PARTAGER
sermon de Fâtimah al-Zahrâ (S.A), Prophète (P), Imam Ali (p)

SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre Analyse stylistique des Sermons de Fatima al Zahrâ’ (p), Compilé et traduit, annoté et édité par: Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Avant d’aborder cette nouvelle section du sermon dont nous venons d’esquisser le cadre structural général, il convient de revoir la section précédente pour établir le lien entre les deux.

Il faut dire que te texte constitue une unité organique merveilleuse que le sermon lui a choisi pour cadre le «voyage» ou la caravane qui se dirige vers une destination quelconque. Comme nous l’avons remarqué, la section commence par le serment «tallâh» alors que la section précédente commence par «wallâh». Or les deux serments ne sont pas pareils, car «tallâh» est plus affirmatif que «wallâh» et s’accorde avec ce que «le voyage» dessine, puisque il commence par faire allusion au «milieu de la voie / hajjat», puis au fait de marcher sur cette voie symbolisé par la «la rêne / zamâm» ou «il aurait marché /la-sâra). Le texte a choisi un vocabulaire non direct ou allusif pour permettre au récepteur (lecteur ou auditeur) de remplir les vides laissés par le texte, et c’est làun très saillant de l’art littéraire. Toujours est-il que le «voyage» indique –nous le répétons-qu’il assure

-«une marche facile et flexible, sans fatigue», et c’est ce qui est souhaité dans tout voyage; et ce aussi bien pour ceux qui marchent queceux qui sont sur des montures

-Il (le voyageur) ne sera pas blessé, car si marche est émaillée de violence, elle pourra blesser comme nous l’avons dit. En outre cette marche est dépourvue de fatigue, les moyens de repos étant disponibles. Même la longueur de la marche n’engendre pas la lassitude en raison de l’existence de montures.

Ces détails que nous nous sommes permis de répéter signifient que l’Imam Ali (p) était tellement perspicace qu’il pouvait conduite le bateau de l’Islam ou sa caravane vers la destination prévue après le décès du Prophète (P), c’est-à-dire le concept de l’Imamat et sa continuation. C’est pourquoi, la nouvelle section dont nous avons abrégé les détails un peu plus haut s’oriente vers l’explication des résultats de la marche avecla disponibilité des moyens de repos. Ces résultats sont:

«il les aurait conduits vers un point d’eau douce, limpide, désaltérante, et abondante, et dont les deux rives sont débordées, et les deux bords ne laissent pas stagner l’eau.»

Il faut reconnaître tout d’abord que les images sont ici familières, car le point d’eau et son abondance est quelque chose qu’on voit tous les jours. Toutefois malgré leur familiarité et leur succession ou juxtaposition qui donne l’impression qu’elles sont des quasi-synonymes «rawiy / abondante», «çafiy/ limpide», «namîr / doux», «fadhfâdh/ plantureux», alors qu’en réalité chacun de ces traits porte une signification spécifique différente des autres. Ainsi, «namîr/ doux» est différent de ««çafiy/ limpide», et les deux sont différents de «rawiy/ abondante», et les trois sont différents de «fadhfâdh/ plantureux». Étant donné que le sermon est en train de définir les données de l’Imamat de ‘Ali (p), celles-ci devraient être diverses, c’est dire que la précisionet la diversité de ces données requièrent une précision dans la formulation des images. Par exemple la pureté de l’eau ou sa douceur (çafiy) réalise une satisfaction différente de celle que réalise l’eau plantureuse (fadhfâdh), car le premier cas est «qualitatif» alors que le second est «quantitatif». De même, lorsque le point d’eau est abondant (rawiy), il diffère du fait qu’il soit doux (namîr), car celui-ci désigne l’eau pure, alors que celui-là décrit l’eau qui étanche complètement la soif, donc le premier est «qualitatif» alors que le second est «quantitatif» etc…

Comme on peut le constater, ces images malgré leur familiarité sont formulées d’une façon profonde et concentrée dans laquelle il n’y a pas de superflu, ce qui s’accorde parfaitement avec les personnalités élues, immunisées contre toute parole erroné… De même nous constatons que l’agrément accompagné de profondeur caractérise cette formulation métaphorique. Ainsi, lorsque le sermon a dessiné le point d’eau comme étant «doux, limpide, abondant, plantureux», il l’a fait suivre d’une image explicative: les deux rives de ce point d’eau sont débordées, et ses deux bords ne stagnent jamais l’eau. Et cette image complète l’image précédente, et non pas un détail superflu. Elle est nécessaire pour compléter les données que le sermon vise à expliquer. Ainsi, le point d’eaux n’incarne pas seulement la réalisation de la satisfaction requise (du fait qu’il est doux ou abondant etc), mais déborde de ses données de sorte à réaliser la satisfaction d’une part, et déborde vers toute l’humanité et non vers une personne, un groupe ou une société à l’exclusion des autres. Bien plus ce point d’eau se caractérise par la permanence de ses dons, il ne s’arrête pas un temps ni ne stagne jamais. C’est une source dont les bords ne tarissent jamais, alors que ses rives débordent (d’eau) et de dons et ces dons ne s’arrêtent ni ne stagnent. Donc cette image très familière est chargée d’éléments d’agrément, de profondeur et de diversité, tout comme la nature des données de l’Imamat de ‘Ali (p) que le sermon vise à en démontrer la diversité.

