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SHAFAQNA – via Raseef22 | par Walid Badrân |traduit de l’arabe au français par SHAFAQNA : Le 4 avril 970, le leader fatimide Jawhar al-Saqalï a commencé la construction de la mosquée Al-Azhar en Egypte, et l’histoire de cette mosquée, qui a plus de mille ans, a souvent été mise en évidence sur différentes périodes, même si dans les premiers temps, elle n’avait pas reçu l’attention qu’elle méritait. Alors qu’en est-il d’Al-Azhar Fatimide ? Et qu’en est-il de ses plus éminentes personnalités de cette époque ?

Dans son livre “Le rôle d’Al-Azhar dans la politique égyptienne” publié par Dar Al-Hilal, le Dr Saïd Ismaïl Ali dit : après l’entrée de l’armée fatimide en Egypte sous le commandement de Jawhar al-Saqalï et l’établissement de la nouvelle capitale le Caire, il a entrepris de construire une mosquée en avril 970, qui a duré deux ans et trois mois.

Cette mosquée s’appelait à l’origine la mosquée du Caire, et personne ne sait exactement quand est-ce qu’elle a pris le nom d’Al-Azhar, les historiens divergent sur la raison de cette désignation. Alors que certains historiens attribuent la raison du nom à Fatima Zahra, fille du prophète Mohammad (p.s.l), d’autres disent que la mosquée a été construite dans une région nommée “Al Qossors Az-Zahira” [les palais éblouissants], d’où le nom de la mosquée.

 

Propagande doctrinale et politique

Le Dr Saïd Ismail Ali dit dans son livre cité précédemment, que le but de l’établissement d’Al-Azhar était claire, l’état Fatimide représentait l’état de l’Imamat Chiite Ismaélite, et Al-Azhar était la première mosquée établie par les Chiites en Egypte. Ainsi, l’établissement d’Al-Azhar était le symbole de la souveraineté d’un nouvel appel religieux, comme le Caire conquit, était le symbole du triomphalisme du nouvel état. Puis l’éducation à Al Azhar avait commencé chiite.

Il ajoute que les Fatimides ont fait d’Al-Azhar le centre de leur propagande politique. Ainsi la présidence pour la propagande au courant ismaélite à l’époque fatimide a été confiée à un haut fonctionnaire qui a été surnommé “Da’ï dou’ate”, il subordonnait “Qadi Qodhate” et avaient le même uniforme, et les deux postes étaient souvent assignés à un seul homme.

“Da’ï dou’ate” tenait souvent des séances et donnait des conférences pour les hommes, il tenait aussi des séances spéciales pour les femmes appelées séances de Da’wa, où elles recevaient les principes dogmatiques de l’école chiite Ismaélite.

 

Centre des événements

Le principe de l’Imamat était l’idée axiale de la propagande Fatimides, au point que Al Mou’ize lidinillah insistait sur le fait de diriger lui-même la prière du vendredi et de l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha à Al-Azhar. Et il prêchait dans cette mosquée à l’occasion du mois de Ramadan et des fêtes.

Al Azhar à l’époque des Fatimides n’était pas seulement une mosquée et une université, mais un centre pour différents évènements et occasions officielles.

C’était le centre du mohtasab, le troisième plus important poste religieux après Qadhi Qodhat et le chef des prédicateurs Da’ï Dou’ates, et sa tache consistait dans la promotion de la vertu et la prévention du vice sur la base de Hesba.

C’était aussi le centre de la célébration officielle de la naissance du Prophète, le douzième du mois de Rabï’ Awal, le juge se rend à la mosquée Al-Azhar accompagnée de porteurs de plateaux de gâteaux préparés dans le palais du calife, pour être distribuer aux personnes présentes dans la mosquée comme Qadhi Qodhat et Da’ï Dou’ates et les réciteurs du Coran qui se rendront plus tard au palais du califat.

