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Tariq Ramadan, lors d'une conférence en avril 2015 à la Rencontre annuelle des musulmans de France.

SHAFAQNA – Liberation | par Bernadette Sauvaget : A part celui du cinéaste britannique Ken Loach, ces noms ne diront pas grand-chose au grand public. Mais c’est du lourd, et même très lourd. Une centaine d’intellectuels de haute volée, réputés et reconnus dans leur discipline (la philosophie, les études islamiques, l’islamologie…) ont lancé, jeudi, un appel public pour dénoncer le traitement par la justice de l’affaire Tariq Ramadan et exiger, de la France, «une procédure équitable.»

Dans une lettre ouverte, ces chercheurs mettent en cause l’impartialité des magistrats. «M. Ramadan a-t-il bénéficié de l’égalité de traitement tant appréciée par la France, alors que des personnalités politiques de haut rang accusées de faits similaires continuent de bénéficier de leur liberté de mouvement ?» s’interrogent les signataires.

Ces personnalités, réputées chacune dans leur discipline et très majoritairement anglo-saxonnes (Grande-Bretagne et Etats-Unis) mais aussi vivant au Qatar, en Iran ou encore en Malaisie, estiment même que le théologien ferait l’objet de discrimination. «Existe-t-il une forme de justice pour les musulmans en France et une autre pour tous les autres ?» pointent-ils.

Les signataires rappellent que le théologien, accusé de plusieurs viols en France et en Suisse, s’est vu refusé ses demandes de remise en liberté malgré les garanties qu’il présenterait. Souffrant d’une sclérose en plaques, il ne bénéficierait pas, comme le mentionne sa famille et insiste la pétition, «d’un traitement médical approprié». Selon des informations communiquées par son entourage à Libération, Tariq Ramadan a été, de nouveau, hospitalisé mardi à la Pitié-Salpêtrière pour des examens neurologiques.

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Aucun intellectuel français de renom

Parmi les intellectuels qui soutiennent le théologien figurent notamment le philosophe canadien Charles Taylor, l’un des penseurs incontournables des rapports entre religions et postmodernité, deux grandes pointures de l’islamologie contemporaine, l’Américain John Esposito et le Danois Jorgen Nielsen. Ce dernier, chercheur à l’université de Birmingham est, selon l’expert des questions musulmanes Bernard Godard, le «pionnier et l’un des meilleurs spécialistes de l’islam européen.»

«Ce ne sont pas des réseaux fréristes», poursuit Bernard Godard, impressionné par le gratin intellectuel réuni dans cet appel. De fait, on y retrouve aussi deux penseurs majeurs de l’islam libéral contemporain, le Sud-Africain Farid Esack et l’Iranien Abdulkarim Soroush. Last but not least, l’universitaire afro-américaine Amina Wadud, une très grande figure du féminisme musulman, a joint, elle aussi, son nom à cette pétition. Travaillant sur les questions de genre, elle avait fait sensation, en 2005, en conduisant la prière devant une assemblée mixte, hommes et femmes.

Ces dernières semaines, le comité de soutien de Tariq Ramadan a rassemblé ces grandes signatures internationales. «Depuis le placement en détention provisoire de mon père, nous avons été sollicités par des personnes qui voulaient lui apporter leur soutien, explique, à Libération, Maryam Ramadan, la fille du théologien. Ces personnalités ne se prononcent pas sur le fait qu’il soit coupable ou innocent mais sur son traitement par la justice.»

Pour le moment, aucun intellectuel français de renom, hormis le politologue et islamologue François Burgat, ne s’est joint à cette pétition. Depuis le vote en 2004 de la loi interdisant le port du voile à l’école, la France est très décriée dans les pays anglo-saxons, suspectée d’avoir une attitude néocoloniale discriminante à l’égard de sa population musulmane. Fin février, Mediapart avait déjà publié un texte de soutien à Tariq Ramadan signé par des personnalités françaises et étrangères.

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