connaissances qui ne procèdent pas de l’Occident. C’est précisément dans cette configuration hégémonique que les penseurs occidentaux « orientalisent » l’Islam. L’identité politique occidentale conduit au racisme épistémologique. Il prend la forme d’une infériorisation et d’une subalternisation du savoir non occidental. Quant au privilège épistémique occidental, il aboutit à l’orientalisme, à la classification et « chosification » de l’« Autre ».

À lire aussi : Débat sur l’islamophobie contemporaine (partie 2)

La subalternisation et l’infériorisation de l’Islam ne visent pas seulement la spiritualité mais aussi l’épistémologie. Les penseurs musulmans sont considérés comme inférieurs aux penseurs occidentaux/chrétiens. La supériorité de l’épistémologie occidentale donne autorité à l’Occident pour construire arbitrairement une image d’un « l’Autre » musulman figé dans le temps. Par conséquent, les individus de confession musulmane et leur culture sont infériorisés. Le racisme épistémologique conduit à une « orientalisation » de l’Islam, ce qui dispense les Occidentaux d’écouter les penseurs musulmans et leurs critiques des projets globaux/impériaux de l’Occident. Ce point est crucial, car l’islamophobie en tant que forme de racisme n’est pas exclusivement limitée à sa phénoménologie sociale ; elle se constate aussi au niveau de l’épistémologie : on parle donc de racisme épistémologique.

La pensée provenant des zones non-occidentales est déconsidérée et, lorsqu’on lui prête un peu d’intérêt, c’est seulement pour la décrire comme « non civilisée », « primitive », « barbare » et « arriérée ». A l’heure actuelle, le racisme épistémologique permet à l’Occident de décider unilatéralement de ce qui est préférable pour les Musulmans et bloque toute possibilité d’un véritable dialogue interculturel. L’islamophobie est une forme de racisme exercée à l’encontre des Musulmans qui ne se manifeste pas uniquement sur le marché du travail, dans l’éducation, dans la sphère publique, dans la guerre globale contre le terrorisme ou dans l’économie mondiale : elle est présente également sur le champ de bataille épistémologique lorsqu’il s’agit de définir les priorités du monde d’aujourd’hui.

Des événements comme les attaques du 11 septembre sur le territoire américain, les émeutes dans les banlieues françaises en novembre 2005, la xénophobie à l’égard des immigrants, les manifestations contre les caricatures danoises du Prophète Mahomet, les attentats dans le métro de Londres, le triomphe du Hamas aux élections palestiniennes, la résistance du Hezbollah à l’invasion israélienne du Liban, les attentats dans des trains de banlieue en Espagne (11-M) et le conflit à propos de l’énergie nucléaire de l’Iran sont autant d’événements retraduits en des termes islamophobes dans l’espace public occidental. Les politiciens occidentaux (à l’exception de Zapatero en Espagne) ainsi que les grands médias de communication ont joué un rôle actif dans la montée en puissance des réactions islamophobes.

Le racisme épistémologique contribue par conséquent à légitimer un ensemble d’experts, de conseillers, de spécialistes, de professeurs et de théologiens qui parlent continuellement de l’islam et des Musulmans malgré leur ignorance du sujet, et laissent s’exprimer leurs préjugés islamophobes. Cette batterie d’intellectuels perpétue la pensée orientaliste qui infériorise l’Islam et les Musulmans depuis le XVIème siècle en Espagne (Perceval 1992) et le XVIIIème en France et en Angleterre (Saïd, 1979). Cela perpétue d’une certaine manière l’arrogance avec laquelle les Occidentaux ont négligé et continuent de négliger les penseurs musulmans. Le racisme et le sexisme épistémiques sont les formes de racisme et de sexisme les plus occultées au sein du « système mondial capitaliste/patriarcal moderne/colonial occidentalisé/christianisé » dans lequel nous vivons (Grosfoguel, 2008). Actuellement, les racismes et sexismes sociaux, politiques et économiques, sont beaucoup plus visibles et reconnus que le racisme/sexisme épistémique. Et pourtant, le racisme épistémique est la base de tout racisme, c’est-à-dire qu’il s’agit de sa version la plus ancienne puisqu’elle favorise l’infériorisation des « non-occidentaux », leur relégation au rang des « non-humains » ou « sous-humains » au nom de leur supposée moindre intelligence et de leur manque de rationalité. Ce racisme épistémique s’exerce à travers les privilèges d’une politique essentialiste (« identitaire ») des élites masculines « occidentales » : à savoir, une tradition philosophique occidentale et une théorie sociale qui n’incluent que trop rarement les femmes « occidentales », et excluent catégoriquement les philosophes (hommes ou femmes) et les scientifiques qui ne sont pas Occidentaux. Ces modes de pensée attribuent au seul Occident la capacité de produire un savoir universel », « rationnel » et « vrai ». Parce qu’il est lié au patriarcat judéo-chrétien et au sexisme épistémique qui l’accompagne (ce qui confère au savoir masculin « occidental » sa supériorité dans le monde actuel) le racisme/sexisme épistémique conçoit le savoir « non-occidental » comme inférieur.

