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SHAFAQNA – Le Muslim Post | par Frédéric Geldhof : Ce lundi, chez AVS, le leader de la certification halal créé en 1991, l’ambiance est à la pédagogie. Un tiers des 180 bouchers qui travaillent avec le certificateur le plus reconnu du secteur sont venus de Paris ou de Lyon pour une réunion de la plus haute importance : à moins de deux mois de l’Aïd al-Adhâ, l’une des fêtes les plus importantes pour les musulmans du monde entier, AVS annonce qu’il ne certifira pas d’ovins pour la fête du sacrifice. « Les conditions ne sont pas requises », résume Fouad Imarraine, porte-parole d’AVS. Dans un communiqué de presse publié sur son site, le certificateur rappelle que le sacrifice des bêtes de l’Aïd répond à des exigences particulières, dont celle de l’âge du mouton. « L’avis général, basé sur un hadith authentique, stipule que le mouton à sacrifier doit disposer de ses premières dentitions définitives, qui n’apparaissent que bien après la première année », indique le communiqué d’AVS. Le certificateur indépendant rappelle cependant que l’école hanafite admet le sacrifice d’agneaux de six mois.

« Il y a deux ans, on voyait déjà que le problème risquait de se poser »

Problème : les agneaux naissent généralement au cours du premier trimestre. Et, pour des raisons économiques, les moutons sont abattus avant leur premier anniversaire. Le 22 août prochain, date prévue de l’Aïd al-Adhâ, les agneaux disponibles dans le circuit alimentaire devraient donc êtres âgés de moins de six mois. Pour éviter tout doute, AVS ne certifiera que les moutons âgés d’au moins un an. « Or, les élevages en Europe ne proposent pas cette catégorie d’animaux » pour des raisons de rentabilité, précise le labellisateur. Un choix mûrement réfléchi. « Il y a deux ans, on voyait déjà que le problème risquait de se poser », nous explique Fouad Imarraine qui rappelle que le secteur ovin manque d’informations quant à l’âge des bêtes. « Là où les bovins et les ovins bio ont un ‘passeport’ permettant de connaître la date de leur naissance, l’âge des ovins est estimé par lots. »

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« La règle est de s’éloigner de toute possiblité de doute »

Des estimations qui laissent beaucoup de place au doute. « La règle est de s’éloigner de toute possibilité de doute », indique AVS qui rappelle que, « dans des conditions d’abattage de masse, la vérification de la dentition de la bête (une par une) est une pratique impossible. » Pour le porte-parole du certificateur, « la validité du rite et des règles religieuses prime sur les règles financières » et AVS préfère donc mettre en avant l’éthique pour cet Aïd. « Les premiers bouchers à qui nous avons annoncé la nouvelle l’ont bien prise, indique Fouad Imarraine. Globalement, les consommateurs vont comprendre notre décision. » Plusieurs familles, parmi la dizaine de milliers qui achètent chaque année un agneau estampillé AVS pour l’Aïd, seront d’ailleurs en vacances dans leur pays d’origine. De quoi atténuer la décision d’AVS.

Quelles alternatives pour l’Aïd 2019 ?

Une nouvelle qui aura un coût pour les éleveurs et les abattoirs. En 2017, AVS — le labellisateur le plus suivi par les consommateurs — a certifié 12 000 bêtes qui ont été vendues entre 250 et 300 euros pièce — contre 120 à 130 euros le reste de l’année. Cette année, les salariés d’AVS seront donc pour la plupart en congé pour l’Aïd. « Sauf s’il y a une demande accrue de certification de bovins », nuance Fouad Imarraine. Dans son communiqué, AVS rappelle en effet que, « dans le cadre de l’abattage de l’Aïd, il est possible de réaliser l’abattage d’un bovin pour sept familles qui pourront se le partager. » Mais traditionnellement, les musulmans français restent habitués à l’agneau. Pour éviter de connaître le même problème en 2019, AVS cherche actuellement des alternatives. Lesquelles ? « On ne sait pas encore, mais on pourrait laisser les bêtes grandir au-delà d’un an en contrepartie d’un engagement auprès des éleveurs de la part des musulmans. Comme cela se fait déjà en Grande-Bretagne », affirme Fouad Imarraine.

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