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Pukkelpop est un des plus grands festivals de musique alternative organisé en Belgique et un des événements les plus respectés de la scène musicale européenne (Facebook)

SHAFAQNA – Middle East Eye | par Safa Bannani : « Poussées et frappées à coups de pied » : deux jeunes femmes noires ont déclaré avoir subi des attaques racistes pendant le concert du rappeur américain Kendrick Lamar, qui s’est déroulé samedi soir au festival Pukkelpop en Belgique. Une boisson aurait également été jetée dans leur direction et on leur aurait tiré les cheveux.

Suite à une campagne de harcèlement de la part de certains sympathisants de l’extrême droite, leurs comptes sur les réseaux sociaux ont été désactivés. Mais la presse belge relate les propos tenus sur Twitter par une des jeunes femmes : « Hier [samedi], j’ai été traitée comme un animal en cage. Il y avait des gens qui me tiraient les cheveux, d’autres voulaient être pris en photo avec nous. Je ne savais pas comment me sentir, surtout parce que je ne pouvais rien y faire. Le nombre d’insultes et d’attaques que j’ai subies étaient innombrables. »

Une des victimes a publié une vidéo en témoignant avoir entendu un groupe de jeunes entonner un chant raciste en néerlandais.

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« D’abord, des gars ont scandé ‘’Couper les mains, le Congo est à nous’’ [au début du XXIe siècle, l’administration coloniale de Léopold II de Belgique avait pour habitude de mutiler les Congolais qui refusaient le travail forcé ou qui ne travaillaient pas assez] et entonné des chants hitlériens pour lesquels je n’avais pas de mots. J’ai commencé à me mettre en colère et essayais de sortir de là le plus rapidement possible, mais un vieil homme nous a poussées et nous a donné des coups de pied », a encore témoigné sur Twitter une des victimes avant que son compte soit désactivé.

La vidéo a été massivement partagée sur les réseaux sociaux. On y entend clairement des jeunes festivaliers scander en néerlandais : « Handjes kappen, de Congo is van ons » (‘’Couper les mains, le Congo est à nous’’) en faisant le salut nazi.

Des responsables politiques belges se sont indignés de ces attaques, à l’instar de Patrick Dupriez, coprésident du parti Ecolo, qui a souligné l’urgence d’un « plan fédéral de lutte contre le racisme ».

Des internautes ont exprimé leur soutien aux victimes, d’autres ont rappelé la réalité du « racisme colonial » en Belgique.

Après l’indignation sur Internet, les organisateurs du Pukkelpop se sont exprimés en dénonçant fermement les incidents à caractère raciste survenus samedi sur la plaine du festival.

Dans un message posté lundi sur leur page Facebook, ils affirment : « Le Pukkelpop est un festival où toute personne est la bienvenue, quels que soient son sexe, sa langue maternelle, ses convictions politiques, ses origines ethniques, sa religion ou idéologie, son handicap, son âge ou sa sexualité ». Et d’ajouter : « Nous rejetons toute forme de violence physique ou verbale, de harcèlement ou de comportement irrespectueux ».

L’un des jeunes filmés dans la vidéo s’est exprimé à son tour. Ce dernier, qui avoue avoir participé au chant raciste, a réagi par mail, auprès du journal flamand Het Belang van Limburg. Il affirme être « effrayé » par son comportement. « À mon grand regret, je suis l’un des jeunes qui chantent la chanson en question dans cette vidéo. C’était sans réfléchir et sans prendre conscience des conséquences », a-t-il déclaré. « Je présente mes excuses auprès de tous ceux qui se sentent offensés et en particulier aux deux femmes qui ont, à juste titre, jugé cela inacceptable. »

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Une réaction gouvernementale « laxiste » 

Suite à l’ampleur de la polémique, la secrétaire d’État à l’Égalité des chances Zuhal Demir a exprimé son souhait d’emmener les festivaliers du Pukkelpop coupables d’actes racistes, au musée de l’Afrique de Tervuren. L’un des auteurs s’y est d’ores et déjà engagé, a déclaré Zuhal Demir dans la presse belge.

« Il s’agit de faits inacceptables et il appartient à présent à la justice de faire son travail » a-t-elle réagi en lançant un appel au calme. « Cette affaire commence à prendre des proportions sur les réseaux sociaux, cela n’aide personne à progresser, il faut que cela cesse. Il s’agit d’étudiants, qui sont jeunes et qui avaient bu. »

Une réaction jugée « complaisante » par ses adversaires politiques, notamment par Karim Tafranti, membre du parti socialiste en Belgique. D’autres internautes l’ont qualifiée de « laxiste ».

Enfin, le parquet du Limbourg en Belgique a ouvert une enquête lundi au sujet d’un acte sérieux de racisme commis durant le festival.

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