Si on prend l’exemple des penseurs dominants dans les disciplines académiques occidentales, on constate qu’il s’agit presque toujours d’auteurs masculins « occidentaux » européens ou nord-américains. Grâce au discours « d’objectivité » et de « neutralité » qui s’enracine de « l’ego politique du savoir » cartésien, cette « politique identitaire » s’est tellement normalisée que la position de l’émetteur du discours à l’intérieur du rapport de pouvoir est rendue invisible. De ce fait, attribuer l’essentialisme ou les politiques identitaires aux seules minorités racisées semble relever du bon sens. Certes, il existe bien des « politiques identitaires » essentialistes chez certaines minorités racisées, mais l’idée que toutes les minorités racisées ne peuvent produire que ce type de discours s’est répandue grâce à la propagande d’une autre politique identitaire, celle du discours masculin euro-centré, qui est hégémonique. Et cela permet de discréditer d’avance toute critique provenant des épistémologies et cosmologies des groupes opprimés de tradition « non-occidentale » (Maldonado, 2008). Le monde académique occidental croit toujours à l’objectivité, à la scientificité des raisonnements, à la « neutralité » (qui cache, en fait, son lieu d’énonciation). De la sorte, on ne sait pas qui parle, ni à partir de quelle corpo-politique de la connaissance. Et on ne peut pas voir la géopolitique de la connaissance qui sous-tend les rapports de pouvoir dans le monde. Le mythe de « l’ego-politique du savoir » – toujours ancré dans un corps masculin « occidental » – et la géopolitique du savoir euro-centrée permettent d’écarter les voix et les pensées critiques provenant d’individus et de groupes infériorisés. Si l’épistémologie a une couleur – comme le signale le philosophe africain Emmanuel Chukwudi Eze (1997) – ainsi qu’un genre/couleur – comme le soutient la sociologue afro-américaine Patrica Hills Collins (1991) – alors, l’épistémologie euro-centrique qui domine les sciences sociales possède bel et bien une couleur et un genre. La conviction des hommes occidentaux que leur épistémologie est supérieure aux autres constitue le fondement du racisme/sexisme épistémique depuis qu’existe le système-monde.

Le privilège épistémique occidental commence avec la destruction d’Al-Andalus par la monarchie catholique espagnole et l’expansion coloniale européenne du XVIème siècle. Depuis, il s’est normalisé et a connu diverses étapes : redéfinir le monde et le renommer sur la base d’une cosmogonie chrétienne (par exemple, employer des termes comme « Europe », « Afrique », « Asie » et plus tardivement « Amérique »), caractériser n’importe quel savoir « non-chrétien » comme émanant de forces païennes/diaboliques, et affirmer que seule la tradition gréco-romaine, la Renaissance, l’Illustration et les sciences sociales occidentales, ont pu atteindre la « vérité » et « l’universalité ». La politique identitaire hégémonique occidentale s’est transformée en un « savoir universel » qui est finalement devenu la norme. De cette façon, toutes les « autres » traditions de pensée ont été infériorisées (taxées de « barbares » au XVIème siècle, on les a trouvées « primitives » au XIXème siècle, puis « sous-développées » durant le XXème siècle et enfin « antidémocratiques » au début du XXIème siècle).

Ainsi, depuis l’émergence des « sciences sociales libérales occidentales » au XIXème siècle, le racisme et le sexisme épistémiques sont constitutifs des disciplines et de la production de savoir. Les sciences sociales occidentales pointent l’infériorité, la partialité et le manque d’objectivité des savoirs « non-occidentaux », ce qui permet au savoir occidental de préserver son statut de supériorité. Il s’ensuit que la théorie sociale occidentale s’appuie sur l’expérience historico-sociale de cinq pays (France, Angleterre, Allemagne, Italie et EEUU), qui représentent à peine 12% de la population mondiale. Les théoriciens qui ont élaboré les canons en vigueur dans ces disciplines proviennent essentiellement de ces cinq pays. Le provincialisme de la théorie sociale occidentale l’amène à considérer normal que l’expérience socio-historique des 88% du reste de la population mondiale soit théorisée par des hommes provenant de ces cinq pays. Si, en plus de cela, on tient compte du fait que la théorie sociale de ces cinq pays est masculine, qu’elle ignore les contributions féminines, on comprend alors que l’écart est plus important qu’on ne l’imaginait : ces penseurs représentent en fait 6% de la population mondiale.