À lire aussi: Aanalyse stylistique du 2e sermon de Fâtimah al-Zahrâ (S.A) (Partie 5)

Nous abordons ici une nouvelle section dans laquelle le sermon déplore le recours des gens à une direction autre que celle de l’Imamat de ‘Ali (p) et se demande:

-«Dans quel refuge ils se sont réfugiés ?

!إِلَى أيِّ ملجأٍ لجأوا؟

!ilâ ayyi malaja’in laja’û

-A quel dossier ils se sont adossés ?!

وإِلَى أيِّ سنَادٍ اسْتَنَدُوا ؟

!wa ilâ ayyi sinâdin istanadû

-Sur quel pilier ils se sont appuyés?!

وَعَلَى أيِّ عِمَادٍ اعْتَمَدوا ؟

!wa ‘alâ ayyi ‘imâdin i‘tamadû

-A quelle anse ils se sont accrochés?!»

وَبِأيِّ عُرْوَةٍ تَمسَّ كُوا !؟

wa bi-ayyati ‘urwatin tamassakû

-et ce au détriment de quelle progéniture (du Prophète)

qu’ils ont dépossédée

وَعَلَى أيِّ ذُرِّ یَّ ةٍ أقْدَمُواواحْتَنَكُوا ؟ !،

wa ‘alâ ayyi thurriyyatin aqdamu wa-htanakû

-«Quel mauvais maître et quel mauvais compagnon»(1)

“لبِئْسَ المَولَى وَلَبِئْسَ العَشِیر”

“وبئس للظالمین بدلاً”

«quel mauvais échange ce serait pour les injustes»(2)

Le produit métaphorique de cette interrogation stimulante est :

1-le texte présente un bouquet d’images dont la première est globale ou générale «le refuge», puis ses extensions «le dossier», «le pilier», «l’anse».. Le «refuge» est le lieu où les gens se sont réfugiés, le «dossier» c’est à quoi on s’adosseet le pilier c’est sur quoi on se tient, et «l’anse» c’est ce à quoi on s’accroche. Or la progression dans ces images est on ne peut plus évidente: lorsqu’on vise un endroit on y entre, s’y rend ou réfugie tout d’abord, puis on s’assoit et s’adosse, puis s’y stabilise, puis s’y attache. Mais notons que la dernière image (anse) est un emprunt coranique(3) indirect ou une expression qui renferme le concept de«salut ou sauvetage» ou le symbolise parfaitement. Le texte qui s’interroge avec amertume sur ces agissements négatifs des gens, conclut par «et ce au détriment de quelle progéniture (du Prophète) qu’ils ont dépossédée?!» et «Quel mauvais maître et quel mauvais compagnon», «quel mauvais échange ce serait pour les injustes», réalisant ainsi le but visé par ces images, à savoir le remplacement du concept de l’Imamat et ses prolongements par ce qui est misérable, comme l’illustrons les expressions métaphoriques qui suivent:

«Par Allah ils ont substitué aux plumesalaires les plumes de la queue, et à la poitrine, le derrière…»

اسْتَبْدَلُوا وَاﷲِ الذُّ نَابَا بالقَوَادِمِ ، والعَجُز بِالكَاھِلِ

L’importance artistique des emprunts littéraires qui évoque ce qui est misérable (bâ’is / بائس) saute aux yeux. Ainsi «la-bi’sa-l-mawlâ / quel mauvais (ou misérable) maître», «wa la-bi’sa-l-‘achîr / et quel mauvais (misérable) compagnon», «wa bi’sa li-dh-dhâlimîna badalâ/ quel mauvais échange ce serait pour les injustes». Le choix de l’expression « bi’sa /quel misérable» qui évoque la misère (le mauvais remplacement) est très significatif et marque une progression organique puisqu’il fait allusion au fait que les gens ont substitué au «dossier /sinâd» et au «pilier/ ‘imâd» un misérable maître et un misérable compagnon.

La progression organique du concept «substitution» continuelorsque le texte conclut par «ils ont substitué aux plumes alaires…» c’est-à-dire qu’ils ont abandonné l’aile pour descendre plus bas, vers la queue ou le derrière. Ces deux métaphores ou symboles expriment avec précision ce que le sermon vise, car l’aile sert au vol et l’épaule ou la poitrine au port (transport) et sont complémentaire dans l’exercice des activités générale de l’homme. Les substituer par la queue et le derrière paralyse ou affaiblit considérablement ces activités.

À Suivre …

 

Notes:

1- Sourate Le Pèlerinage / al-Hajj: V13/s22.

2- Sourate La Caverne / al-Kahf: v50/s 18.

3- « (celui qui) a saisi l’anse la plus solide et sans fêlure…» Sourate La Vache / al-Baqarah:v 256/s2.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here