Les nuits illuminées, saison qui précède le premier et le milieu du mois de Charban et Ramadan, est la période la plus caractérisée de l’Etat Fatimide, où toutes les mosquées sont illuminées après le coucher du soleil, le Caire était comme vêtu d’une robe de lumières et les gens sortaient à la mosquée d’Al-Azhar, dont les bords étaient éclairés par des torches. Et dans sa cour était tenu un séminaire plein de Juges et d’érudits présidé par Qadhi Qodhat.

Le peuple égyptien accueillait ces saisons avec joie et plaisir, à l’exception du jour d’Achoura, qui était considéré comme un jour d’affliction et de tristesse dans lequel les activités des marchés sont interrompues et les vocalistes sortaient à Al-Azhar pour citer les chants dans la complainte d’Hussein. Le même jour, une nappe appelée nappe de deuil se tenait dans un simple hall où l’on servait du pain, des lentilles et du fromage, et le calife aussi assistait à cette nappe en étant voilé et portant des vêtements sombres.

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Al-Azhar et Dar al-Hikma

Dr. Saïd Ismail Ali dit qu’il semble que yacoub ben Kels, ministre d’Al-Mu’iz Lidinillah puis celui de son fils Al Aziz après lui, a été le premier à considérer la mosquée d’Al-Azhar comme le berceau des études stables et organisées. En 988, Ibn Kels demanda l’autorisation au calife Al-Aziz Billah, de nommer un groupe de jurisconsultes afin de donner des cours et assister à ses séances et l’accompagneraient et tiendraient leurs propres séances à Al-Azhar chaque vendredi après la prière et jusqu’al ‘Asr.

Le nombre de ces jurisconsultes était de 37 et leur chef était Abou Yacoub. Al Aziz leur avait instauré des allocations mensuelles et établi une résidence à côté d’Al-Azhar, où l’enseignement était dispensé selon le courant chiite Ismaélite.

Le confessionnalisme d’Al Azhar déclina lorsque le calife Fatimide Al-Hakim bi Amrillah a mis en place “Dar al-Hikma” maison de sagesse en 1005, Al Hakim avait donné ce nom ; car il représentait le symbole du prosélytisme chiite, et que les assises de prosélytisme étaient nommées assises de sagesses.

Al Hakim fourni à la maison de sagesse une bibliothèque connue sous le nom de Dar al-’Ilm et contint de nombreux livres dans différentes sciences et littératures comme la jurisprudence et sciences des langues, la chimie et la médecine, et y avait permis l’entrée à tout le monde.

Cette université avait comme vocation de propager la doctrine chiite d’une manière scientifique organisée et sa direction était assigné au Da’ï Dou’ates personnellement. La nouvelle université a retiré le tapis sous les pieds de l’université Al-Azhar en tant que plate-forme de propagande pour le chiisme.

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Les personnalités éminentes d’Al Azhar Fatimide

Le livre “Le rôle d’Al-Azhar dans la politique égyptienne” indique qu’en octobre 975, à la fin de l’ère d’Al-Mou’iz Lidinillah, le magistrat Abou al-Hassan Ali al-No’man al-Qayrawani s’était assis dans une chaire de jurisprudence à la mosquée Al-Azhar et lisait l’abrégé jurisprudentiel chiite de son père, intitulé “Al Ikhtiçar” : l’Abrégé, devant une foule de Scientifiques et dignitaires.

Ce fut le premier cours magistral à la mosquée Al-Azhar et ensuite suivi un épisode de séminaires des Banis Al-Nu’man, qui furent parmi les plus grands érudits du Maroc, couronnés par l’Etat Fatimide et en firent leur pilier et leur porte-parole spirituelle.

En 980, Yacoub ben Kils, le ministre d’Al-Mou’iz Lidinillah et ensuite ministre de son fils Al Aziz, s’assit sur la chaire à la mosquée Al-Azhar et enseignât aux gens une dissertation établie par lui-même dans la jurisprudence chiite et selon la doctrine Ismaélite., intitulée “Rissalat Waziriya”, Les juges devaient s’appuyer sur ce livre lors de la prononciation de jugements et les étudiants et les professeurs devraient l’étudier entre eux.

