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SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre L’IMAM AL-HASSAN et de son Traité de Réconciliation avec Mu’âwiyeh, Compilé et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Après la signature du «Traité de Réconciliation», l’Imam al-Hassan, le coeur serré, resta quelques jours à Kûfa en vue de préparer son départ pour la ville de son grand-père, Médine.

Lorsque son cortège s’apprêtait à quitter Kûfa, la capitale de son Califat et de celui de son père, les Kufites, hébétés, désemparés, les larmes aux yeux, sortirent dans la rue pour faire leurs adieux à celui qui avait tant fait et souffert vainement pour les conduire vers le droit chemin et susciter chez eux l’esprit de sacrifice.

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Le départ de l’Imam avait eut l’effet d’un choc pour les habitants de cette ville qui était encore, il y a quelques jours, la capitale de l’Etat islamique et dont s’était emparé un état de désolation collective depuis l’arrivée de l’armée de Mu’âwiyeh qui y faisait régner, déjà, la terreur. Cette terreur à laquelle s’ajoutaient le transfert du siège du Califat vers Damas, et les propos arrogants que Mu’âwiyeh venait de tenir à l’adresse des Kufites, donna à ceux-ci l’impression que le départ de l’Imam al-Hassan auquel ils assistaient tristement annonçait le début de réalisation d’un cauchemar qui les hantait depuis quelques jours: la fin de l’Etat islamique et de la bénédiction, de la fierté que leur apportait jusque-là, la présence du petit-fils du Prophète.

Une fois arrivé à Médine, le cortège de la Famille du Prophète fut accueilli par les siens avec tous les honneurs dus. Dès que l’Imam al-Hassan se rétablit dans sa ville natale, il se prépara à la poursuite de sa mission d’Imam des Musulmans et de gardien du Message, conformément aux exigences de la nouvelle situation, loin des projecteurs du pouvoir.

Hier comme aujourd’hui, un seul souci l’animait: empêcher la déviation de s’identifier aux nobles préceptes du Message.

Avant le Traité, il s’était efforcé de mobiliser les Musulmans afin d’affronter militairement la déviation et de s’opposer à ses tentatives de faire sien l’Etat islamique. Mais il avait vite réalisé pendant les quelques mois de son Califat que la déviation avait tellement progressé que la corruption avait atteint le corps même de la Ummah grâce aux prérogatives du pouvoir que les ex-Tulaqâ’ avaient obtenues sous le Califat de ‘Othman.

En outre les Omayyades avaient tellement prisé le pouvoir et mis en évidence leur tribalisme, leur esprit de corps et leur solidarité tribale au mépris de toutes autres considérations religieuses, que «la lutte pour le pouvoir» apparaissait aux yeux de beaucoup de Musulmans comme étant devenue un signe des temps et que le combat mené par l’Imam al-Hassan contre la rébellion de Mu’âwiyeh leur semblait s’inscrire dans un contexte de querelle de chefs et de clans pour le pouvoir.

Après la signature du Traité, l’ «Etat islamique» étant devenu irréversiblement un royaume temporel omayyade, l’Imam al-Hassan s’est fixé pour objectif de montrer aux Musulmans la ligne de démarcation qui séparait les frontières des deux états, et distinguait nettement la cause islamique qu’il défendait des considérations tribales et des ambitions pour le pouvoir qui animaient Mu’âwiyeh et les Omayyades.

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Ayant abdiqué le pouvoir au profit des Omayyades, et écarté ainsi toute possibilité d’être soupçonné de partager les ambitions de ces derniers pour le leadership temporel de la Ummah, l’Imam al-Hassan se consacra désormais à l’orientation et à l’éducation missionnaire des Musulmans, leur permettant de constater, grâce à sa conduite islamique scrupuleuse, que le seul principe qui l’avait toujours guidé était l’obligation d’appliquer les enseignements du Message dans tous les domaines de la vie individuelle ou collective, personnelle ou sociale, et ce, quelles que soient les circonstances.

Autant Mu’âwiyeh confirma après sa prise du pouvoir la déviation que les ex-Tulaqâ’ avaient imposée au cheminement de l’Expérience islamique, autant l’Imam al-Hassan démontrera par son attitude foncièrement islamique, après la signature du Traité de Réconciliation, qu’il incarnait la fidélité à la ligne du Prophète.

Autant Mu’âwiyeh montra – par la violation de ses engagements que rien ne valait à ses yeux la conservation d’un pouvoir usurpé, même pas la Religion, autant l’Imam al-Hassan prouvera, par son respect absolu de l’engagement qu’il avait pris devant les Musulmans de laisser le pouvoir à Mu’âwiyeh, sa vie durant, que rien ne pouvait le détourner de son attachement aux commandements de la Religion, pas plus son droit légitime au pouvoir que la trahison de son adversaire.

