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Abdou Chougrani, président de l’association «Rissalis progressistes». / Ph. DR

SHAFAQNA – Yabiladi | par Youssef Dahmani & Yassine Benargane : En mai 2016, les autorités administratives de la ville de Tétouan refusaient de recevoir le dossier de constitution de l’association chiite «Rissalis progressistes». Son président, Abderrahman Chougrani vient de quitter la prison de Fès après avoir purgé une peine d’emprisonnement. Accusé de «détournement de fonds publics», une charge qu’il juge «fabriquée» et «sans fondement», il revient pour Yabiladi sur la prochaine étape et l’annonce d’une deuxième naissance de l’ONG chiite.

Vous êtes un homme libre depuis quelques jours mais vous comptez déjà reprendre les choses en main quant au sort de votre association «Rissalis progressites». Quelle sera la prochaine étape ?

Nous sommes en train de préparer le lancement d’une nouvelle campagne qui, cette fois-ci, sera marquée par la présence de représentants d’associations internationales de droits de l’Homme et d’organisme onusien pour témoigner de la situation des droits humains au Maroc, marquée par des interdictions et des restrictions à l’encontre d’un groupe des citoyens qui rejettent la religion ou la doctrine officielle de l’Etat, tout en adhèrant aux constantes de la nation.

Malgré l’embargo qu’on nous impose, nous serons soutenus par des activistes marocains, des avocats et des observateurs internationaux, et même par certaines associations qui luttent avec nous dans ce même dossier. Nous sommes pacifiques et patriotiques et personne ne peut nous enlever notre patriotisme ou nous traiter d’agents d’un agenda étranger. Notre dossier est connu et reconnu par le Conseil des droits de l’Homme à Genève et d’autres organismes onusiens. Les accusations à notre encontre, de servir un autre Etat ou lui communiquer des renseignements, resteront vaines.

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Qu’espérez-vous avec le lancement de ce mouvement aussi controversé ?

L’association a veillé et veille toujours sur le harcèlement dont souffrent les personnes différentes sur le plan religieux, doctrinal et philosophique et se charge de dénoncer ces pratiques. Elle ambitionne aussi de pousser vers l’adoption, par le Maroc, des résolutions en rapport avec la liberté de culte et l’adoption constitutionnellement parlant de cette liberté, à travers l’annulation de l’incrimination des personnes religieusement différentes et le changement du Code pénal, ce qui donnera à la fin la création d’une société progressiste et démocratique.

Nous sommes donc devant un programme d’actions qui n’est pas facile. Nous somme aujourd’hui devant la mise en échec du ‘’terrorisme omeyyade’’ et la polémique quant aux situations de violence et de terrorisme ayant duré pendant plusieurs siècles puisque Daech n’est qu’un épisode ; chaque époque à son Daech à lui.

N’avez-vous pas peur d’être à nouveau interdits ?

L’association fait face à une restriction sans aucune justification mentionnée, même si elle est une association civile qui ne porte pas de caractère religieux ou doctrinal. Il y a des gens qui ne sont pas chiites et qui travaillent avec nous. Ils ont les mêmes valeurs que nous, à savoir une lutte sociétale pour la liberté de croyance et de conscience. Donc l’Etat n’a aucune raison d’interdire une composante sociale. Notre association est marocaine et citoyenne et travaille dans le cadre des constantes constitutionnelles et nationales.

Parallèlement, il existe des associations séparatistes, que le ministère de l’Intérieur a autorisé. Le chiisme est-il aussi effrayant à ce degré ? Sachant que la terre du Maroc respire l’air de Karbala depuis l’arrivée de Moulay Idriss 1er, et son assassinat des mains des milices de Bani Abbas et Haroon Rasheed.

Nous refusons d’être pris en otage dans le jeu des intérêts. Nous ne nous considérons pas comme une minorité, parce que le peuple marocain respirent l’air de Karbala de Hussein Ibn Ali, paix sur lui et celui du martyr Moulay Idriss, enterré dans la vile de Zerhoun. Le peuple marche aussi sur un sol contenant les restes d’Ahl Al Bayt depuis des siècles, quand ils ont été accueillis par les Amazighs, les ayant hébergés et protégés de leurs ennemis du soi-disant califat islamique. Les Amazighs ont été donc l’incubateur et continuent de jouer ce rôle.

Regardez la culture populaire marocaine et contemplez la religiosité populaire. Vous y trouverez tout le vocabulaire du chiisme d’Ahl Al Bayt, tout comme les coutumes et traditions. Vous verrez comment nous représentons en fait la majorité et que nous ne nous sommes pas une minorité comme certains tentent de faire croire.

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Cherchez-vous à unir les chiites marocains sous la bannière d’une seule association ?

L’appartenance à une doctrine ou la religion est quelque chose de personnelle. Nous n’imposons pas aux gens de se joindre à nous, de faire des déclarations d’affiliation ou de loyauté. Nous luttons justement contre ce type de comportement et nous avons souffert de l’exclusion dont souffre les enfants des personnes religieusement ou doctrinalement différentes, comme par exemple l’interdiction des chiites d’intégrer des postes de responsabilité et certains postes administratifs en raison de l’étiquette placée par le Makhzen sur nos têtes.

Nous sommes un association citoyenne et nous travaillons avec toute personne dont les principes et les priorités croisent les nôtres. Les différences entre les chiites résident seulement dans la référence. Au sein de l’association, nous n’imposons pas l’homogénéité, la cohérence et l’harmonie comme conditions.

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