À lire aussi : Débat sur l’islamophobie contemporaine (partie 1)

Contre cette « politique identitaire » hégémonique qui a toujours privilégié la beauté, le savoir, les connaissances, les traditions, les spiritualités et cosmologies masculines, chrétiennes et occidentales, les sujets infériorisés et subalternisés ont développé leurs propres « politiques identitaires ». Ce processus est nécessaire puisqu’il leur permet de s’affirmer et de se valoriser dans un monde raciste/sexiste qui les rabaisse et nie leur humanité. Toutefois, l’affirmation identitaire possède ses propres limites puisqu’elle peut amener à adopter des raisonnements fondamentalistes qui ne font qu’inverser le dualisme de la tradition hégémonique. Par exemple, affirmer que les groupes ethno-raciaux non-occidentaux subalternes sont supérieurs et que les groupes dominants ethno-raciaux occidentaux sont inférieurs, conduit simplement à inverser les termes du racisme occidental hégémonique sans résoudre le problème de fond : le racisme qui infériorise certains êtres humains et magnifie d’autres êtres humains à partir de critères culturels ou biologiques (Grosfoguel, 2003). Avec de tels raisonnements, on n’ébranle pas le dualisme de la pensée euro-centrique, bien au contraire. Il est simplement reproduit mais de manière inversée. Un autre exemple assez révélateur consiste à accepter (comme le font certains fondamentalistes islamiques et afro-centriques) les discours euro-centriques fondamentalistes hégémoniques, en considérant que la démocratie serait naturellement inhérente à la tradition européenne, tandis que les « Autres » (non-européens) seraient naturellement enclins à privilégier les régimes autoritaires, ce qui revient à nier l’existence de discours démocratiques et de formes de démocratie institutionnelles non occidentales (différents bien évidemment de la démocratie libérale occidentale). Tous les fondamentalistes du Tiers Monde reproduisent le postulat mensonger qui est celui du fondamentaliste euro-centrique lorsqu’ils affirment que l’unique modèle de démocratie est celui de l’Occident. Ils acceptent ainsi l’idée selon laquelle la démocratie n’est pas applicable à leur « culture » et à leurs « sociétés », ce qui les amène à soutenir des formes monarchiques, autoritaires ou dictatoriales d’autorité politique. On constate donc qu’il s’agit d’une simple inversion de l’essentialisme euro-centrique. On retrouve le postulat en vertu duquel la « démocratie » serait inhérente à l’Occident alors les formes « non-démocratiques », « non-occidentales » seraient quant à elle propres aux pays non-occidentaux. Les « divisions » qui résultent de ces politiques identitaires favorisent une reproduction inversée de l’essentialisme et du fondamentalisme propre au discours euro-centrique hégémonique.

Si on définit le fondamentalisme comme un ensemble de perspectives tendant à affirmer que l’épistémologie et la cosmologie dont il est porteur sont supérieures et sont donc les seules porteuses de vérité, l’eurocentrisme peut à juste titre être présenté comme le fondamentalisme contemporain le plus important. Les fondamentalistes tiers-mondistes (afro-centriques, islamiques, indigènes, etc.) qui ont émergé en réponse à l’eurocentrisme hégémonique et qui bénéficient d’une visibilité énorme grâce aux médias « occidentaux », ne sont en réalité que de pâles copies du fondamentalisme euro-centrique : ils reproduisent en réalité les hiérarchies raciales, binaires et essentialistes de ce dernier (Grosfoguel, 2009). Ainsi, on ne lira jamais dans un journal occidental : « Le fondamentalisme euro-centrique et son terrorisme d’État ont assassiné plus d’un million de civils en Iraq ». En somme, une des conséquences politiques des tensions épistémologiques autour de l’Islam politique – notamment sur la définition de « démocratie » – et sur la prétendue « guerre contre le terrorisme » qui est menée, est précisément l’omniprésence du « racisme/sexisme épistémique ». Lorsque ce racisme/sexisme épistémique infériorise les épistémologies et les cosmologies « non-occidentales », il finit toujours par disqualifier l’homme « non-occidental », considéré comme étant incapable de développer ces droits. Cette conception tourne autour de l’idée essentialiste selon laquelle le bon sens et la philosophie résident en « Occident », tandis que la pensée non-rationnelle caractérise tout le « reste » de la planète.

 

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