En effet, lorsque Mu’âwiyeh annonça publiquement son mépris pour les engagements qu’il avait contractés par le Traité de Réconciliation, et que plusieurs chefs de tribus irakiens parmi les partisans de l’Imam al-Hassan tels que Sulayman Ibn Çard, Hojr Ibn ‘Adî, Mussayyab Ibn Najiyah et bien d’autres se succédèrent chez lui (l’Imam al-Hassan) pour lui demander de les autoriser à reprendre le combat contre Mu’âwiyeh sous sa direction, le petit-fils du Prophète leur fit comprendre sans détour qu’il respecterait, lui, son engagement jusqu’au bout et que, malgré la trahison de Mu’âwiyeh, il lui laissera le pouvoir tant qu’il restera vivant.(1)

Tout en laissant les Omayyades abattre leurs cartes les unes après les autres, l’Imam al-Hassan entreprit de constituer autour de lui le noyau d’une école idéologique dont rayonnera une pensée islamique conforme à l’esprit du Message et assez solide pour faire pièce aux tentatives des Omayyades de déformer les Traditions du Prophète par un pullulement d’inventeurs et de falsificateurs de Hadiths qu’ils favorisèrent.

Cette école fondée sur l’immense savoir que l’Imam al-Hassan avait hérité du Prophète et de l’Imam ‘Alî a porté pleinement ses fruits puisqu’elle a fait sortir de ses couloirs une constellation de uléma et de rapporteurs de Hadith tels que al-Hassan al-Muthannâ, al-Mussayyab Ibn Najyah, Suwayd Ibn Ghaflah, al-Cha’bi, al-Çabbâgh ibn Nabâtah, Abou Yahiyâ, Is-hâq Ibn Yassâr etc…(2)

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Le savoir de l’Imam al-Hassan n’était pas la seule source d’inspiration de ses disciples. Sa conduite dans la vie quotidienne l’était tout autant. Eduqué par le Prophète, l’Imam ‘Alî et Fâtima al-Zahrâ’, il dispensait par ses manières islamiques parfaites, à tous ceux qui avaient l’occasion de l’approcher ou de le fréquenter un cours pratique ou une leçon des enseignements de l’Islam, qu’incarnait chacun de ses actes, de ses gestes et de ses paroles.

Sa modestie et sa générosité devenues proverbiales se sont gravées dans les pages de l’histoire. Sa maison n’était pas seulement un centre de savoir, mais également le point de mire de tous les nécessiteux. Lorsqu’on lui demanda un jour: «Pourquoi ne t’a-t-on jamais vu éconduire un solliciteur?», il répondit:

«Je suis solliciteur et désireux de Dieu seulement. Je n’aime ni solliciter quelqu’un ni éconduire un solliciteur. Dieu m’a habitué à une chose: me prodiguer ses bienfaits; et je l’ai habitué à prodiguer Ses bienfaits aux gens. Je crains donc qu’IL n’interrompe ce à quoi IL m’a habitué, si je venais à interrompre mon habitude».(3)

L’action culturelle et sociale de l’Imam al-Hassan a insufflé dans le climat de corruption qui empoisonnait la Ummah, un courant islamique sain résistant aux pressions de la déviation.

Les autorités omayyades ont pris conscience du danger que faisait courir à leurs plans ce noyau actif de la résistance naissante. Aussi les principaux dirigeants de l’Etat omayyade, ‘Amr Ibn al-‘Aç, al-Walid Ibn ‘Oqbah Ibn Abi Mu’ît, ‘Otbah Ibn Abi Sufiyân, al-Mughirah Ibn Chu’bah se sont réunis autour de Mu’âwiyeh pour arrêter des décisions qui s’imposaient. Ils firent savoir à ce dernier la raison de leur inquiétude: «Al-Hassan a fait revivre la mémoire de son père (…). Il a commandé et il a été obéi. Il a formé des adeptes, ce qui pourrait l’amener plus loin. Nous continuons de recevoir des rapports montrant que son action nous porte atteinte…».(4)

Cette réunion et les propos qui y étaient tenus montrent clairement que l’Imam al-Hassan n’a jamais cessé de dénoncer la déviation et d’indiquer aux Musulmans les voies menant vers la ligne du Prophète dont il restait le véritable représentant. Le petit-fils du Prophète ne s’est pas contenté de mener son action à Médine seulement. Il est allé à Damas même, capitale des Omayyades et il y a engagé des débats contradictoires avec Mu’âwiyeh pour démontrer les violations de la Chari’a commises par le régime omayyade. De tels débats dans lesquels les dirigeants omayyades se trouvaient souvent à court d’arguments face à l’Imam al-Hassan ont valu à ce dernier de se faire des partisans et des disciples dans le fief même de Mu’âwiyeh.(5)

Pour étouffer le mouvement de contestation né de l’effet conjugué de l’action de l’Imam al-Hassan et de la corruption galopante des autorités omayyades, celles-ci, faute de pouvoir s’en prendre directement au petit-fils du Prophète intensifièrent tout d’abord leur répression contre les populations indociles tout en faisant appel aux services de prédicateurs prêts à vendre leur âme au diable, à chanter les louanges de Mu’âwiyeh et à dénigrer la cause de la famille du Prophète.