Des jurisconsultes, des juges et de grandes personnalités de l’état venaient rendre visite à Ibn Kils. Ce dernier tenait des séminaires parfois dans la mosquée d’Al-Azhar, et parfois dans son palais, et les poètes se présentaient à la fin du séminaire et chantaient leurs éloges.

La plupart des érudits de l’époque faisaient partie de la classe des jurisconsultes qui comprenaient des juges, et les mosquées devinrent des centres culturels et destination des scientifiques et des écrivains, en particulier les jurisconsultes chiites.

Mohammed Abdullah Annan dans son livre “Histoire de la mosquée Al-Azhar” publié par l’Organisation égyptienne du livre général en 2012, dit : Un des pôles de cette époque, est Al Hawfï le linguiste grammairien, c’est Abou Hassan Ali ben Ibrahim ben Saïd qui est l’un des imams de la langue de son temps. Et Abou Abbas Ahmed ben Ali ben Hâchem al-Masrï, qui était l’un des principaux narrateurs et lecteurs, et célèbre pour enseigner la science des lectures du Saint Coran.

Il rajoute qu’il y a aussi, Ibn Bâychâd le célèbre grammairien, c’est Abou Al Hassan Taher ibn Ahmad al-Masri, imam de son temps en lexicologie et en grammaire, dont il a compilé plusieurs grands ouvrages, il a travaillé aussi dans le département de la rédaction sous le règne d’Al-Moustançir Billah.

Et parmi eux on trouve aussi Abou Abdallah Mohammad ibn Barakat al-nahwi, il faisait partie des imams en lexicologie et en grammaire.

Il a également déclaré que parmi les érudits, il y avait le jurisconsulte et savant Al Hassan ibn Al Khatir Al Fârsi, il était spécialiste de la jurisprudence Hanafite et de l’exégèse, en plus de sa connaissance en mathématique, en médecine, en science des langues et l’histoire, il avait plusieurs publications dans l’interprétation du Coran et la jurisprudence, il enseigna longtemps à Al-Azhar.

 

Le rôle d’Al Azhar

Al-Azhar a eu un impact sur l’orientation du mouvement intellectuel égyptien à l’époque fatimide, selon Mohammad Abdallah Annan, dans son livre “L’histoire de la mosquée Al-Azhar”, d’autant plus qu’il faisait l’objet d’une tutelle officielle. Mais cet effet s’est vu limité, surtout avec la mise en fonction de Dar al-Hikma, l’université officielle de l’Etat, qui devint le leader du mouvement intellectuel.

L’influence d’Al-Azhar était plus forte dans la dissémination des sciences religieuses et la graduation des érudits religieux, parce que c’était le lieu de la culture religieuse, tandis que Dar al-Hikma était le lieu de la culture civile. En tout cas, l’historien dans la littérature arabe ne peut manquer de reconnaître l’influence d’Al-Azhar dans le cours du mouvement scientifique et littéraire au temps de l’Etat Fatimide, bien que cet effet n’ait pas atteint le point qu’il a atteint par la suite.

Son influence dans l’orientation de la vie publique n’était pas si grande, car l’État fatimide tenait à son autorité politique et ne permettait pas l’influence des érudits et des clercs. Et l’intéressement de l’état à la diffusion de la vocation religieuse n’avait pour fin que la consolidation de son idéologie politique.

 

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La fin d’Al Azhar Fatimide

En 1169, “Salah ad-Dinne Al Ayoubï” Saladin, met fin à l’Etat Fatimide, prend le pouvoir en Egypte et a appelé à se soumettre à l’autorité du calife abbasside, les Ayyoubides ont éliminé tous les aspects du chiisme, y compris la prière et la prêche du vendredi à l’intérieure d’Al-Azhar et l’ont remplacée par la mosquée du gouverneur.

Al-Azhar avait perdu son apparence officielle dans le nouvel état, et n’avait plus cette apparence de joie des nuits illuminées, et de la naissance du Prophète et d’autres occasions. Le mouvement scientifique avait commencé à souffrir de la stagnation et d’inactivité parce que le nouvel état avait construit autour d’Al-Azhar d’autres écoles qui la rivalisaient dans son message.

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