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SHAFAQNA – La Libre : Les opérations Belfi continuent à susciter un certain émoi dans la communauté musulmane, particulièrement dans les mosquées. Leurs représentants demandent à ce que ces institutions soient traitées à l’égal des autres lieux de culte en Belgique.

Conçues en 2014 par le parquet général de Bruxelles pour lutter contre les sources de financement du terrorisme, ces opérations associent la police judiciaire, la police locale et différents services d’inspection: fiscale, sociale ou environnementale. Elle ont déjà donné lieu à de nombreux contrôles dans divers lieux, dont des mosquées.

Le fichage des élèves fréquentant les cours de langue ou les écoles de devoirs organisées en marge des activités religieuses avait provoqué l’indignation, relayée par le PS au mois d’avril. Une réunion s’était tenue à la maison communale de Saint-Josse au mois de mai avec le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, et avait permis de résoudre certains problèmes, en particulier le fichage. Mais d’autres ont demeuré: des contrôles qui prennent l’allure de “descentes de police” avec le blocage des rues et l’arrivée des contrôleurs le vendredi au moment de la grande prière.

“Imagine-t-on une seule seconde, dans ce pays, traiter ainsi les synagogues et les églises”, s’est indigné la semaine passée le député-bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir (PS), auprès du ministre de la Justice, Koen Geens, en commission de la Chambre.

“Nous demandons que ces contrôles aient lieu dans le respect”

L’Union des Mosquées de la Région de Bruxelles, qui regroupe 37 lieux de culte, appelle à une concertation avec les différents services en charge des contrôles pour que ceux-ci se fassent dans un plus grand respect. A entendre leurs représentants, certains contrôles se sont déjà déroulés dans un climat tendu et l’un d’entre eux aurait pu dégénérer avec les jeunes présents si les responsables de la mosquée n’étaient intervenus à temps pour expliquer la situation.

“Nous ne sommes pas opposés aux contrôles mais nous demandons qu’ils aient lieu dans le respect. Ces descentes se font à l’aveuglette, de manière peu structurée. Nous sommes prêts à remettre tous les documents que l’on nous demande mais pourquoi faut-il le faire au moment de la prière? Ne peut-on pas nous prévenir et nous permettre de nous préparer? Nous avons écrit de tout côté pour expliquer notre situation. L’islam a été reconnu en Belgique en 1972 mais depuis lors peu de choses ont été faites. Il y a peu de mosquées reconnues, les dossiers prennent beaucoup de temps et nos lieux de culte fonctionnent la plupart du temps grâce à la bonne volonté des fidèles, souvent âgés et peu au fait des réalités administratives”, a expliqué Younès Chikri.

Les représentants de l’Union des mosquées rappellent aussi le contexte particulier dans lequel ces contrôles ont lieu. Les attentats terroristes exposent particulièrement la communauté musulmane. “Du matin au soir, on est pris pour cible. Cela touche nos enfants, et ces contrôles en rajoutent. On ressent parfois comme une vengeance et une psychose s’installe. Imaginez un instant la réaction si, comme le font des églises, nous invitions des réfugiés à dormir…”, a ajouté M. Chirki.

42 lieux de prière contrôlés entre janvier 2016 et octobre 2017

Le résultat des contrôles Belfi demeure sujet à caution. Entre janvier 2016 et octobre 2017, 202 personnes morales ont été contrôlées: essentiellement des crèches, établissements horeca, clubs de sport, écoles, et 42 lieux de prière. Cinquante trois établissements ont été fermés, 180 infractions constatées: travail au noir, absence de documents comptables, problèmes urbanistiques, drogue, etc. Le ministre de la Justice n’a évoqué aucun lien avec le radicalisme ou le terrorisme.

“La manière dont procède le gouvernement est vraiment négative et contre-productive”, estime M. Kir. “La communauté musulmane n’attend qu’un geste pour travailler avec lui pour lutter contre ces fléaux”.

Le ministre a quant à lui défendu la manière dont se déroulent les contrôles: ils sont menés par une équipe spécialisée de la police judiciaire, la tenue et le comportement sont adaptés aux lieux de culte, le déroulement des offices n’est pas troublé par le contrôle.

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