Le régime omayyade, se sentant de plus en plus agacé et menacé par la persistance de foyers de résistance à ses vues et ses agissements, procéda ensuite à l’élimination de Compagnons Hojr Ibn ‘Adi… – et de chefs des partisans d’Ahl-ul-Bayt (la Famille du Prophète ). Mu’âwiyeh décida enfin de se débarrasser de l’Imam al-Hassan lui-même pour préparer la transmission de son pouvoir à son fils Yazid et transformer ainsi l’Etat islamique qu’il avait usurpé «provisoirement» en un règne héréditaire omayyade irréversible.

Selon Abou al-Faraj:

«Mu’âwiyeh a voulu qu’on prête serment d’allégeance à son fils Yazid. Ce qui le gênait le plus, c’était la présence d’al-Hassan et de Sa’ad Ibn Abi Waqqâç. Aussi leur administra-t-il un poison dont ils mourront».(6)

Selon al-Cheikh al-Mufid (dans Al-Irchâd)(7):

«…Dix ans après son accession au pouvoir, Mu’âwiyeh ayant décidé d’obtenir pour son fils Yazid la prestation de serment d’allégeance, envoya un poison à Ja’dah Ibn al-Ach’ath, la femme d’al-Hassan et lui demanda de l’administrer à son mari. En contre-partie, il lui donna cent mille dirhams et lui promit de la remarier à son fils Yazid (…). Après quarante jours d’agonie, al-Hassan mourut des suites de cet empoisonnement au mois de Çafar de l’an 50 de l’hégire, à l’âge de 48 ans. Sa Khilâfah (Imamat) a duré 10 ans. Son frère et héritier présomptif, al-Hussayn se chargea de son ravage rituel, sa mise en bière et son inhumation auprès de sa grand-mère, Fâtima Bint Asad… à Baqî’…».(8)

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Jusqu’au dernier moment de sa vie bénie, l’Imam al-Hassan ne s’est pas départi de son souci d’épargner à la Ummah une effusion de sang inutile et de sauvegarder la vie de ceux qui devraient défendre après Lui l’intégrité du Message.

Selon Omar Ibn Is-hâq (cité par ‘Isâ Ibn Mahrân), lorsqu’al-Hussayn demanda à al-Hassan avant de mourir, qui lui avait administré le poison, ce dernier lui répondit:

«Et que veux-tu lui faire? Le tuer? Si c’était lui (Mu’âwiyeh), Dieu est plus terrible que toi dans le châtiment. Et si ce n’était pas lui, je ne voudrais nullement qu’un innocent pâtisse de ma mort».(9)

Selon Ziyâd al-Makhariqî: Lorsqu’al-Hassan fut sur le point de rendre l’âme, il convoqua al-Hussayn et lui dit:

«Mon frère! Je te quitte pour rejoindre mon Seigneur. On m’a administré un poison. Je sais qui l’a fait, et je laisse à Dieu – Le Très-Haut – le soin de le juger(…). Si je meurs, (…) apporte-moi sur mon lit au tombeau de mon grand-père le Messager de Dieu (Ç) pour lui renouveler ma fidélité. Puis ramène-moi au tombeau de ma grand-mère (…) pour m’y inhumer. Sache mon frère qu’ils (les Omayyades) croiront que vous voudrez m’inhumer dans le tombeau du Messager de Dieu (Ç) et ils s’y opposeront. Je t’adjure donc de ne pas laisser le sang se répandre à cause de moi…».(10)

La prédiction de l’Imam al-Hassan ne sera pas démentie. Lorsqu’al-Hussayn porta la dépouille mortelle de son frère au tombeau du Prophète pour une dernière visite, les Omayyades, conduits par Marwân, y accoururent, les armes à la main(11) comme s’ils craignaient que cette ultime rencontre entre le Messager de Dieu (Ç) et son bien-aimé petit-fils ne sapât toutes leurs vaines tentatives de dissocier le Prophète de sa Famille dont il n’avait pourtant jamais cessé de souligner les versus et les mérites et d’évoquer la position sublime auprès de Dieu.

 

Notes :

1. Ibn Qutaybah, tom. I, p. 151, cité par Cheikh Râdhi Âl Yassine, Çulh al-Hassan, p. 302.

2. … l’Imam al-Hassan …, Dâr al-Tawhid. op. cit., pp. 68 – 69.

3. id. ibid. p. 25

4. Tawiq Abou ‘Aslam dans Ahl-Al-Beyt, p. 343, citant Charh al-Nahj, d’Ibn Abî Hadid.

5. Voir al-Cheikh al-Qarachi, Hayât al-Hassan, tom. II, p. 305 et suivant, cité dans … l’Imam al-Hassan…, Dâr al-Tawhid. op. cit., p. 71.

6. Maqâtil al-Tâlibine, p. 73, citant Ibn Abi al-Hadid, Charh al-Nahj. XVI. p. 16.

7. id. ibid., pp.191 – 192.

8. Al-Cheikh al-Mufid, Al-lrchâd, op. cit., p. 192

9. id. ibid.

10. id. ibid., pp. 192 – 193.

11. id. ibid.

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